De Nicolas Sarkozy à Najat Vallaud-Belkacem : quand les politiques sont pris en faute (d'orthographe)

A PEU PRÈS – Depuis ce week-end, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, se fait épingler sur les réseaux sociaux pour une faute d’orthographe dans un livre d’or. Elle n’est pas la première, et sûrement pas la dernière, à se faire ainsi taper sur les doigts.

Aïe. L’intention était bonne. Mais elle a mal tourné. Depuis quelques heures, Najat Vallaud-Belkacem se fait étriller sur les réseaux sociaux. En cause, un petit mot que la ministre de l’Education a laissé dans le livre d’or de l’école de gendarmerie de Tulle. Avec une grosse faute d’orthographe.

Alors, vous avez trouvé la faute ? Outre l'oubli de plusieurs accents, c'est surtout l'omission d'un "N" au mot "professionnalisme" qui saute aux yeux... ouvrant la voie aux sarcasmes sur les réseaux sociaux, où l'ortographe est pourtant loin de régner en maître...

Reste que ce petit dérapage orthographique d’un politique n’est pas vraiment une première. 


La palme 2017 revenait pour l'heure à l’Elysée, qui s’est fait remarquer dès les vœux du 1er janvier sur Twitter. "Face aux attaques, vous avez tenu bons, vous avez montrez que vous étiez forts, soldaires (sic)" ; "le socle et là et les base sont solides" ; "C’et vous qui auraient le dernier mot", sont quelques-uns des tweets que les followers du palais ont pu voir défiler...

Les fautes sont évidemment dues au community manager, qui a voulu rendre compte en direct de l’intervention de François Hollande. Et semble avoir oublié au passage la première des règles : toujours bien se relire avant d’envoyer son message. 


D’ailleurs en la matière, l’Elysée n'en est pas à sa première bourde. En 2015, l’écrivain et essayiste Christian Combaz s’insurgeait dans Le Figaro après avoir vu passer un communiqué de presse truffé de fautes d’orthographe et de grammaire.   "Sait-on parler Français à l'Elysée ? On peut s'interroger sur la qualité (ou l'intention) de ceux qui ont à relire ce genre de prose avant de l'envoyer", écrivait-il. "Ou ils sont carrément nuls, ce qui est une éventualité, ou ils font exprès de laisser passer des bourdes pareilles sans la moindre remise en forme pour accabler leur patron. "


Nul n'aura sans doute jamais la réponse à cette question. Mais ce petit buzz n’avait cependant pas atteint celui de 2011, à l'occasion d'un hommage à Danielle Mitterrand. Le compte de l'Elysée avait été retweeté des centaines de fois et recommandé 20.000 fois sur Facebook. Trois paragraphes, et six fautes, relevées par l'Express. Pas mal :

Quoiqu’il en soit, les fautes d’orthographe chez les politiques ne sont pas l’apanage de la gauche. Les politiques de droite sont même assez concurrentiels en la matière, rappelait Rue 89 il y a quelques années.  En 2009, le maire de Nice Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, s’était vu reprocher un message envoyé sur Twitter : "Je commence le bêtisier : Bourquin PS : efficacité du service publique mais cette efficacité pas au détriment du service publique." Forcément, c’est un socialiste, le sénateur Martial Bourquin lui-même, qui s’était fait un petit plaisir de le corriger publiquement. "Monsieur Estrosi, je suis un autodidacte comme vous. "Service public", c’est un "c", c’est pas "que". Quand on parle de l’identité nationale... l’orthographe fait partie de l’identité nationale."


En même temps, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le ton était donné, orthographe approximative et syntaxe douteuse ponctuant allègrement nombre de ses discours et de ses interventions. Sont ainsi restés dans les annales son "Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts.. " ou encore son "Chère Christine Lagarde, monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour". Autre jolie faute de Nicolas Sarkozy, griffonnée durant un discours avant d'être relevée par le Petit journal en 2008 : "fréquenter l’infrécentable". Un président prolixe en la matière, au point qu’en mars 2009, Le Parisien avait publié un recueil de ses meilleurs trouvailles en pleine Semaine de la langue française. Un bel hommage.

Mais ces approximations orthographiques ont le don d’énerver les milieux intellectuels. Comme cette chercheuse au CNRS, Barbara Cassin, qui s’était indignée dans une tribune du Monde intitulée "Sarkozy m'à tuer" de la "présence massive de fautes d’orthographe sur le site de la présidence de la République française" : "Ces fautes, on ne les tolère pas en classe parce qu’elles sont le signe que l’élève ne comprend pas le mécanisme de la langue", écrivait-elle. "Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat "Casse-toi pauv’ con"."

 

Et en matière d’Education, ce ne sont pas les ministres en charge du portefeuille qui sont le plus exemplaires. Luc Chatel, en septembre 2009, avait fait distribuer un dossier truffé de fautes… pour la rentrée scolaire. Extrait : "La rèforme de l’enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s’appuie sur des horaires et des Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s’articulent avec les sept grandes compétences du socle commun."

Une mise en application de la réforme de l'orthographe ?

Magie de l’Internet, les fautes peuvent être rapidement effacées, et nulle trace ne reste… sauf sur certains sites qui se font un plaisir de graver les bourdes dans le marbre de l’Internet. Comme Bescherelle ta mère, qui se fait une joie de nous rappeler que Marine Le Pen, prompte à crucifier sur les réseaux les fauteurs d’orthographe, s’y adonne elle-même… au point qu’il est parfois difficile de percevoir le sens de ses tweets.  

Un autre compte, sijauraisu.fr, en a aussi repéré une flopée, qu’on vous rappelle, pour le plaisir…

Mais peut-être les politiques ne font-ils que mettre en œuvre les nouvelles "directives orthographiques" qui sont mises en place en cette rentrée, comme l’explique cette professeure dans un article de Télérama. Atterrée, elle raconte qu’elle a participé à une formation sur l’étude de la langue, où on lui a appris que dorénavant, "en langue, tout est négociable" : "Je vous jure. Si l’élève a fait une faute, mais qu’il est capable de justifier son choix, alors nous devons considérer qu’il a raison", écrit-elle. "Par exemple, s’il écrit 'Les cadeaux que Lucie a reçue lui ont plue', nous sommes en droit de lui demander des comptes sur ses accords défaillants des participes passés. Mais si l’élève répond 'Ben on parle de Lucie, or Lucie est une fille, donc j’ai mis des E', eh bien cet élève, qui a fait preuve d’une capacité à justifier ses erreurs… a finalement raison !" Magique. 

En vidéo

VIDEO. L'orthographe, toujours plus de fautes constatées

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