Ouragan Irma : "Il faudra compter 7 à 10 ans pour que Saint-Martin soit refait à neuf et en totalité"

Ouragan Irma : "Il faudra compter 7 à 10 ans pour que Saint-Martin soit refait à neuf et en totalité"

INTERVIEW - Une semaine après l'ouragan qui a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy, Emmanuel Macron a annoncé une reconstruction "exemplaire" pour répondre aux "normes antisismiques et anticycloniques". Qu'est-ce que ça veut dire ? Combien de temps ça va prendre ? LCI a posé la question à un architecte.

Emmanuel Macron a promis mardi une reconstruction exemplaire des îles antillaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, frappées par l'ouragan Irma. Pour la reconstruction, "je bousculerai toutes les normes et toutes les procédures pour que le travail (...) se fasse dans les meilleurs délais", a-t-il dit. "Nous ferons vite, nous ferons bien et nous ferons mieux. Je veux que cette reconstruction soit exemplaire, durable (...) Saint-Martin renaîtra, je m'y engage."


Mais qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Combien de temps faut-il vraiment compter pour remettre Saint-Martin sur pied ? Nous avons posé la question à Didier Bergen, président de l'ordre des architectes de la Guadeloupe.

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Irma : Emmanuel Macron promet qu'il bousculera les procédures pour accélerer la reconstruction de Saint Martin

LCI.fr : Emmanuel Macron veut faire "vite", "bien" et "mieux". Est-ce seulement possible ?

Didier Bergen  : Il faudra compter 7, 8 voire 10 ans pour que Saint-Martin soit refait à neuf et en totalité. Il faut débloquer les fonds, obtenir les permis de construire, réorganiser l'urbanisation, revoir les réseaux mal faits et changer la mentalité des gens tout en respectant les procédures. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation... Prenons l’exemple de Grand Case, un quartier très proche du littoral : il va falloir réorganiser l’urbanisation de manière à faire un habitat qui résistera mieux aux catastrophes naturelles.

LCI.fr : Ça veut dire quoi construire aux normes paracycloniques et parasismiques ?

Didier Bergen  : Si on prend les catastrophes naturelles les plus fréquentes (séisme ou ouragan), il faudrait d'abord que les habitations soit fondées sur un bon sol. Il faut ensuite bien orienter la maison et faire en sorte qu'à l'est il y ait des entrées de ventilations et des baies vitrées qui ne soient pas trop grandes (aux Antilles les vents viennent du sud-ouest). Il convient d'utiliser des tôles en aluminium, notamment quand on est proche de la mer, et des fixations qui ne seront pas atteintes par la corrosion. Enfin pour les ouvertures, il faut installer des volets en aluminium.

LCI.fr : Est-ce que ça coûte forcément beaucoup plus cher ?

Didier Bergen  : Non. Ce qui coûte cher c'est l’ajout d'autres matériaux en plus, mais ce n'est pas toujours nécessaire. Ce qui est certain, c'est que l’Etat doit donner les moyens nécessaires, financiers et administratifs, pour réaliser des ouvrages qui puissent tenir et respecter les règles.

LCI.fr : Justement, comment s'assurer que les normes soient respectées de tous ?

Didier Bergen  : Comme pour les maisons de plus de 150m² ou les bâtiments privés, il faut obliger les maîtres d'oeuvre à avoir recours à un architecte dès le premier mètre-carré pour un meilleur contrôle. A Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les gens construisent en "coup de main", à la va-vite, où ils veulent et quand ils le veulent. Il faut s'assurer que le Plan local d’urbanisme (PLU) et le Plan de prévention des risques naturels (PPRN) soient respectés.

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