Procès du meurtre d'Aurélie Fouquet : la loi du silence appelée à la barre

Procès du meurtre d'Aurélie Fouquet : la loi du silence appelée à la barre

COMPTE-RENDU - Mercredi, la cour d'assises de Paris a entamé les interrogatoires des neuf hommes soupçonnés d'avoir participé au braquage avorté à Villiers-sur-Marne en 2010 qui s'est soldé par la fusillade au cours de laquelle la policière municipale Aurélie Fouquet a été tuée. Malek Khider et Jean-Claude Bisel, les deux premiers accusés, ont dédouané Redoine Faïd et chargé Olivier Tracoulat, grand absent du procès.

L’espoir a laissé place à l’écœurement. "Je me sens salie. Finalement, je m’aperçois qu’ils utilisent notre souffrance. Ce sont des voyous", lâche Elisabeth Fouquet d'ordinaire si douce. La journée qui vient de s’achever a été éprouvante pour la mère et les proches d’Aurélie Fouquet dont le procès des meurtriers présumés s’est ouvert le 1er mars. Après un mois de débats, la famille a compris qu’elle ne retirerait rien des huit accusés présents jugés devant la cour d’assises de Paris à des degrés divers. Leur interrogatoire respectif entamé ce mercredi est venu se fracasser sur la loi du milieu : le silence.

Malek Khider, crâne rasé, col roulé noir, est le premier à être questionné. "On m’a contacté deux ou trois mois avant pour remplacer quelqu’un qui ne pouvait pas venir. J’ai réfléchi puis j’ai dit que je voulais participer à cette attaque de fourgon", raconte l’homme au physique athlétique. "Qui vous a contacté ?", enchaîne l’avocat général. "Qu’on me tire dessus, j’en ai rien à foutre. Mais je ne veux pas qu’on touche à ma famille…", répond l’accusé qui est le seul à avoir reconnu durant l’instruction avoir fait partie d’une équipe qui projetait de braquer un fourgon blindé le 20 mai 2010. Me Lienard, l’avocat de la famille de la victime, lui fait remarquer que la France "n’est pas la Sicile" en matière de représailles. Qu'importe, il ne donnera "pas de noms". A l'exception "d’Olivier Tracoulat", seul accusé absent et que la rumeur dit mort. Il aurait été blessé dans la fusillade de Villiers-sur-Marne, fatale à la policière municipale, et aurait succombé à ses blessures. Malek Khider dit l'avoir identifié dans le petit groupe d'hommes au cours des préparatifs de l'attaque. Malfaiteurs qui ne se rencontraient "jamais tous ensemble" et uniquement "cagoulés". Mais le quadragénaire au casier judiciaire blindé n’est plus à une contradiction près.

Si j'avais été là...

Son rôle dans le commando était de conduire un camion, de "bloquer la circulation", de "poser des cales" puis "la herse" pour faire barrage à la police. "Je suis un voleur, pas un assassin", jure-t-il à la cour devant Redoine Faïd qui acquiesce. D’ailleurs, si Malek Khider avait été à bord de cet équipage - il était dans l'autre véhicule filé par une balise GPS - les choses se seraient sûrement passées différemment. "Je monte pas (au braquage) pour tuer des gens ou des policiers. Si j’avais été là, j’aurais fait en sorte que personne ne tire (…) Je ne peux cautionner ce genre de choses. Aurélie Fouquet avait presque l’âge de ma fille" - "Mais vous avez des armes sur vous" , note Me Lienard. "Les armes, c’est juste pour se défendre, pour bloquer la police, enfin… façon de parler". Tandis que les expressions employées par le braqueur font sourire l’assistance, le visage des parties civiles s'est figé.

Sur la route empruntée ce 20 mai 2010, il aurait été prévenu par un autre de la bande :  "On est pris en chasse par les condés, on abandonne". La suite se passe à la radio : "J’ai entendu ce qui se passait, j’ai fait le rapprochement et j’ai décidé de rentrer". Quelques heures plus tard, Aurélie Fouquet décédera des suites de blessures. "Mais vous connaissez les organisateurs. Vous savez qui a tiré !" tente à nouveau Me Lienard - "Non je ne sais pas" - "Le petit Alexis (l'enfant d’Aurélie Fouquet), il souffre vous l’avez vu, il est venu ici. Vous pouvez arrêter cette souffrance (…) Vous verrouillez l’information. Etre un type bien, c’est aller au bout, reconnaître 'ok j’ai déconné' et dire la vérité. Vous avez les clés". Malek Khider reste fermé à double tour.

Redoine Faïd "n'était pas là"

"Vous ne vous souvenez pas d’avoir vu Redoine Faïd ?", lui demande aussi le président qui fait alors référence aux images de vidéosurveillance enregistrées dans une station-service la veille du drame. On voit le braqueur mediatico-repenti payer à la caisse et les véhicules qui seront impliqués dans le braquage avorté le lendemain, garés sur le parking. "Non ça ne me dit rien, je sais ça paraît incroyable", répond l'accusé à la mémoire défaillante. En revanche, il se souvient très bien que "Redoine Faïd" et "Rabia Hideur" son cousin, tous deux assis à côté de lui dans le box, ne faisaient pas partie du commando.

Les accusés se suivent et se ressemblent. Jean-Claude Bisel qui est poursuivi pour avoir veillé sur Olivier Tracoulat, dit "Tony", la nuit de la fusillade plutôt que d'alerter la police, est invité à prendre la parole. Le doyen des accusés, particulièrement touché par "la dignité" de la mère d’Aurélie Fouquet la semaine dernière, avait promis la vérité. Et chargé au passage Tracoulat qui aurait dit "j’ai tiré sur les condés". Ce mercredi, il en dit davantage sur l'échange avec le blessé : "Je lui ai demandé s’il connaissait les frères Faïd. Il s’est énervé et m’a dit qu'ils n'avaient rien à voir. L’autre (Redoine), il fait du cinéma, des livres. T’es un keuf ou quoi ? (...) Je prends déjà pas mal de risques en vous racontant ça", conclut le courageux Bisel qui vient de dédouaner les accusés présents et de charger le seul absent. 

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