Mort d'Aurélie Fouquet : son coéquipier vit avec la "culpabilité du survivant"

Mort d'Aurélie Fouquet : son coéquipier vit avec la "culpabilité du survivant"

PROCES – Neuf hommes sont jugés depuis le 1er mars et jusqu'au 15 avril par la cour d’assises de Paris. Ils sont soupçonnés d'être impliqués dans le projet avorté d'un braquage en 2010 qui s'était soldé par la mort de la policière municipale Aurélie Fouquet au terme d'une course-poursuite sanglante sur l'autoroute A4. Le coéquipier de la policière décédée, Thierry Moreau, partie civile, a témoigné ce jeudi à la barre.

"Continue à tirer Thierry ! Continue à tirer, je n'ai pas envie de mourir." Ce sont les derniers mots que Thierry Moreau, policier municipal, a entendus de sa coéquipière Aurélie Fouquet. La jeune femme de 26 ans, mère d'un petit garçon âgé à l'époque de 14 mois, avait été grièvement blessée au cours d'un projet avorté d'un braquage d'un fourgon blindé le 20 mai 2010 et était décédée quelques heures plus tard.

Ce jeudi, six ans après les faits, devant la cour d’assises de Paris et devant les accusés (neuf au total dont un jugé en son absence), le policier âgé aujourd'hui de 46 ans n'a pas caché son émotion quand il a dû relater les quelques minutes qui ont bouleversé sa vie.

"Il va nous achever"

"Ce jeudi 20 mai 2010, on a reçu un appel de la police vers 9h30. On nous a demandé de nous rendre à proximité du restaurant Buffalo Grill. Là, on a aperçu un utilitaire Renault Trafic en travers de la route. On s'est dit : 'Qu’est ce que c'est que ce bordel !' Jamais on a pensé que c'était les braqueurs", a raconté le policier municipal à la barre. Un quart d'heure plus tôt, après un projet de braquage avorté au niveau de Créteil, une course-poursuite s'était engagée entre les forces de l'ordre et des malfrats. Plusieurs tirs avaient été échangés et des automobilistes avaient été blessés.

"Puis ça a été l'enfer. J'ai vu deux individus. Ça a commencé à tirer. Je me suis couché dans la voiture, entraînant Aurélie avec moi. Ça a duré une éternité. Toute ma vie a défilé devant moi. Puis je me suis relevé vers ma collègue. Je l'ai vue, les mains avec les doigts arrachés, le cuir chevelu décollé, a poursuivi Thierry Moreau la voix pleine d'émotion. J'ai ouvert la porte passager et je l'ai aidé à sortir pour la mettre en protection à l'arrière du véhicule. Je me suis mis en position de riposte. Là, un homme était tourné vers nous, avec une kalachnikov au niveau de la hanche. Je me suis dit : 'Il va nous achever'. J'ai tiré cinq cartouches, avec la certitude d'en avoir touché un. Et j'ai vu trois hommes repartir avec des sacs comme s'ils allaient faire leur course."

"Ellen n'aurait pas voulu que je baisse les bras"

Quand les ambulances arrivent sur place, Thierry Moreau n'a pas compris que lui aussi était blessé. Il a pourtant pris une balle au thorax. Malgré les soins prodigués, sa collègue grièvement blessée décédera quelques heures plus tard.

Au total, 24 impacts de balles ont été retrouvés sur la voiture des policiers municipaux. "Je me souviens de la fumée et de l'odeur de sang de ma collègue", a déclaré le fonctionnaire sans pouvoir retenir ses larmes.

Malgré le choc, Thierry a voulu reprendre le travail trois semaines plus tard et n'a pas demandé sa mutation. Il travaille toujours à Villiers-sur-Marne, et passe souvent sur le carrefour où sa collègue a perdu la vie et qui a été rebaptisé depuis, carrefour Aurélie Fouquet. "Je pense que Pitchoune (surnom qui était donné à Aurélie Fouquet par ses collègues ndlr) là où elle est, elle n'aurait pas voulu que je baisse les bras. Tant que les coupables n'auront pas eu le courage d'avouer ce qu'ils ont fait, je ne partirai pas de Villiers" a-t-il dit.

"Des cauchemars terribles"

Suivi quelque temps par un psychologue de la Pitié-Salpétrière, Thierry Moreau a préféré arrêter les soins. "Le médecin, il ne m'écoutait pas et il jouait avec son portable", s'est-il justifié. Il reconnaît pourtant qu'il ne va pas bien, qu'il met du temps à s'endormir et que lorsqu'il y parvient enfin, il fait des cauchemars.

"Monsieur Moreau ne s'autorise pas à aller mieux, il n'a plus de goût à rien", a expliqué l'expert psychologue qui l'a vu à plusieurs reprises. Selon le professionnel, le policier est dans un état de stress post-traumatique qui peut se traduire par une certaine irritabilité. "Il fait des cauchemars terribles. Il lui est arrivé de saisir sa femme la nuit comme si c'était Aurélie Fouquet, comme s'il voulait la protéger. Il reste hypervigilant". Pour la psychologue, Thierry Moreau n'a pas fait le deuil de sa collègue. Il vit aujourd'hui avec la "culpabilité du survivant".

EN SAVOIR +
>>
VIDEOS - Aurélie Fouquet : un meurtre qui a ébranlé le pays
>> Meurtre d'Aurélie Fouquet : l'heure du procès a sonné
>> Redoine Faïd, braquo repenti ou grand illusioniste
>> Meurtre d'Aurélie Fouquet : la personnalité de Redoine Faïd examinée

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques