Polémique après le dessin d'Aylan : ces nouveaux lecteurs qui ne sont plus "Charlie"

Polémique après le dessin d'Aylan : ces nouveaux lecteurs qui ne sont plus "Charlie"

CHARLIE HEBDO – Une nouvelle caricature de l'hebdomadaire satirique crée la controverse. Le nouveau lectorat de Charlie Hebdo depuis les attentats de janvier, plus diversifié qu'à l'accoutumée, marque, chaque fois qu'un dessin fait polémique, sa désapprobation quant aux choix éditoriaux du journal.

C'est une caricature de plus qui suscite la controverse. Dans le dernier numéro de Charlie Hebdo, une caricature signée du patron du journal, Riss, dépeint un pervers à la poursuite d'une femme sous le titre "Que serait devenu le petit Aylan s'il avait grandi?". Et Riss d'ajouter : "Tripoteur de fesses en Allemagne", en référence aux agressions sexuelles commises au Nouvel an dans ce pays européen qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés syriens.

Ce dessin a déclenché de vivres critiques sur les réseaux sociaux, et fait réagir au plus haut niveau. C'est le cas de la reine Rania de Jordanie qui riposte aujourd'hui par un dessin d'un auteur jordanien proposant une autre vision – plus gratifiante – du petit Aylan adulte. Rania de Jordanie était pourtant au premier rang de la marche républicaine du 11 janvier 2015. Comme elle, des nouveaux lecteurs de Charlie Hebdo s'indignent désormais des choix éditoriaux de l'hebdomadaire.

Des caricatures fidèles à la ligne éditoriale

La controverse autour de cette caricature n'est pas isolée, et devient quasiment systématique. La première caricature du petit Aylan, Nadine Morano en bébé trisomique, les représentations du prophète... Depuis les attentats de janvier, chaque sortie d'un nouveau numéro est attendue et commentée , créant parfois la polémique.

Pourtant, cette nouvelle représentation d'Aylan est fidèle à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Dans L'Obs , l'historienne Annie Duprat trouve les réactions sur le sujet "disproportionnées" : "Le dessin de Riss s’inscrit en effet dans la ligne éditoriale de "Charlie Hebdo" (…) Le parti pris de ce journal a toujours été de s’attaquer à tout, de se moquer de tout – des flics, des religieux, des fachos, et même de la mort (y compris celle d’un enfant)."

La gêne du nouveau lectorat ?

Le nouveau lectorat qu'a gagné Charlie Hebdo depuis les attentats de janvier ne semble pas être prêt à ce type d'humour, analyse Raphaëlle Bacqué dans les colonnes du Monde . "Il faut croire que le second degré et l’humour noir passent mal dans certains cercles", commente-elle. Ces nouveaux lecteurs dénotent avec le lectorat historique, qui adhère à son idéologie anarchiste, à son mauvais goût, à son rejet de la religion, souligne Slate de son côté. Exception marquante, celle d'Arnold Schwarzenegger, qui se disait "pas follement fan" de Charlie en juillet dernier, tout en continuant à lui apporter son soutien de principe.

Dans le sillon des attentats de janvier, un large mouvement de solidarité, en soutien à la liberté de la presse, mais aussi de refus du terrorisme, une foule d'anonymes et de personnalités ont scandé "Je suis Charlie". Et toujours dans un geste symbolique de soutien à la presse, de nouveaux lecteurs (français et étrangers) se sont abonnés au journal, sans vraiment en connaître la ligne éditoriale – faisant gonfler les abonnements de 10.000 à près de 200.000, rappelle RTL . En dépit des polémiques, l'augmentation considérable des ventes hebdomadaire de Charlie Hebdo constatée après les attentats semble se maintenir un an après, passant de 30.000 numéros vendus par semaine à 80.000 exemplaires écoulés.

À LIRE AUSSI
>>
Le numéro spécial "un an après" de Charlie Hebdo tiré à un million d'exemplaires >> Charlie Hedbo est-il allé trop loin avec la caricature d'Aylan ?
>>
Notre dossier complet sur Charlie Hebdo

Et aussi

Sur le même sujet

À suivre

Rubriques