Moirans : "C’est gravissime, toute une communauté est stigmatisée"

Moirans : "C’est gravissime, toute une communauté est stigmatisée"

REACTIONS - Les membres de la communauté des gens du voyage déplorent les violences survenues mardi soir à Moirans, en Isère, qui risquent de les stigmatiser un peu plus. Prêchant le vivre-ensemble, ils déplorent de n’être pas davantage insérés dans la société.

"Un quartier mis à sac." "Un déchaînement de violence." "Une ville sous haute tension." Pas de mot assez fort dans les médias, ce mercredi matin, pour décrire les incidents qui se sont déroulés mardi soir à Moirans, en Isère : des membres de la communauté des gens du voyage ont bloqué la gare, et saccagé des commerces, pour réclamer la libération d'un détenu afin qu'il puisse assister à des obsèques.

Mercredi matin, la communauté des gens du voyage s’est réveillée abasourdie. Car l’ incident local braque à nouveau les projecteurs sur toute une catégorie de population, qui s’estime déjà largement stigmatisée. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à faire part de leur désarroi et dénoncer les violences de la soirée. "Scandaleux. C’est triste c'est toute une communauté qui est montrée du doigt", écrit Françoise sur la page Facebook de Soutien à Milo Delage, un des leaders nationaux . Ou encore Yolande : "On a le droit de ne pas être d'accord mais de là a tout brûler, NON, ce n'est pas la meilleure méthode pour se faire accepter, mais des imbéciles il y en a partout, hélas !" Karen, elle, écrit : "Honteux. Et après ils vont se plaindre que les 'gadjets' ne nous aimeNT pas. Avec des réactions pareilles, je les comprends."

"Une population délaissée, déclassée"

Les associations de gens du voyage, condamnent, elles aussi, les faits. "C’est gravissime, catastrophique par rapport aux gens du voyage", déplore Milo Delage, contacté par metronews. La situation de base est compliquée. "C’est un évènement douloureux, qui touche à l’intime d’une relation entre une mère et ses enfants. Et notre communauté a un grand respect et un culte des morts", explique Milo Delage. Pour autant, "personne ne peut se satisfaire que des personnes usent de la violence." Même constat pour Stéphane Lévêque, président de la fédération nationale Fnasat-gens du voyage . "Ce sont DES gens du voyage qui commettent ces débordements, et à l’arrivée, ce sont les 400.000 gens du voyage présents sur le sol français qui en subissent les conséquences", souffle-t-il.

Mais les deux leaders comprennent l’"expaspération" de certains. "Il faut la mettre en parallèle avec la défaillance générale des politiques publiques envers les gens du voyage, c’est une population déclassée, délaissée, totalement oubliée de l’Etat", indique Stéphane Lévêque. Il dénonce une "vision datée" : "On part du principe que les gens du voyage voyagent tout le temps, qu’ils ne sont de nulle part et que cela ne concerne donc personne. On leur fabrique des aires d’accueil, toujours aux confins des agglomérations, dans des espaces grillagés, près des stations d’épuration ou des déchetteries, éloignées du reste de la population. C’est d’autant plus regrettable qu’il y a au contraire des ancrages territoriaux très forts."

A Moirans, indique Milo Delage, les familles sont installées depuis une vingtaine d’années. "Ils sont sédentaires, mais n’ont jamais été acceptés par les gens de la commune. Ils se sentent rejetés, marginalisés, d’où le sentiment de révolte et le débordement de violence, que je déplore profondément. D’autant que notre communauté n’est évoquée qu’à travers ces incidents."

"Des certificats de bonne conduite pour montrer notre bonne foi"

Stéphane Lévêque appelle surtout à "ne pas ethniciser le débat", et pointe plus généralement une "radicalisation des modes de revendication" : "D’autres corps de populations, comme les agriculteurs, les pêcheurs, les taxis, les zadistes, ont utilisé de mêmes méthodes pour protester. Ce sont des incidents que tout le monde regrette, mais qui sont le reflet d’une situation plus générale de la société française et des cloisonnements qu’il y a." 

Pour dépasser ces clivages, Milo Delage prêche activement le "vivre-ensemble". Côté politique, il va siéger dans la nouvelle Commission nationale des gens du voyage, disparue en 2014  et qui vient d’être recréée. Et à son petit niveau, il tente de mieux faire connaître cette communauté. Pour lutter contre la peur de l’inconnu, les clichés existants, il a créé une chaîne Youtube et une page Facebook , sur lesquelles il relaie les actions menées. Comme la tenue d’un festival à Rennes en septembre autour du Vivre ensemble. "On est toujours vu comme des voleurs de poules. Pourtant on est des citoyens, on a des droits et des devoirs. Nous demandons à être pris en considération, à être responsabilisés".

Il revient d’Orléans, où, il a passé 15 jours avec 400 familles. "A chaque fois, on scolarise nos enfants, tout reste propre. Quand on part, on demande au maire de nous signer un certificat de bonne conduite. Ce n’est pas normal d’en passer par là, mais on le fait. Pour montrer notre bonne foi."

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