Portiques dans les gares : faut-il craindre des bouchons pour les départs en vacances ?

Portiques dans les gares : faut-il craindre des bouchons pour les départs en vacances ?

POUSSEZ-PAS DERRIERE ! - Depuis janvier, la SNCF teste gare Montparnasse des portiques pour permettre d’accéder aux quais. Un dispositif pour garantir la sécurité ? Non, pour lutter contre la fraude. A la veille des grands départs pour les vacances d’hiver, on est allé voir comment ça se passait.

Gare Montparnasse, jeudi matin. Dans le grand hall, les voyageurs ont le nez en l’air. Collés sur le tableau des départs, prêts à filer vers leur quai. Le Paris-Brest s’affiche, voie 8. Top départ, le rush s’enclenche. Chacun ramasse ses affaires, se dépêche. Mieux vaut ne pas être à contre-courant.

Sauf que le peloton de voyageurs est stoppé net dans son élan. Sur le quai, se dresse un immense portique, rutilant. Huit portes au total, avec lecteurs de billets, surmontés d’écrans. Et pour passer, il faut pointer.


Petit coup de stress, chez les passagers. On pose les sacs, on furète au fond des valises, à la recherche du fameux billet, forcément caché. Et forcément encore, le flou crée un joli goulot d’étranglement. Une hôtesse d’accueil martèle, sans s’essouffler : "On prépare les billets et les cartes de réductions, messieurs dame ! On prépare les billets !" 

Oui OK, mais il est passé où ce fichu billet ? Devant, ça avance. Bip-bip-bip-bip, font les portiques de sécurité. Peu à peu, le flux commence à s’écouler. Mais l’amas stagnant de gens a l’air de décourager un couple et ses deux enfants. En plus, ils sont bien chargés. Du coup ils ont posé leur dizaine d’énormes valises à côté d’un pylône et observent, l’air de se demander comment affronter la chose. Surtout qu’à vue de nez, les bagages sont beaucoup, beaucoup plus larges que la porte d’entrée. Compliqué. Le mari, perdu, interpelle l’hôtesse. Elle : "Ah, mais il y a un maximum à respecter pour les valises. Vous êtes quatre ? Normalement c’est deux-trois maximum par personnes." Mais, compréhensive, elle ouvre une perspective : "Passez au milieu là-bas, la porte est plus large, pour les personnes handicapées. Mais arrivez à l’avance la prochaine fois, parce que sinon c’est vraiment compliqué."

Fini les embrassades enflammées sur le quai

Un quadra débarque, sa maman âgée sous le bras. Elle bloque sur le système. "Mais qu’est-ce que c’est ?" - "C’est pour la sécurité", répond-il. Et lui n’a pas de billet. Il accompagne juste sa mère. En théorie, il n’a pas le droit de passer. Mais là encore, l’hôtesse joue la conciliation. Ou plutôt renvoie la balle. "Pour accompagner votre mère, voyez avec mes collègues là-bas. Si vous n’arrivez pas à porter vos bagages, ça peut passer." Trois minutes plus tard, les deux ont disparu. Le fils a sans doute pu accompagner sa mère. Mais pour beaucoup d’autres, les adieux se font de part et d’autre de la barrière, par de grands gestes du bras. "C’est fou, on se croirait à l’aéroport", murmure une jeune fille en partance pour Rennes, bonnet péruvien sur la tête. Elle doit laisser son compagnon sur le bord avant de filer. Pour eux, pas d’embrassades enflammées sur le quai, coupées au dernier moment par la porte du wagon qui se ferme. Pas de possibilité d’ergoter sans fin, jusqu’au départ du train. Ca change. En mieux ?


Bon, l’air de rien, ça débite quand même pas mal, ces portiques. Dix minutes après le début, ne restent plus que quelques voyageurs, hésitants, à ne pas être passés. Comme ce groupe d’étrangers, qui regarde sans s’avancer. Et pour cause, ils n’ont pas de billets. Avec un sourire, l’hôtesse les renvoie vers les bornes automatiques. "Vous avez le temps, ça prend 5 minutes." Gentille, mais ferme. Pas de ticket, ça ne passe pas. Comme ce grand blond qui arrive essoufflé, et pensait embarquer et payer son billet à bord. Renvoyé lui aussi vers les guichets. De quoi s’offrir un nouveau coup de stress. Finalement, il revient avec le sésame. Et les portes s’ouvrent.

Car ces portiques, en test à la gare Montparnasse depuis janvier dernie r, n’ont qu’un seul objectif : la lutte contre la fraude, qui coûte 200 millions d’euros par an à la SNCF, juste pour les TGV. En ce moment, deux systèmes de portiques sont expérimentés, sur les voies 4 et 5 et 8 et 9, de prestataires différents. Si l'essai est concluant, le groupe compte étendre le dispositif d’ici 2017. Coût : deux millions d’euros par portique. Mais pour l’instant, explique l’hôtesse, ça se passe "plutôt bien". "On est en phase de test, donc on essaie un peu tous les cas de figure, mais ça ne ralentit pas tant que ça le trafic", explique-t-elle. "Ça stagne un peu devant les portiques, mais ce n’est pas très long."

Enfin, tout dépend… : "C’est vrai que si vous avez beaucoup de seniors devant vous, ça risque d’être un peu compliqué", reconnaît-elle en souriant. "Mais on est là pour réguler tout ça. Et généralement, c’est assez intuitif." Donc, a priori, pas (trop) de soucis à se faire pour votre départ en vacances ce week-end. N’hésitez toutefois pas à prévoir un peu d’avance. Et à vous préparer aux bains de foule. Parce que le rush des vacances de février et les portiques, à la SNCF, ils n'ont pas encore testé.

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