Les jeunes utilisent moins la voiture : "Ce n’est plus un plaisir, c’est devenu un boulet"

Les jeunes utilisent moins la voiture : "Ce n’est plus un plaisir, c’est devenu un boulet"

MODE DE VIE – Les jeunes passent de moins en moins le permis de conduire, achètent moins de voitures, et privilégient d’autres modes de déplacement, selon une étude publiée cette semaine. Derrière cette évolution des mentalités, des causes financières, mais aussi un changement de rapport à la voiture, comme l'expriment les internautes qui ont répondu à notre appel à témoignages sur Facebook.

Longtemps, la voiture a été associée à une sensation de liberté, d’émancipation, voire de réussite sociale. Avoir la sienne, c’était prendre son envol, devenir adulte, autonome. Être indépendant. Une page est-elle en train de se tourner avec la nouvelle génération ? C’est ce que laisse penser une étude réalisée par le Forum Vies mobiles, à l’occasion de la Semaine de la mobilité, sur le rapport des jeunes à l’automobile.


Après des décennies d’engouement, les jeunes de moins de 30 ans sont ainsi moins nombreux à passer le permis qu'il y a 10 ou 20 ans, selon cette étude : - 9% entre 1993 et 2008. D’ailleurs, une part croissante d'entre eux n’a pas de voitures : à Lyon par exemple, une des villes ciblées par l’enquête, la part des ménages non équipés a grimpé de 20% chez les 18-24 ans entre 1995 et 2006, de 67% chez les 25-29 ans, et de 45% chez les 30-34 ans. Enorme. Et même les jeunes qui en sont équipés l’utilisent moins. 

La voiture est de plus en plus perçue comme une contrainte

Pourquoi ce désintérêt des jeunes vis-à-vis de la voiture ? D’abord pour des raisons budgétaires. Pour Josette, qui a répondu à notre appel à témoignages sur Facebook, c’est évidemment la première des explications. "Un permis à 1500 euros, puis trouver une voiture potable à moins de 1000 euros, en plus du prix de l’assurance et de l’essence, c'est quasiment impossible", décompte-t-elle.  "Achat, entretien, essence… Les jeunes ne boudent pas la voiture, ils n’ont pas les moyens, tout simplement", analyse lui aussi Michel. 


Pourtant, un autre internaute, Nicolas, voit aussi derrière tout cela une évolution de la perception de l’automobile : "De toute manière, la mort de la voiture est inévitable. Le plaisir de conduire a disparu depuis trop longtemps. La voiture est devenue un boulet : financier d'une part, et avec la désagréable sensation d'être fliqué d'autre part."


C’est aussi une des conclusions de l’étude : ce désintérêt croissant des jeunes vis-à-vis des voitures n’est pas qu’une conséquence de problèmes de financement. Alors qu’auparavant, le permis et l’acquisition d’une voiture étaient perçus comme un rite de passage à l’âge adulte et un vecteur d’autonomie, voire un outil d’émancipation, "aujourd’hui, ce sont d’autres expériences, comme les voyages à l’étranger, qui jouent ce rôle de rite de passage ", notent ainsi les auteurs de l'étude. Le permis n’est plus une priorité, et est désormais souvent davantage vu comme une compétence ou un diplôme qu’il est utile d’avoir, mais que l’on n’utilise pas forcément. Et la voiture ne fait plus rêver. "C’est d’abord un objet fonctionnel, elle est peu investie comme symbole de réussite sociale", analyse l’étude. "Elle est même de plus en plus perçue comme une contrainte en centre-ville."

Un incontournable sur certains territoires

D’ailleurs, de plus en plus, les conducteurs l’utilisent en complément d’autres solutions de mobilité, en fonction des besoins. Comme François, qui raconte sur notre page Facebook : "Ma voiture m'est indispensable surtout pour mon travail et pour les courses. Mais dans Paris, je prends le plus souvent mon scooter car ça roule vraiment trop mal. Avant, je changeais de voiture tous les 4 ou 5 ans, mais maintenant comme je roule beaucoup moins, je la garde le plus longtemps possible." Ou encore Annie, qui va à l’école à pied avec ses enfants. En revanche "pour faire les courses, souligne-t-elle, la voiture reste obligatoire. Certes il y a le bus, mais nous sommes 5 et les sacs de courses à transporter… très peu pour moi."


Reste que si la tendance est majoritaire dans les gros centres urbains, et qu'elle s’amorce aussi en dehors des centres-villes, la voiture reste souvent incontournable dans des territoires peu ou mal desservis par les transports en commun. Ou quand, comme pour Benoit, le métro ou le bus sont moins efficaces que la voiture : "Pour aller de chez moi à mon travail via les transports en commun, il faut compter 1h15 de porte à porte, compressé dans le métro", décompte-t-il. "En voiture, je mets 45 minutes au maximum. Alors, je fais quoi ?"

VIDÉO - Les Français attachés à leur voiture :

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