Pas d’écrans avant l’âge de 3 ans ? Les conseils d’un pédopsychiatre aux parents un peu perdus

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DÉCRYPTAGE – Pédopsychiatre de renom, Serge Tisseron explique à LCI pourquoi le CSA a raison de sensibiliser les parents à l’usage des écrans pour leurs enfants. Il détaille aussi les bonnes pratiques à adopter.

Tout passe par l’éducation. Alors que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a lancé ce jeudi une nouvelle campagne nationale de sensibilisation concernant l’exposition des enfants aux écrans, le pédopsychiatre Serge Tisseron, auteur de 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir (Editions Erès), explique à LCI pourquoi les "sages" ont raison de prendre ce sujet à bras le corps. Même si, rappelle-t-il, le problème est connu depuis plusieurs années déjà. 

LCI : Quels sont les risques d’une trop grande exposition aux écrans ?

Serge Tisseron : Ils sont nombreux. Une étude longitudinale (suivi d’une population dans le temps, ndlr) est menée au Canada depuis 1997 auprès de 1300 familles par Linda Pagani, professeure à l’Université de l’École de psychoéducation de Montréal. Elle a demandé aux parents de dire quel était le temps d’exposition de leurs enfants aux écrans. Elle a montré en 2010 que les enfants de moins de trois ans ayant passé plus d’une heure par jour devant un écran vont, à l’âge de 10 ans, présenter une probabilité plus grande d'avoir des difficultés d’attention et de concentration, de moins bons résultats en mathématique, et même une obésité. Les enfants sont également moins persévérants et se retrouvent plus souvent victimes ou boucs émissaires de leurs camarades de classe. En 2016, Linda Pagani a dévoilé de nouveaux résultats, concernant cette fois le comportement et les compétences sociales de ces enfants – alors âgés de 13 ans – devenus adolescents. Dans le cas d’une trop grande consommation d’écrans avant trois ans, les ados présentent un risque accru de victimisation et d’isolement social ainsi qu’une plus grande tendance aux comportements antisociaux.

LCI : Que faire si les enfants sont déjà accros ?

Serge Tisseron : Les enfants ont plus de plasticité psychique que nous les adultes. Tout change tout le temps chez l’enfant et il n’y a pas d’avantages acquis. Les parents ne doivent donc pas hésiter à changer les règles, en disant par exemple : "Tu regardais beaucoup la télévision et tout seul, tu vas maintenant la regarder une fois et avec nous". Il est important de privilégier les écrans partagés aux écrans solitaires. Mais il ne faut pas non plus faire comme Donald Trump et son décret anti-immigration. Le changement de ne doit pas être brutal, il doit être justifié, expliqué, et les nouvelles règles doivent être vraiment respectées. Les parents doivent ainsi se les appliquer. Plus l’enfant grandit et plus c’est important.

LCI : Quelles sont les bonnes pratiques à adopter ?

Serge Tisseron : D’abord l’exposition de l’enfant aux écrans doit être limitée dans le temps. Pour que cela soit bien compris, les parents peuvent faire participer l’enfant, en lui demandant par exemple de relever lui-même le temps passé devant la télévision ou l’ordinateur. Mais il est très important d’insister sur le principe de durée déterminée. Ensuite, il ne faut pas hésiter à choisir les programmes avec l’enfant et de parler avec lui de ce qu’il voit. Enfin, il est fondamental de lui permettre de faire des activités créatives, comme la photographie par exemple. Pour le cas spécifique des enfants de moins de trois ans, les parents doivent par ailleurs veiller à ne pas regarder la télévision si leur bébé est dans la pièce. Même s’il ne la regarde pas, elle l’empêche en effet de construire sa capacité de concentration. Mieux vaut donc attendre que l’enfant dorme.

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