Pas de conducteur, pas de train : que se passe-t-il à la SNCF ?

Pas de conducteur, pas de train : que se passe-t-il à la SNCF ?

CA ROULE PAS - La SNCF vient de dévoiler plusieurs "plans de transports adaptés", qui prévoient la suppression de trains pendant plusieurs semaines dans certaines régions. En cause notamment : le manque de conducteurs. Explications.

Pas de conducteurs ? On supprime les trains ! C’est caricatural, mais c’est, en substance, ce qu’il vient de se passer dans deux régions françaises : la SNCF a annoncé lundi avoir mis en place un "plan de transport adapté" en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et un autre en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes dès la fin mars. En clair : pendant environ un mois, des TER vont être supprimés. Et une des raisons n’est pas le manque de voyageurs, mais… la pénurie de conducteurs.

L’épisode, s’il est marquant par son importance, n’est en fait pas isolé. Dans la foulée, le député PS des Ardennes Christophe Léonard a ainsi signalé que six trains de son département étaient eux aussi supprimés à compter d’avril. En cause : dix conducteurs ardennais seraient envoyés en Ile-de-France pour combler les brèches. "On en parle aujourd’hui parce que l’annonce de trains supprimés est officielle, inscrite dans un plan de transport", commente auprès de metronews Cyrille Vainsonneau, secrétaire national de la Fédération générale autonome des agents de conduite-CFDT (FGAAC-CFDT). "Mais ça existait déjà avant, sauf que c’était au jour le jour. Ça dure depuis des années…"

"On déshabille certaines régions pour en habiller d’autres"

Déshabiller Pierre pour habiller Paul, gérer l’urgence, éteindre les départs de feu… Quelle que soit la manière de le dire, la "politique" de la SNCF semble la même : parer au plus pressé pour boucher les trous, en faisant tourner ses 14.500 conducteurs. A grande échelle : "Cela touche à peu près toutes les régions, au profit de l’Ile-de-France, où le trafic est en augmentation", détaille Cyrille Vainsonneau. Pour que le réseau fonctionne confortablement, le syndicaliste estime qu’il manque "environ 400 conducteurs". 

Alors forcément, les conducteurs sont sous pression. "On nous refuse nos congés, nos jours de repos pour aller chez le médecin ou s’occuper des enfants, les mutations sont au point mort", énumère le secrétaire général. Et la SNCF paie sa politique d’annulations au prix fort. Car les conducteurs détachés sur d’autres régions, ça se paie : plusieurs centaines d’euros par mois et par chauffeur. Soit environ 750 000 euros, estime la FGAAC-CFDT . A cela s’ajoutent les pénalités versées aux opérateurs, souvent les régions, pour les trains qui ne passent pas… Au total, le syndicat estime la facture à plusieurs millions d’euros par an.

"Une gestion défaillante de la politique RH du groupe SNCF"

Sans compter le mécontentement sur le terrain, inchiffrable : la région Aquitaine, ne s’est pas privée de crier sa colère, en apprenant "avec stupeur", la décision "unilatérale de la SNCF" de fermer certaines circulations de février... à juillet. Dans un communiqué lapidaire , la région, qui rappelle qu’elle octroie 120 millions d’euros de subventions par an à la SNCF, dénonce à tout va une information "rendue excessivement tardivement", un "phénomène inédit par son ampleur" et pointe clairement "une gestion défaillante de la politique RH du groupe SNCF". Une colère bleue, d’autant que l’impact est important : les 24 trains supprimés représentent, chaque semaine, "plus de 5% des circulations que la région commande" et pénalise "plus de 2.000 usagers".

Sur le sujet, la SNCF fait, bien obligée, son mea culpa : elle reconnaît un problème de recrutement et de formation des conducteurs (50% à 70% des candidats auraient échoué à l'examen) qui décale tout le processus d'entrée dans l'entreprise. "Manque d’anticipation, mauvais pronostics", dénonce en écho Cyrille Vainsonneau. "Il y a 3 ans, la SNCF avait tablé sur la chute du fret, et pensait récupérer les conducteurs pour les rapatrier sur les trains de voyageurs", détaille-t-il. "Sauf que le fret s’est maintenu. Il a donc fallu employer, et pour ça, former des gens. Ils ont pris comme ça des années de retard. On parle productivité, rentabilité, et on en oublie la sécurité."

Le niveau des candidats est peut-être en baisse, mais il y a aussi un autre fait : le métier ne fait pas – plus ? – rêver. "Les jeunes sont attirés au départ par le salaire plutôt correct", estime Cyrille Vainsonneau. "Mais quand on leur fait part des contraintes, des horaires atypiques, du travail à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, qu’il faut oublier les vacances en juillet-août, que celles de Noël risquent de se terminer en une gamelle vite avalée avant de repartir…ils arrêtent la formation." Pourtant, le syndicaliste, conducteur de train reste "un très beau métier" : "On fait du service public, on transporte les usagers voyageurs, on emmène les enfants et les familles en vacances. Et quand on est dans sa cabine aux manettes, on oublie tous les soucis !"

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