"Les sans-abris vous écrivent" : la campagne de com' originale de l'appli Entourage sur des billets de 5 euros

LIEN SOCIAL - Sur certains billets de 5 euros, vous aurez peut-être l'occasion de lire un message manuscrit laissé par un SDF parisien. Qu'il s'appelle Rachid, Titi ou Jeff, il y explique qu'un sourire, un bonjour vaut bien plus que de l'argent. Cette initiative de l'association Entourage a pour but de favoriser le lien social envers ces "exclus" et d'inciter les personnes sensibilisées à télécharger leur application mobile, un outil pour faciliter l'entraide entre riverains et sans-abris.

"Pour moi Rachid, SDF depuis cinq ans, un billet ça fait toujours du bien mais pas autant qu'un bonjour". Comme Rachid, de nombreux sans-abris parisiens ont pris la plume pour exprimer leur besoin de conserver du lien social. Sourire, saluer, dialoguer, des gestes simples du quotidien qui sont pourtant souvent refusés à ces personnes en marge de la société, par peur, déni ou méconnaissance. 


Pour tenter de faire évoluer les choses, Rachid mais aussi Pablo, Titi, Pierrot ou encore Jeff s'adressent aux passants via … des billets de cinq euros. Une initiative lancée par l'association Entourage, qui appose sur chacun de leurs messages un tampon indiquant "Les sans-abris ont besoin de lien social. Téléchargez l'application Entourage."

Au-delà du symbole, un billet de cinq euros s'échangeant plus de 100 fois par mois, c'est un "média" idéal pour faire passer leur message, nous explique Claire Duizabo, responsable communication d'Entourage : "On a cherché ce qu'il y avait de plus viral au monde". "On a bien pensé à des pièces de monnaie, mais là ça devenait compliqué pour y inscrire un message", s'amuse-t-elle. Ces flyers monétaires ne perdent en rien leur valeur. 200 été mis en circulation dans les 2e et 9e arrondissements de Paris, mais Entourage compte bien toucher les Français aux quatre coins du pays.

Cette application a pour but de connecter les habitants d'un même quartier pour les aider à créer des "actions chaleureuses" pour les SDF : apporter des couvertures, des produits d'hygiène, offrir un café, trouver un toit pour une jeune mère et son bébé, aller au cinéma. "Quand on voit un sans-abri, on a tous en tête qu'il a besoin d'une pièce ou d'un sandwich, mais pas forcément qu'il a besoin de lien social", souligne Claire Duizabo. Les actions proposés par les utilisateurs de l'appli "partent souvent d'un don matériel mais cela permet d'engager une discussion, de créer des liens".


Cette responsable rassure d'emblée ceux qui craindraient une rencontre malheureuse. Les membres de l'association veillent au bon fonctionnement du réseau : "pour créer un compte, il faut un numéro de portable" certifié, les personnes sont "géolocalisées" et "une modération est effectuée toutes les deux heures".

"Sac de couchage cherche propriétaire"

L'idée a germé en 2014. Jean-Marc Potdevin, fondateur de diverses start-up du web et ancien vice-président de Yahoo Europe, a l'habitude de croiser des sans-abris sur le chemin l'amenant à son travail. Souvent les mêmes. Un soir, l'un d'entre eux se plaint d'une rage de dents. Jean-Marc Potdevin s'appuie alors sur son réseau d'amis pour trouver un dentiste prêt à aider cet homme. Il réalise la capacité d'une communauté d'entraide et décide de créer un réseau social de proximité pour faciliter la mise en place d'actions, entre simples riverains ou avec des associations du secteur. 


Pour se faire, il s'entoure de sans-abris, d'experts de l'action sociale et de professionnels du web. Un "comité de la rue" est créé, qui comprend six SDF ou ex-SDF. A sa tête : Anne-Claire qui, après avoir passée 17 ans dans la rue, cherche aujourd'hui à aider cette population et à changer le regard que l'on porte sur elle. Lancée en octobre dernier, l'application se fait un modèle de "technologie positive". "On est à rebours des réseaux sociaux traditionnels, plutôt que de créer une communauté virtuelle présente partout dans le monde, on utilise les nouvelles technologies pour créer de vraies rencontres." Ce ne sont pas des gens qui partagent les mêmes centres d'intérêt comme sur un forum ou sur Facebook, mais bien des personnes très différentes, qui vivent dans le même quartier et souhaitent développer le vivre ensemble.


Téléchargée 11.000 fois en cinq mois, l'application peine tout de même encore à faire parler d'elle. "On compte 6.000 membres actifs et 500 actions" actuellement, détaille Claire Duizabo, mais "nous sommes une association donc, avec zéro budget pour communiquer". D'où l'idée de cette nouvelle campagne de communication pour le moins originale. Et pour augmenter leur visibilité, l'agence TBWA\Paris, un des mécènes de l'association a créé, gratuitement, une petite vidéo visible sur Youtube.

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