Les policiers en colère manifestent à nouveau ce samedi : reprise de la mobilisation ou baroud d’honneur ?

Les policiers en colère manifestent à nouveau ce samedi : reprise de la mobilisation ou baroud d’honneur ?

BIS REPETITA ? - Près d'un an après le déclenchement d'un mouvement de colère inédit, trois associations de policiers appellent de nouveau à manifester samedi, à Paris et dans les grandes villes de France. Baroud d'honneur ou reprise de la mobilisation ? LCI fait le point.

C’était il y a un an : un mouvement de colère chez les policiers de terrain. Inédit par son ampleur, par sa durée. Pendant quatre mois, ils ont incarné le "malaise policier", défilant la nuit à Paris ou en province, brassard au bras et, souvent, le visage caché.


De ce mouvement, en défiance par rapport à la hiérarchie et aux syndicats et né d’une colère face aux conditions dans lesquelles s’exerçaient le métier, est notamment sorti un collectif, l’UNPI (Union nationale des policiers indépendants), collectif d'une dizaine d'associations. Il appelle ce samedi, avec deux autres collectifs (FFOC, Femmes de forces de l’ordre en colère et MPC, Mouvement des policiers en colère) à manifester, à Paris et dans les grandes villes de France. 

Un an après, bis repetita

Car selon eux, rien n’a avancé, rien n’a changé. "Les flics français en ont marre d’être la 5e roue du carrosse, d’être humiliés, et traînés dans la boue à la première occasion, de travailler avec des matériels pourris, recyclés, ou comme venus du tiers monde", écrivait début septembre dans un communiqué l’UNPI au ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Le mouvement exige entre autres "des états généraux de la sécurité, d’urgence". Cet été, l’UNPI a notamment attiré l’attention sur les conditions matérielles de travail, en lançant un concours photo interne, pour élire le pire commissariat de France. Une démarche pour "éveiller les consciences", estime l’association. "Mais ces conditions-là, ce n’est que la face immergée de l’iceberg. La police se meurt. Nous sommes sur une poudrière."


La fronde policière était née après l'attaque au cocktail Molotov de collègues gravement blessés le 8 octobre à Viry-Châtillon (Essonne). Spontanée, organisée grâce aux réseaux sociaux et sans les syndicats, elle était inédite par son ampleur. Le patron de la police de l'époque, Jean-Marc Falcone, est même hué par des policiers. Du jamais vu. 

Elle était aussi l'aboutissement d'une année chargée pour la police, en première ligne pour gérer les attentats, les manifestations marquées par des violences et la sécurisation de l'Euro-2016, dans un pays placé sous état d'urgence. Les manifestants dénonçaient pêle-mêle le "laxisme" de la justice, une légitime défense mal adaptée, des matériels obsolètes ou une hiérarchie jugée "carriériste" et remettaient en cause la légitimité des puissants syndicats policiers. Une intersyndicale tente ensuite de reprendre la main, sans succès. Les syndicats concèdent alors devoir évoluer, mais réfutent tout discrédit, renvoyant la balle au gouvernement.


Le 26 octobre 2016, les syndicats - mais pas les manifestants - sont finalement reçus à l'Elysée par François Hollande. Une enveloppe de 250 millions d'euros est débloquée. Une loi assouplissant les règles de la légitime défense, doublant les peines pour outrage et autorisant l'anonymat des enquêteurs, est adoptée par le Parlement le 16 février. Le mouvement reflue.

En vidéo

Un concours de photos dénonce la vétusté des équipements de la police

Un dialogue difficile avec les autorités

Mais, un an après, rien n'a changé dans le discours des policiers en colère qui ont fait perdurer le mouvement en le structurant. L'UNPI revendique ainsi 25.000 sympathisants sur les réseaux sociaux et 2.000 adhérents. Elle affirme ne pas vouloir être un syndicat, mais relayer ce que vit réellement la base ; et à ce titre, faire partie des personnes autour de la table, au même titre que les syndicats. 


Mais l'administration oppose au mouvement une fin de non-recevoir. "Ces collectifs et associations ne sont pas représentatifs. Ca ne veut pas dire que je méprise leur message mais le dialogue et la concertation sociale se passent avec les organisations syndicales qui ont été élues avec des taux de participation qui dépassent les 80%", a déclaré le nouveau directeur général de la police nationale (DGPN), Eric Morvan à l'AFP. Pour l'UNPI, c'est clair, les autorités jouent sur la peur : "Des consignes ont été données pour tuer la mobilisation, en affirmant notamment que le fait de discuter de la police sur les réseaux sociaux nous expose au danger et qu'il est susceptible de constituer une faute disciplinaire".


Face à des syndicats présents dans chaque commissariat et qui préparent les élections professionnelles de 2018, le mouvement des policiers en colère n'a pas la partie facile. D'autant qu'il n'a aucun accès aux instances de concertation et de décision, notamment celle qui porte sur les mutations et avancements. Connaîtra-t-il un nouvel automne? "La mobilisation de samedi donnera la température", répond l'UPNI. Plus anecdotique mais très parlant, les policiers rendront aussi public un album photo compilant des clichés illustrant la vétusté du matériel policier. Et désigneront le "pire commissariat de France". 

Plus d'articles

Sur le même sujet