Les confidences d'un ex-accro au porno : "J'ai mis trois ans et demi à arrêter"

Les confidences d'un ex-accro au porno : "J'ai mis trois ans et demi à arrêter"

INTERVIEW – Dépendant aux vidéos X et à la masturbation pendant 15 ans, Florent Badou - un pseudo - publie mercredi 16 septembre "Avant j'étais accro au porno"*. Cet ingénieur industriel, aujourd'hui âgé de 32 ans, marié et père de deux enfants, se confie à metronews.

Pourquoi avez-vous décidé d'écrire ce livre ?
C'est le livre que j'aurais voulu lire au moment où j'étais accro : il existe beaucoup d'écrits sur le sujet, mais rien d'aussi concret. C'est également le prolongement du site stopporn.fr que j'ai lancé pour partager mon expérience et aider ceux qui souffrent de cette addiction à en sortir.

Vous soulignez en avant-propos qu'une partie des scientifiques remet en cause l'existence de la porno-dépendance, affirmant qu'on la confond avec des usages excessifs. Selon vous, à partir de quelle fréquence devient-on "porno-addict" ?
Je ne pense pas que ce soit forcément une question de quantité. Moi, jamais je n'ai posé les mots "accro" ou "dépendant" sur ce que je vivais. Mais quand il y une escalade, un mal-être, cela se ressent clairement. Je constatais juste que je n'arrivais pas à me passer du porno.

Quelles sont les pires souvenirs de cette période ?
J'ai fait beaucoup de choses vraiment bêtes, comme me relever la nuit pour me masturber. Mais je n'aime pas rentrer dans le sensationnalisme. C'est une perte de contrôle en général.

Parmi les personnes qui viennent sur votre site, y-a-t-il un profil plus répandu que les autres ?
Non, il y a tous les profils : cela peut arriver à tout le monde et dans n'importe quelle classe sociale, jusqu'aux chefs d'entreprises. Il y a même maintenant de plus en plus de femmes. Sur mon site, je reçois des commentaires et des propositions de témoignages : un homme dans la cinquantaine qui me disait que sa femme l'avait quitté à cause de cela, une sex-addict qui couchait avec tout le monde, ce qui est souvent lié à l'addiction à la pornographie, un gars qui se disait attiré par les vidéos avec des animaux... Il y a vraiment de tout. En fait, cette addiction est surtout liée à un problème de confiance en soi. Quand on sait jouir de la vie, quand on est fier de soi-même, il y a moins de raison de tomber dedans.

A-t-on des chiffres sur le nombre de personnes concernées ?
Non, c'est impossible car on a du mal à définir le terme. Mais une étude de janvier 2014 commandée par un site porno assurait que 7% des Français en regardent tous les jours.

On peut regarder du porno quotidiennement et le vivre bien...
Oui, encore une fois ce n'est pas une question de quantité. Après, il y a des travers à la pornographie. C'est à chacun de réfléchir à ce qu'il veut vivre et ce dont il ne veut pas.

Va-t-on toujours plus loin dans le fantasme lorsque l'on est porno-dépendant ?
Je ne crois pas, non. A un moment, il y a la volonté qui prend le dessus. Moi, il y a des trucs qui m'écœuraient et qui m'ont toujours écœuré.

Comment devient-on accro à la pornographie ?
Ça commence toujours progressivement : on ne va pas voir une escort girl à 14 ans. On voit toujours plus d'images, de vidéos, on découvre d'autres pratiques, puis certains veulent franchir le pas, il y en a qui passent par les chats. Moi, j'étais un ado normal. Mais vers l'âge de 16 ans, je me suis rendu compte que j'essayais d'arrêter et que je n'y arrivais pas. C'était une souffrance et ce que j'explique dans mon livre, c'est qu'il faut du temps pour s'en sortir. Cela ne ne se fait pas en claquant des doigts. Mais c'est possible.

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Comment ?

Le premier déclic pour moi, ça a été de me confier à ma femme, qui a compris combien cela me faisait souffrir. Le fait d'en parler aide ensuite à poser des contrôles externes, des filtrages web, ce qui est une condition absolument nécessaire : c'est libératoire parce que l'on a plus accès à sa drogue. Après, l'essentiel est de retrouver l'estime de soi, par exemple en faisant du sport. Il s'agit de retrouver la jouissance que l'on avait perdue parce qu'on arrivait plus à profiter des choses, à cause de ces images en permanence derrière la tête.

Est-ce difficile pour vous de résister aujourd'hui ?
Non, vraiment pas. Comme il y a du porno partout, ça m'arrive encore d'en voir mais ça ne me fait plus rien du tout. J'ai mis environ trois ans et demi à arrêter, avec des périodes de rechute. Après le deuxième gros déclic qui a été de suivre un régime, par exemple, j'ai dû me masturber cinq fois dans l'année. Et depuis fin 2013, j'ai complètement arrêté. J'ai vraiment appris à vivre avec mes pulsions, mais ce n'est pas une fin en soi d'arrêter tout ça. L'essentiel, c'est de profiter de la vie, d'être bien avec les autres : l'abstinence est juste un moyen d'être plus heureux.

Faudrait-il selon vous davantage réguler la pornographie ?
Les smartphones, la démocratisation d'internet, c'est dramatique parce que cela génère toujours plus de disponibilité du produit. Je ne suis pas pour la censure, parce qu'elle ne changerait rien. Mais il faudrait vraiment réfléchir à des moyens de réguler l'accessibilité, avec une recherche sur des filtrages plus efficaces ou, pourquoi pas, en rendant le porno forcément payant.

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