Polémique : le spot du ministère pour sensibiliser à l’autisme tourné sans autiste

Polémique : le spot du ministère pour sensibiliser à l’autisme tourné sans autiste

SANTÉ - Le ministère de la Santé a prévu de diffuser un clip à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le 2 avril. Mais dans le court-métrage, c’est un jeune comédien qui a été choisi pour jouer le rôle de l’enfant autiste.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui se met à faire du théâtre. Eliott a 7 ans et intègre une troupe pendant les vacances scolaires. Mais ses parents appréhendent l’expérience. Car Eliott n’est pas un enfant comme les autres : il est autiste. Ce scénario est celui du court-métrage qui sera dévoilé le 29 mars prochain par le ministère de la Santé, à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme qui aura lieu le 2 avril. L’histoire, d’ailleurs, se finit bien : ses parents découvrent qu’Elliot est devenu le scénariste de la troupe, qui s’est inspirée de sa vie d’autiste pour créer une nouvelle pièce. 

"Nous aurions dû le mettre en souffrance"

Sur le papier, l’histoire est belle. A un détail près : le jeune garçon qui joue le rôle d’Eliott n’est pas autiste. C’est un comédien. De quoi, pour certaines associations, brouiller un peu le message. Le réalisateur du clip, qui reconnaît avoir fait appel à un jeune acteur, assume : "Nous avions besoin de filmer une crise assez musclée, raconte-t-il. Il était inimaginable de déclencher volontairement une crise chez un enfant autiste. Nous aurions dû le mettre en souffrance."

EN SAVOIR +
>> VIDEO - Autistes et célébrités tournent ensemble pour faire avancer la cause >> Pour 8 Français sur 10, les autistes sont discriminés >> 7  idées reçues sur l'autisme

C’est le ministère de la Santé qui a élaboré le scénario, "en collaboration constante avec les associations", précise le secrétariat d’Etat chargé des Personnes handicapées. Même son de cloche du côté du réalisateur, qui précise que, pendant tout le tournage – "assez court" – il était suivi par une équipe de professionnels et de spécialistes de l’autisme, qui lui assuraient le réalisme des scènes. Pour Danièle Langloys, de l’association Autisme France, le problème est normal. "Il n’aurait pas été très éthique de le mettre en situation difficile", reconnaît-elle.

"Arrêter de leur confisquer la parole"

L’argument ne convainc pas Olivia Cattan, présidente de SOS Autisme : "Faire une campagne de sensibilisation part d’un bon sentiment, reconnaît-elle. Mais ça va à l’encontre de ce qu’on essaie de défendre. On n’a plus le droit de confisquer la parole des personnes autistes !" La militante, qui précise que le secrétaire général de son association est lui-même autiste, cite par exemple le film Presque comme les autres , avec Bernard Campan, dans lequel l’enfant du couple est joué par un autiste. "Ils sont capables de tout, de s’exprimer, de jouer la comédie, de comprendre un texte !" s’insurge-t-elle.

De nombreuses initiatives voient le jour ces derniers temps pour faire monter la parole des personnes autistes dans la sphère publique. Une pétition a par exemple demandé à la France de soutenir la candidature de Josef Shovannec, autiste de haut niveau, docteur en philosophie et polyglotte, afin qu’il puisse intégrer le comité sur les droits des personnes handicapées à l’ONU. 

Le clip du ministère de la Santé sera officiellement présenté mardi prochain lors d’une conférence de presse. "L’objectif est vraiment de détruire les préjugés", indique-t-on au ministère, qui précise que de nombreuses associations seront présentes mardi 29 mars.

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques