Les viols ont-ils augmenté en France en 2016 ?

Les viols ont-ils augmenté en France en 2016 ?

VIOLENCES SEXUELLES - Selon Le Figaro, le nombre de dépôts de plaintes pour viol a augmenté de 14% en 2016. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le nombre de viols a augmenté. Explications.

"Les viols ont augmenté de plus de 14 % en 2016." C'est ainsi que commence un article du Figaro publié ce dimanche. Selon le journal, "de 13.881 cas signalés et transmis à la justice en 2015, ces infractions sont passées à 15.848 l'an passé". Soit effectivement environ 14% de hausse.


Cependant, ces chiffres sont à interpréter avec prudence, prévient Christophe Soullez, directeur de l'Observatoire national de la délinquance et des répressions pénales (ONDRP). "Une augmentation des plaintes enregistrées ne veut pas dire augmentation des cas de viols", souligne-t-il à LCI

Taux de plaintes faible, conditions d'accueil...

Pour appuyer son propos, Christophe Soullez rappelle tout d'abord que le taux de plaintes pour viol est très faible en France. "Moins de 10% des femmes adultes portent plainte", confirme Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), contactée par LCI. "Aller porter plainte est une démarche qui peut s'avérer compliquée", déplore de son côté Ernestine Ronai, coordinatrice de la Mission interministérielle pour la protection des femmes. Difficile dans ces conditions de corréler avec certitude les plaintes déposées à celui du nombre de viols.


Deuxième point à prendre en considération : les conditions d'enregistrement des plaintes. Le Figaro dévoile qu'il y a par exemple près de "5 faits signalés pour 10.000 habitants en Guyane", soit "deux fois plus qu'à La Réunion (2,4) ou encore dans l'Orne (2,2) ou le Territoire de Belfort (2,1)". Or, selon Christophe Soullez, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes car il faut aussi "regarder les conditions dans lesquelles ces plaintes ont été enregistrées". D'après lui, "certains départements, au niveau de la police et de la justice, travaillent ainsi beaucoup mieux que les autres" sur le sujet.  "Y’a-t-il eu une campagne de publicité dans ces départements ? Les flics sont-ils plus sensibles au problème ?", s'interroge  de son côté Emmanuelle Piet. A Paris et dans les Hauts-de-Seine, le nombre de dépôts de plaintes est en tout cas bien plus faible (0,6 à 0,7 pour 10.000 habitants). 

Les viols sont de mieux en mieux et de plus en plus déclarésErnestine Ronai

Christophe Soullez note en outre que la plainte n'est que le premier élément de l'enquête et intervient "au tout début de la procédure. "On sait que lorsque l’on est dans une affaire complexe, ce qui est souvent le cas pour des affaires de viols, la qualification des faits peut largement changer lors de l’enquête".  Bref, autant d'éléments qui peuvent donc fausser les chiffres cités dans Le Figaro. 


Enfin, Christophe Soullez estime que la parole a pu se libérer. "Cela fait une bonne trentaine d’années qu’on parle des violences sexuelles et ça progresse", abonde Emmanuelle Piet. D'où probablement une augmentation du nombre de plaintes. "Le travail que nous faisons autour de la sensibilisation aux viols porte ses fruits. Les viols sont de mieux en mieux et de plus en plus déclarés et c’est tout l’effort que nous faisons",  note ainsi Ernestine Renai.

Entre 130.000 et 200.000 viols chaque année

Alors, pour mieux estimer le nombre de viols commis chaque année en France, des enquêtes de victimisation sont réalisées. Et l'on observe notamment que le chiffre des dépôts de plaintes est bien loin de celui des viols et des tentatives de viols. "On estime à 200.000 le nombre de viols par an, majeurs et mineurs confondus", lâche Emmanuelle Piet.


Des estimations tempérées par l'enquête Virage de l'Institut national d'études démographiques (Ined), dont les premiers résultats sont sortis en novembre dernier. Selon l'Ined, le nombre annuel de personnes de 20 à 69 ans victimes d'au moins un viol ou une tentative de viol en France est estimé à 62.000 femmes et 2700 hommes. Considérant que, selon les chiffres des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie, un viol sur deux est commis sur un mineur, cela porterait au moins à 130.000 le nombre de viols commis chaque années sur les majeurs et mineurs confondus.

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