Ouragan Irma : "Je ne pouvais pas rester devant ma télévision et ne rien faire"

Ouragan Irma : "Je ne pouvais pas rester devant ma télévision et ne rien faire"

REPORTAGE - A Paris, dans le VIIe arrondissement, la Maison de Saint-Martin est ouverte tous les jours de 10h à 18h, même le week-end, pour collecter des dons pour les sinistrés de l'ouragan Irma.

"Là-bas, les gens n’ont plus rien. Ils sont totalement démunis. Je ne pouvais pas rester devant ma télévision et ne rien faire." Originaire de l’île Saint-Martin, Diane, 53 ans, a décidé de venir accompagnée de sa fille Marisca, âgée de 20 ans, pour donner un "petit coup de main", lâche-t-elle, sobrement. A Paris, au centre de collecte improvisé de la Maison de Saint-Martin, l'antenne en métropole de la collectivité d'Outre-mer, c’est le branle-bas de combat. Il est 14h et depuis ce lundi matin les dons arrivent au compte-gouttes. Une dizaine de bénévoles s’affairent autour d’une table pour trier et mettre dans cartons les vêtements, jouets et autres denrées alimentaires qui sont déposés depuis le matin même.


En métropole, à près de 7000 kilomètres de la zone ravagée par l’ouragan Irma, la solidarité s’organise depuis plusieurs jours pour aider les populations sinistrées à se relever après ce cyclone qui a semé la mort et la désolation. Tous ici ont vu défiler sur leur téléviseur et sur les réseaux sociaux les terribles images des énormes dégâts causées par l’ouragan Irma. "L’urgence est totale : plus d'eau potable ni d'électricité, et des réserves de nourritures extrêmement réduites. Il n’y a plus une minute à perdre, il faut venir en aide aux populations sinistrées, c’est une question de survie", insiste Junisa Grumps, chargée de mission au service extérieur à la Maison de Saint-Martin (basée dans le VIIe arrondissement, au 54 rue de Varenne). 

Nous avons surmonté l'ouragan Luis en 1995, on surmontera IrmaMarie-Line, 56 ans, une bénévole originaire de Martinique.

Un premier camion de 20 tonnes, rempli de denrées, est parti dans la matinée à Orly et ses marchandises devraient être affrétées mardi matin jusqu’à l’aéroport de Point-à-Pitre en Guadeloupe, avant d’être acheminées par bateau jusqu’à l’île de Saint-Martin, détaille la chargée de mission de la Maison de Saint-Martin. Dans un élan de solidarité, après l'appel lancé vendredi dernier, des bénévoles n’ont pas hésité à prendre sur leurs jours de congés pour venir apporter leur aide, à l’instar de Sébastien, 34 ans, venu pour accompagner un ami guadeloupéen : "Personnellement, je n’ai aucune attache dans les Antilles, mais c'était important pour moi d'afficher ma solidarité en venant apporter mon aide." 


L’inquiétude se lit clairement sur tous les visages, pourtant, tous essayent tant bien que mal de rester joyeux. Originaire de Martinique, Marie-Line, 56 ans, a vécu trois cyclones pendant son enfance aux Antilles. Elle se souvient encore du traumatisme : "Imaginez que du jour au lendemain, toute votre vie, tout ce que vous avez construit est mis à terre, balayé en quelques heures. Psychologiquement, c’est terrible à vivre", témoigne-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas de garder espoir pour l’avenir : "Nous avons surmonté l'ouragan Luis en 1995, on surmontera Irma", lance-t-elle, pleine d’espoir.

Une soirée dancehall et soca, organisée par trois DJ, pour récolter des dons

Sabrina, aujourd'hui âgée de 40 ans, a vécu pendant onze ans à Saint-Martin. Elle a décidé de prendre une semaine de congés pour donner de son temps. "Lorsque l’ouragan de catégorie 3 Gonzalo a balayé les îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, il y a trois ans, je n’ai jamais eu autant peur de toute ma vie, se souvient-elle. Je n’ose même pas imaginer ce qu’ont vécu les gens avec Irma..." Julie, une Parisienne de 37 ans, a profité justement de sa pause "déj’" pour apporter quelques produits de première nécessité. "Des couches, du lait maternel, des vêtements et quelques sachets de bonbons pour les enfants." Tout comme Isabelle, étudiante à la Sorbonne, qui a décidé de faire du tri dans sa garde-robe. "Je ne connais personne à Saint-Martin, mais c’était important pour moi de faire un geste, aussi petit soit-il", explique-t-elle.


Il est 16h. Au pied de l’immeuble, deux voitures bondées de denrées alimentaires viennent d’arriver avec à bord trois DJ originaires de Guadeloupe et de Guyane, DJ Ewine, DJ Payton et DJ Creeks Mx. Ces trois musiciens originaires des Caraïbes sont venus apporter les dons collectés lors d’une soirée dancehall et soca, qu’ils ont organisé le week-end précédent. "Là-bas, tout a été détruit par le cyclone, ça nous tenait à cœur d’y mettre du notre pour aider tous ces pauvres gens qui se sont retrouvés démunis du jour au lendemain", concluent les trois musiciens, qui prévoient déjà d’organiser une autre soirée en solidarité aux sinistrés des "îles du Nord".

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Ouragan Irma : les Antilles pansent leurs plaies

Plus d'articles

Sur le même sujet