Prêtre soupçonné de pédophilie : une victime dénonce le "silence coupable" du cardinal Barbarin

Prêtre soupçonné de pédophilie : une victime dénonce le "silence coupable" du cardinal Barbarin

TÉMOIGNAGE - Dans une récente interview, l’archevêché de Lyon a laissé échapper qu’il était au courant depuis de nombreuses années des faits de pédophilie perpétrés sur des enfants, par un curé de Lyon. Pour François Devaux, victime interrogée par "metronews", le silence du Diocèse a sa part de culpabilité dans l’affaire.

Un jour de mai 1990, le petit François Devaux, 11 ans, est sur le chemin de la maison. Il revient de la paroisse Saint-Luc, à Sainte Foy Lès Lyon (Auvergne-Rhône-Alpes) où, comme d’habitude, il a retrouvé ses petits copains scouts. Mais ce soir-là, à la maison, ce qu’il raconte à ses parents n’a rien de normal. Tout de go, le garçonnet assure qu’il a subi des agressions sexuelles de la part du curé, un certain Père Pierre Preynat. Comme lui, plusieurs enfants scouts se disent concernés. Ni une, ni deux, les parents écrivent au cardinal de l’époque. On leur assure alors que le prêtre, qui a tout avoué dans une lettre, a été mis à l’écart et vit reclus chez les petites sœurs des pauvres. L’affaire aurait pu en rester ça. D’ailleurs, elle a plongé dans l’oubli pendant plus de vingt ans.

Aujourd’hui, François Devaux a 37 ans. Et il vient de fonder l’association "Parole Libérée", avec deux autres victimes du père Preynat, pour faire la lumière sur cette affaire. Car depuis, de nouveaux éléments sont venus raviver sa colère.  "Pour moi, l’affaire était close" explique-t-il à metronews. "Mais au mois d’octobre 2015, j’ai été contacté par des enquêteurs. Ils voulaient m’interroger sur le père Preynat." D’abord tenté de les envoyer sur les roses, François prend son courage à deux mains et tape dans Google le nom de son ancien agresseur. Et là, c’est la consternation. "Je me suis rendu compte que Preynat n’avait jamais cessé d’exercer. Il a même été nommé doyen par le diocèse de Lyon, en 2013. Et donc, il pouvait en toute impunité donner des cours de catéchisme à des petits enfants." C’en est trop. Cette fois, François Devaux décide de porter plainte. Avant lui, quatre autres victimes de son âge se sont déjà manifestées. "Aujourd’hui, la justice fait son œuvre. Preynat a été mis en examen. Il est aux mains d’une justice qui fait très bien son travail, il sera condamné, près de 45 victimes présumées du prêtre Preynat ont décidé de parler" se rassure François, qui à présent a un autre combat en tête : celui de la vérité.

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"Oui, je l'ai cru"

Car une question reste en suspens. Comment un prêtre ayant avoué des faits de pédophilie dans les années 90 peut-il se retrouver au contact de jeunes enfants, près de vingt ans plus tard ? C’est une interview du cardinal Barbarin, actuel archevêque de Lyon, qui apporte des éléments de réponse. Publiée le 10 février dans La Croix , elle révèle de manière surprenante que le Diocèse était en fait au courant de ces faits de pédophilie depuis des années… sans pour autant prendre les choses en main. "Une personne (…) m’a parlé des comportements du Père Preynat vers 2007-2008" précise ainsi le cardinal, avant de poursuivre : "j’ai alors pris rendez-vous avec lui pour lui demander si, depuis 1991, il s’était passé la moindre chose. Lui m’a alors assuré : ‘absolument rien, j’ai été complètement ébouillanté par cette affaire’". Et l’homme de foi de conclure : "certains me reprochent de l’avoir cru… Oui, je l’ai cru", tout en prenant soin de préciser que, dès que le premier témoignage d’une victime lui est parvenu en 2014, le prêtre a bien - cette fois - été suspendu de ses fonctions.

Une plainte contre le cardinal Barbarin à venir

Contacté par metronews, le diocèse de Lyon réaffirme les propos du cardinal Barbarin, et va même plus loin : "en 2007, il n’y avait que des bruits autour de cette affaire. Il n’y avait alors aucune plainte. Par ailleurs, le prêtre a bien assuré que c’était fini, que c’est de l’histoire ancienne. A l’époque, il n’y avait pas l’ombre d’un soupçon de récidive", nous indique-t-on, avant d’assurer qu’aux yeux du droit canonique - c’est-à-dire des lois de l’Eglise - les faits étaient prescrits. "Pour ces raisons, le cardinal n’aurait pas pu engager une procédure."

Une explication qui est bien loin de satisfaire François Devaux : "cela montre qu’on a affaire à des gens complètement irresponsables. Combien de temps va-t-on laisser nos enfants se faire violer ?" se demande-t-il, "c’est hallucinant ! Moi j’ai construit ma vie avec ça. Je me suis fait tripoter par un prêtre, j’ai eu un traumatisme que mes parents ont bien su gérer. D’autres n’ont pas eu cette chance." Il reprend : "des pédophiles, il y en aura toujours, on ne peut pas faire grand-chose contre ça. Le problème, c’est le silence coupable de l’Eglise et en l’occurrence, celui du cardinal Barbarin." Et puisque la justice de l’Eglise n’est pas celle des Hommes, François Devaux entend déposer plainte contre le cardinal Barbarin dans les semaines à venir pour "non dénonciation de crime".

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