Loto chez les fleuristes : "Nous, on va se mettre à vendre des fleurs !", fulminent les buralistes

PAS CONTENTS - Les buralistes protestent contre un partenariat passé entre la Française des jeux et l’enseigne de fleurs Florajet, qui autorise les fleuristes du réseau à vendre eux aussi des jeux de grattage et de tirage. Une mesure qui s’ajoute à l’arrivée du paquet neutre, ainsi qu'à la hausse du tabac à rouler annoncée vendredi matin.

"Nous aussi, on va se mettre à vendre des fleurs !" Jean-Luc Renaud, secrétaire général de la Confédération des buralistes de France, pousse ce cri du cœur lorsque nous l'appelons pour l'interroger sur la possibilité désormais offerte à certains fleuristes de vendre des grilles du Loto. Une réaction un brin provoc’, mais c'est peu dire qu’il n’est pas content.


En ligne de mire des tabac-presse, le fait que la Française des Jeux ait signé un partenariat avec Florajet, un réseau de fleuristes. Cet accord permettrait ainsi aux boutiques de l’enseigne de vendre des jeux de grattage et de tirage. Pour l’instant, seules deux magasins Florajet vendent ce genre de tickets, à Allauch, dans les Bouches-du-Rhône, et à Mont-Saint Martin, en Meurthe-et-Moselle. D’ici la fin de l’année, ils pourraient être entre 10 et 20.

"On nous reproche de ne pas bien faire notre travail !"

Et ça, les buralistes ne le comprennent pas. "On est le partenaire de la française des jeux depuis 1976", détaille Jean-Luc Renaud. "Notre réseau de bar-tabac fait la quasi-totalité du chiffre d’affaires de la Française des jeux, qui d’ailleurs augmente d’environ 5% chaque année. En allant démarcher 5700 fleuristes (le nombre d'adhérents au réseau Florajet, ndlr) , on a l’impression que la FDJ nous reproche de ne pas bien faire notre travail !", déplore Jean-Luc Renaud. 


Ces tickets de grattage ou de Loto et d'Euromillions représentent, selon les bureaux de tabac, entre 10 et 20% du tiroir-caisse. C’est donc avec des grincements de dent que les buralistes voient surgir ce qu’ils considèrent comme une réelle concurrence. Jeudi, pour dire leur grogne, les buralistes de la Marne étaient ainsi appelés à refuser les de valider les tickets d’Euromillions. En Île-de-France, leurs collègues envisagent de boycotter la nouvelle formule du jeu de hasard qui sera lancée mardi prochain.  "Pour l’instant, ce sont des actions ponctuelles, décidées au niveau local", explique Jean-Luc Renaud. "Mais nous avons prévu une session extraordinaire mercredi prochain pour décider des opérations de grande envergure à éventuellement mener." 

"Aucun projet de déploiement massif chez les fleuristes"

Pourtant, à la Française des jeux, le ton n’est pas au divorce, bien au contraire. Le porte-parole contacté par LCI plaide plutôt une "incompréhension à lever", et une inquiétude qui n’est "pas fondée". "Les choses sont très claires pour nous : le réseau des bar-tabac reste notre distributeur historique, privilégié, et il n’est pas question de développer des circuits de distribution concurrents", souligne-t-il. En fait, ce partenariat signé avec Florajet est selon lui un "cadre" permettant d’être présents sur des territoires qui ne sont pas couverts par le réseau des bureaux de tabac.  Mais le porte-parole l'assure : "Il n’y a aucun projet de déploiement massif de jeux chez l’ensemble des fleuristes, ou dans d’autres points de vente". 


Cette politique de distribution diversifiée n’a d'ailleurs "rien de nouveau", poursuit-il. "Nous sommes déjà distribués chez des fleuristes, dans des épiceries locales, des boutiques multiservices ou des boulangeries". Car depuis le début des années 2000, la Française des jeux essaie de combler les zones vides de distribution, là où il n'y a pas , ou plus, de bar-tabac pour continuer à avoir un fort maillage sur le territoire. "Ce réseau connaît des difficultés sectorielles. Les bureaux de tabac sont passés de 42.000 points de vente à 31.900". A chaque fois, les implantations dans d'autres commerces - qui constituent aujourd'hui 3% des distributeurs de la Française des jeux - se font "de façon très prudente, circonstanciée", et en "informant le réseau de buralistes", fait valoir le porte-parole.


Si les buralistes dégoupillent à ce point, c’est sans doute aussi que s’empilent une série de mesures, ressenties comme des "agressions de tous côtés" par les buralistes, estime Jean-Luc Renaud. "On commence à recevoir les paquets neutres et pour nous, c’est un casse-tête épouvantable. On a appris vendredi matin qu'il y aurait une hausse de la fiscalité sur le tabac à rouler, une taxe sur le chiffre d’affaires. On n’a pas besoin de Florajet là-dessus !". La réunion prévue mercredi par la profession risque d’être animée.

VIDÉO. Le Loto chez le fleuriste : le malaise des buralistes

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