Opéra de Paris : le boeuf dans une cage fait hurler les défenseurs de la cause animale

Opéra de Paris : le boeuf dans une cage fait hurler les défenseurs de la cause animale

CAUSE ANIMALE - Pour mettre en scène "Moses und Aron" de Schönberg à l’Opéra de Paris, Romeo Casetelluci a utilisé un véritable animal vivant pour représenter le Veau d'Or. Ce qui déclenche les foudres des défenseurs de la cause animale.

"Sordide", "sadique", "inacceptable", "délire de metteur en scène cherchant l’idée", "navrant". Belle déclinaison de synonymes, de la part d'internautes outrés par une pièce jouée en ce moment à l’Opéra de Paris. Depuis le 17 octobre, l’Opéra programme en effet "Moses und Aron" de Schönberg , qui met en scène l’exode du peuple juif fuyant le joug égyptien. Avec une mise en scène dépouillée, moderne, et… figurative, Romeo Casetelluci a en effet représenté le traditionnel Veau d’Or non par une statuette dorée, mais par un véritable boeuf, une massive bestiole, de couleur blanche.

Deux apparitions de 15 minutes

Dans la pièce de deux heures, l’animal apparaît deux fois, environ 15 minutes. Dans la première scène, l’immense bête est immobile, dans une cage en plexiglas transparente.


Dans la deuxième, il marche, sur scène, et se fait recouvrir d’un peu de peinture noire.


A noter que ce traitement artistique n'est pas réservé à la seule bête : quelques instants auparavant, l’interprète de Moïse se fait lui aussi copieusement aspergerd’une mélasse noire évoquant du pétrole.


L’apparition d’animaux dans des spectacles vivants n’est pas une première, même si cela reste rare. Mais depuis quelques jours, les défenseurs de la cause animale montent au créneau sur le sujet. Avec un mot d’ordre - "Libérons le taureau !" - et un argumentaire : le fait que ces "êtres sensibles" ne doivent ni "être des jouets ni des esclaves pour l’homme". Certains insinuent même que l’animal - qui n'est donc pas un taureau, mais un boeuf - a été drogué.

Comme un coq en pâte

Plusieurs pétitions en ligne ont été lancées. L’une, sur Change.org atteint les 16 000 signatures . Elle en appelle à la ministre de la Culture Fleur Pellerin, lui demandant de "cesser d’utiliser les animaux pour notre divertissement" : "Les animaux n'existent pas pour satisfaire nos intérêts et une institution comme l'Opéra National de Paris se doit de montrer le bon exemple", écrit Laëtitia B., qui signe le texte. Sur Avaaz , Sébastien M. appelle à "libérer ce taureau vivant torturé dans une cage". Le texte recueille 19 000 soutiens. Une autre encore, sur Mes Opinions , avec ses 26 000 signatures dénonce l’utilisation de la bête "comme un vulgaire objet de décoration, afin de promouvoir un événement artistique".

Pour réagir à ces remous, l’ Opéra de Paris avait publié un communiqué le 20 octobre dernier sur sa page Facebook, dressant un bulletin de santé d’Easy Rider – c’est le nom de la bête. L’animal a été choisi en mai dernier pour être présent dans cette production. Depuis quatre mois, Easy Ridcer est préparé pour tenir son rôle. "Depuis le mois de juin, il vit en Sologne où il est quotidiennement préparé à être au contact proche de l'homme. Il a été habitué en douceur aux éclairages et à la musique de Schönberg", écrit l’Opéra. Pendant son séjour parisien, Easy Rider est hébergé à l'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort. Et ce bœuf est traité comme un coq en pâte : "Il n'est présent à l'Opéra national de Paris qu'une heure avant le début de chaque représentation et apparaît deux fois 15 minutes sur scène, avant de repartir directement", indique à metronews le service de communication de l'institution.

Les oies de Kusturica

A la fin des représentations, dans quelques jours, il retournera en Sologne. L’Opéra préfère ne pas commenter trop longuement ces réactions en ligne. "L'utilisation d'animaux est rare mais se fait, et n'a jamais provoqué de scandale. Emir Kusturica avait utilisé des oies. Dans l''Elisir d’Amor', une pièce qui passe en ce moment, un chien passe une seconde en traversant la scène. A chaque fois, les animaux sont très bien traités. Mais si les gens veulent chercher la polémique..." 

Quoi qu’il en soit, l’analyse de Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra de Paris, était peut-être prémonitoire : dans une courte présentation de "Moses und Aron" , avant la première, il avait loué une œuvre et des thèmes "qui devraient toucher le public, et qui sont terriblement actuels". Mais plus qu’à la cause de défense des animaux, il pensait plutôt aux questions d’exode, de foi et de capitalisme…

> Pour voir l'Opéra "Moses und Aron", diffusé sur Arte

A LIRE AUSSI >> Cannes 2014 : Les morts d'animaux ne se comptent plus

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques