Les ratés du gouvernement dans sa lutte contre un site anti-IVG

Les ratés du gouvernement dans sa lutte contre un site anti-IVG

IVG – Le portail officiel du gouvernement sur l’avortement est régulièrement dépassé dans les moteurs de recherche par un site de militants anti-IVG. Une bataille de référencement dangeureuse pour les jeunes femmes enceintes... et qui pourrait, selon un expert, être réglée facilement par le webmaster du ministère de la Santé.

Cliquer, cliquer et recliquer encore, à "s’en donner une crampe au poignet". Telle est l’initiative proposée par le magazine féministe Causette, ce jeudi, afin de faire remonter dans Google le site officiel du gouvernement sur le droit à l’avortement. L’idée ? Dépasser le site IVG.net, revenu, depuis peu, en pole position sur les moteurs de recherche.

Sous l’apparence d’une plateforme de conseils, ce portail, tenu par des militants contre l’avortement, diffuse en réalité une idéologie anti-IVG bien déguisée. En septembre dernier, histoire d’en avoir le cœur net, metronews avait composé le numéro vert proposé par ce site, en se faisant passer pour une jeune femme enceinte et indécise. Résultat : en lieu et place de conseils avisés, nous avions récolté propos moralisateurs, discours culpabilisants... mais aucune recommandation d’ordre médicale. Et alors que le classement des sites dans Google fait bien souvent, aux yeux des non initié(e)s, figure d’autorité, l’initiative du magazine Causette apparaît bien utile.

EN SAVOIR + >> "On ne regrette jamais d'avoir un bébé, tu comprends ?": on a appelé IVG.net

Une norme de base pas appliquée

Sauf que cette technique du clic acharné serait en fait loin d’être la meilleure. Interpellé par le post Facebook de Causette, Mehdi Coly, gérant du site optimiz.me et spécialiste en référencement, s’est penché sur les recommandations du magazine. Et a abouti à la conclusion suivante : ce n’est pas aux internautes de se mobiliser… mais aux webmasters du ministère de la Santé de procéder à quelques modifications.

Interrogé par metronews, Mehdi Coly explique : "Il existe en référencement ce qu’on appelle la balise H1. C’est un outil qui permet d’indiquer à Google le titre principal de votre page. Or, la page du gouvernement que j’ai analysée ne contient pas cette balise. C’est pourtant une norme de base. Deuxième problème : les liens qui renvoient vers le site du gouvernement ne mentionnent pas le mot ‘ivg’. Là encore, ça se règle facilement, en travaillant par exemple avec une communauté de blogueurs." Et l’expert en référencement de conclure : "Si ces deux principes étaient respectés, le site du gouvernement dépasserait pour de bon IVG.net. La mobilisation par le clic est marginale. Et selon le comportement des internautes, ça peut même être négatif pour le référencement du site du gouvernement."

Technique du clic

Et pourtant, du côté du ministère de la Santé, on a l’air de croire dur comme fer à la technique du clic, pour dépasser IVG.net. En témoignent ces tweets de la ministre Marisol Touraine, postés jeudi en fin d’après-midi, afin de remercier les internautes pour leur mobilisation.

Contacté par metronews, le ministère de la Santé indique "ne pas pouvoir se satisfaire d'une deuxième position." Et ajoute : "Un groupe de travail est en cours pour améliorer encore le référencement naturel du site officiel. Le but est bien de repasser devant." Quant à l'absence de cette fameuse balise H1, le ministère compte se pencher sur la question. Mais appelle toujours à la mobilisation des internautes. "C'est aussi une façon de rappeler que le site du gouvernement sur l'IVG existe, et que c'est sur celui-ci qu'il faut aller."

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