Mise à disposition de seringues pour les détenus toxicomanes : le projet de décret qui fâche les syndicats pénitentiaires

Mise à disposition de seringues pour les détenus toxicomanes : le projet de décret qui fâche les syndicats pénitentiaires

GRONDE - Les syndicats de surveillants s'inquiètent d'un projet de décret destiné à mieux lutter contre la transmission des infections en milieu carcéral et qui pourrait introduire les seringues en cellule. Ils dénoncent notamment des risques sécuritaires.

"Non aux seringues en cellule". Les syndicats pénitentiaires sont vent debout contre un projet de décret destiné à mieux lutter contre la transmission des infections en milieu carcéral. "Ce décret prévoit de permettre aux détenus de se shooter en ayant accès à des seringues à l'infirmerie et, pire, de mettre à disposition des seringues en cellule individuelle. C'est tout simplement hors de question", a déclaré à l'AFP Jean-François Forget, secrétaire général de l'Ufap-Unsa Justice, principal syndicat de surveillants. Il dénonce notamment des risques sécuritaires. "C'est un dispositif immoral et dangereux", voyant notamment la seringue comme "une arme potentielle", détaille-t-il. 


Même son de cloche chez FO-Pénitentiaire, vent debout contre l'introduction de ce que les gardiens assimillent à des "salles de shoot" en milieu carcéral.  Plus nuancé, Christopher Dorangeville de la CGT-Pénitentaire salue une "indubitable avancée sanitaire" en prison où "la drogue circule". Mais il s'inquiète de "garde-fous insuffisants" face à "l'arrivée des seringues jusque dans les cellules". "Le principe même de la salle de shoot en prison nous pose problème. Comment amener le détenu sur le chemin de la sortie en le maintenant dans la dépendance, en lui fournissant l'outil même de sa dépendance ?", s'interroge-t-il.

Un décret issu de la loi de "modernisation du système de santé"

A l'origine de la polémique, se trouve donc le projet de décret d'application de la loi de "modernisation du système de santé" du 26 janvier 2016. Le texte provisoire, prévoit, que "des matériels et outils", c'est-à-dire potentiellement des seringues, "ne peuvent être distribués, utilisés ou détenus que dans les locaux sanitaires de l'établissement". 


Il prévoit aussi, "par dérogation", l'utilisation de ces outils en cellule, à des conditions strictes : si le détenu est "en cellule individuelle dans un établissement où le taux d'occupation est inférieur ou égal à 100%" et sous réserve de l'autorisation du chef d'établissement, en accord avec un représentant de l'unité sanitaire.

Le principe même de la salle de shoot en prison nous pose problèmeChristopher Dorangeville, CGT-Pénitentiaire

Actuellement, les détenus toxicomanes ont accès à des drogues dites de substitution (subutex, méthadone) administrées par voie orale. L'introduction de seringues suppose que les détenus puissent venir à l'infirmerie avec des drogues injectables. Pour la Chancellerie, interrogée par l'AFP, le décret en préparation "vise à réduire les risques d'infection en détention, en application de la loi". "On n'introduit aucune nouvelle substance en détention, on ne fait que mettre à disposition des outils, de façon très encadrée", insiste le ministère.


Le décret, qui devrait être cosigné par les ministres de la Santé et de la Justice, est pour l'heure toujours "en préparation" et ne devrait entrer en application que deux mois après sa publication.

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VIDEO ARCHIVES - Comment fonctionne le première "salle de shoot" ouverte à Paris fin 2016 ?

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