Non, les policiers des BAC ne vont pas tirer de travers avec leur nouveau fusil d’assaut

Non, les policiers des BAC ne vont pas tirer de travers avec leur nouveau fusil d’assaut

DESINTOX – Les brigades anticriminalité vont être dotées d’une nouvelle arme puissante, le HKG36. La polémique enfle après que ce fusil d’assaut a essuyé de nombreuses critiques en Allemagne où il a été utilisé par les militaires envoyés en Afghanistan. Seulement, la version française n’est pas la même que celle déployée Outre-Rhin.

Une arme pas fiable ? Pire, qui tire de travers ? Le nouveau fusil d’assaut des brigades anticriminalité (BAC), le HKG36, ne fait pas l’unanimité. Du moins, du point de vue des observateurs. Nombre d’articles de presse ont rapporté la mésaventure des militaires allemands en Afghanistan, qui ont observé des problèmes de précision après avoir vidé deux ou trois chargeurs en mode rafale. En avril 2015, plusieurs expertises remises au chef de la Défense allemand ont mis en cause la fiabilité de cette arme fabriquée par l’industriel Heckler & Koch. Des témoignages de militaires déployés en Afghanistan indiquaient qu’il perdait en précision à cause d’une surchauffe due à des tirs en rafale. Verdict d’Ursula von der Leyen, la ministre allemande de la Défense : "le fusil n’a plus rien à faire au sein de l’armée allemande".

Les origines de la polémique
La polémique a gagné la France, lundi, lorsque le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé au cours d’un déplacement que 204 fusils d’assaut HKG36 allaient être déployés au sein des BAC parisiennes. Objectif ? Doter ces policiers, très souvent primo-intervenants, de calibres capables de faire face aux armes de guerre utilisées par les terroristes mais aussi la grande criminalité. En outre, leurs munitions permettent de perforer les gilets pare-balles des assaillants. Si la police nationale reste convaincue d’avoir à faire à une arme fiable, la polémique née en Allemagne rattrape rapidement l’Hexagone. "Cazeneuve achète-t-il des armes fragiles ?", "les policiers sont-ils en dangers ?", s’interroge la presse.

 Que dit le constructeur ?
Contacté par metronews, le constructeur Heckler & Koch n’a pas souhaité répondre officiellement à nos questions. En revanche, une source interne, exigeant l’anonymat, nous indique que "la version française est très différente de celle de l’armée allemande". "Ce fusil est très modulaire et permet d’obtenir une version optimisée pour l’utilisation qu’on souhaite en faire", poursuit cette source qui reconnait toutefois un "vaste problème" Outre-Rhin.

 Une arme différente
"La base de l’arme n’est pas la même que celle des Allemands. Elle a subi plusieurs modifications", ajoute auprès de metronews Thierry Pujol, capitaine de police au Service de l’achat, des équipements et de la logistique de la sécurité intérieure (SAELSI) . Ce service du ministère de l’Intérieur assure la conception, l’achat et la mise à disposition du HKG36 auprès des forces de l’ordre. Le canon est plus court, la visée optique est modifiée et surtout le mode rafale dit "libre" - qui a pu causer des soucis aux militaires allemands - n’existe pas dans la version commandée et livrée aux BAC. "Le mode rafale n’autorise qu’un double-coup, qui est adapté aux tirs de la police", poursuit Thierry Pujol. Contrairement aux militaires allemands en Afghanistan, les policiers français s'en serviront pour "geler des situations au cours de tueries de masse."

 Une arme déjà utilisée par le RAID
Le fusil d’assaut HKG36 est déjà en dotation au sein de la Force d’intervention de la police nationale (FIPN). Le RAID, les brigades de recherches et d’intervention (BRI) de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ainsi que les pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie nationale (PSPG) l’utilisent depuis une quinzaine d’années. "Aucun problème n’a été remonté par ces unités d’élite. Au contraire, c’est une arme dont la taille et le poids sont adaptés aux tirs de riposte. Une arme fiable, robuste, ergonomique, facile d’utilisation, insensible à la corrosion. C’est l’arme qui remplit toutes les conditions d’utilisation pour les BAC", tranche le capitaine de police.

 Une "surconsommation" de munitions ?
Plusieurs policiers nous ont avertis que le HKG36, dans sa version "BAC 2016", allait nécessiter un nombre important de munitions. En effet, selon eux, toute munition "chambrée" serait "poinçonnée" et donc inutilisable. Autrement dit, dès lors que le fusil d’assaut est armé, la munition à l’intérieur serait donc bonne à jeter même si l’arme n’est pas utilisée. "Imaginez, à chaque fois que des policiers sortent pour une banale patrouille, il faudrait qu’à leur retour à l’armurerie, ils enlèvent la munition chambrée et la mette à la poubelle", s’inquiète auprès de metronews un syndicaliste. Faux, répond le SAELSI. "Raisonnablement, on peut chambrer jusqu’à 15 fois une cartouche dans une arme sans que cela pose problème. Par soucis de sécurité, nous sommes dans la police nationale en-deçà de ce seuil. Pour le HKG36, la doctrine d’emploi n’est pas encore finalisée", coupe Thierry Pujol. Mais d’ores et déjà, il rassure : "Le nombre de munitions a été commandé en conséquence". En tout, 874 fusils d’assaut seront déployés dans les services de BAC partout en France, dont 204 ont déjà été livrés à la préfecture de police. Au total, 3000 pièces ont été commandées par le ministère de l’Intérieur pour renforcer l’armement des policiers et des gendarmes.

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