Oxmo Puccino:  "Le vendredi 13 novembre, la France a changé de visage"

Oxmo Puccino: "Le vendredi 13 novembre, la France a changé de visage"

RENCONTRE - Récompensé par deux disques d'or et deux victoires de la Musique, Oxmo Puccino a sorti son dernier album La Voix Lactée le 13 novembre 2015. Le rappeur, qui œuvre depuis 20 ans maintenant, sera en concert à l'Olympia (9e) le 30 mars 2016. Entre ces deux dates, l'artiste livre à metronews son point de vue sur les tristes événements qui ont endeuillé la France l'année dernière.

Au lendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo, alors que le hashtag #JesuisCharlie venait de voir le jour, Oxmo Puccino prenait le micro dans le Grand Journal et rendait un vibrant hommage aux victimes et à leurs proches. Le titre en version acoustique finissait ainsi :

"Nous, sur l'écorce terrestre,
N'avons plus qu'à aimer ceux qui restent.
Prenons-nous dans les bras,
Pendant que le loup n'y est pas".


Onze mois plus tard, ni l'artiste, ni la France, tétanisée, ne s'attendaient aux attaques qui allaient faire 130 morts et 352 blessés à Paris. "Ce soir-là, j'étais chez moi, dans le 93, dans 'ma pièce', celle où je fais de la musique. Puis ma femme est montée, elle m'a dit, 'Il se passe quelque chose, quelque chose de grave'. J'avais besoin de me concentrer, je lui ai dit de me laisser. J'avais pas saisi le truc. Puis j'ai eu des coups de fils, des SMS 'T'es où ???'...Puis, j'ai vu les notifications sur le téléphone…Là, j'ai commencé à comprendre l'ampleur de l'événement", raconte-t-il à metronews, deux mois après les funestes événements.

Quelques heures plus tôt, ce 13 novembre, le nouvel album d'Oxmo La Voix lactée, écrit juste après les attaques de janvier, venait de sortir. "J'étais dans un esprit promo/interview. J'étais content ce jour-là… Tout d'un coup, j'ai zappé tout ça. Dans ma tête, il n'y avait plus qu'une chose : les attentats. Le lendemain, j'ai appris que des gens que je connaissais étaient sur place, qu'ils avaient vécu le drame, notamment un chef de la sécurité du Bataclan qui a sauvé des gens et qui est un ami d'enfance. Tout le week-end, j'étais dans ça. Ce jour-là, la France a changé de visage. Notre pays a un nouveau rapport avec la mort. La mort a frappé de manière large, à proximité. La cible était universelle : des jeunes, des gens du peuple… Tout le monde à Paris connaît quelqu'un qui a été touché directement ou indirectement."

Une "France meilleure"

Après les attaques terroristes de janvier, Oxmo Puccino avait voulu mettre du baume au cœur des gens et leur redonner goût à la vie. "Je me disais : 'Là, sur cet album, il va falloir être plus fun. La France venait de vivre des moments très durs. Si, avec des morceaux, je pouvais les faire sourire ne serait-ce qu'une fois dans la journée, ou leur donner une pensée agréable, j'avais gagné. C'était le but du jeu.'"

Dans son opus, il est question de "Slow life", invitation au carpe diem, de "Chance", celle qu'est la vie et de "1998", dont beaucoup sont nostalgiques. "Je voulais absolument faire ce morceau 1998 parce qu'on arrive à la première génération d'adultes qui ne l'auront pas vécue (la victoire de l'équipe de France en Coupe du monde de football, ndlr). Moi, j'y étais et j'ai des souvenirs plein la tête. En 1998, je me sentais plus à l'aise qu'aujourd'hui. Tout le monde souriait, tout le monde était content, tout le monde était fier d'être Français quelle que soit l'origine de ses parents. Je voulais passer le relais de cette époque, et raconter, à ceux qui ne l'ont pas vécue, ce qu'est une France meilleure, une France qui s'aime, qui s'accepte telle qu'elle est, qui affiche son drapeau et qui se pose un peu plus de questions sur son histoire."

"J'aime ce pays, je reste ici"

Forcément, le 13 novembre a tout changé. Et il faut maintenant "vivre avec". "On a tous ça en tête : ce sera à vie. Il y a les familles endeuillées. Il y a cette psychose dans la rue. J'ai beaucoup de copains maghrébins qui ont été victimes de délit de faciès… Il y a cette peur de la suite. Car malheureusement, il y aura sans doute une suite ici..."

La suite, Oxmo Puccino en a eu une déjà, qui l'a touchée de près. Une semaine après ce terrible 13 novembre, des terroristes frappaient son pays natal, le Mali. "Ça a été une deuxième onde de choc", se souvient-il. Quitter la France pour le Mali, ou un autre pays, y a-t-il pensé ? "Non. Pour aller où ? A ceux qui me disent ça, je dis : 'Ha ouais, c'est quoi ton plan ? J'ai grandi à Paris, j'ai chanté Titi Parisien avec Seth Gueko, je vis en Seine-Saint-Denis. J'aime ce pays. Quoi qu'il se passe, je reste ici", s'exclame l'artiste, âgé aujourd'hui de 41 ans.


Le mercredi 30 mars, Oxmo montera sur la scène de l'Olympia, avec, sans doute, quelques guests. Celui qui a fait maintes fois vibrer le Bataclan a-t-il désormais une appréhension au moment de monter sur scène ? "Pourquoi ça devrait me faire peur ? ", répond-il, instinctivement. Personne ne doit avoir peur. La musique, c'est ma raison de vivre. L'offrir au public, c'est un bonheur."

A LIRE AUSSI
>>  La mère d'une victime du Bataclan : "Je me dois d'aller voir les Eagles of Death Metal"

>>  Le batteur des Eagles of Death Metal veut revenir jouer au Bataclan
>> Notre dossier sur les attentats du 13 novembre

Les tags

Et aussi

Sur le même sujet

À suivre

Rubriques