"Que le feu du printemps illumine la terre" : on a célébré l'équinoxe avec des druides

"Que le feu du printemps illumine la terre" : on a célébré l'équinoxe avec des druides

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REPORTAGE - Pour fêter l'équinoxe de printemps qui a lieu ce lundi, six druides se sont réunis dimanche après-midi dans une forêt du Val-d'Oise. Entre encens, tuniques blanches et hydromel, LCI vous raconte cette cérémonie très particulière.

Les bourgeons commencent à fleurir sur les branches dénudées. Signe que le printemps pointe le bout de son nez. Pour l’accueillir comme il se doit, six druides se frayent un chemin dans la forêt Domaniale de Carnelle (Val-d’Oise). Après s’être brièvement attardés sur des traces laissées par un sanglier, ils s’arrêtent finalement dans une clairière délimitée par un cercle de pierres blanches et trois arbres sacrés, dont un chêne pédonculé. 


Ce dimanche, les rayons du soleil restent cachés par les nuages. Pas de quoi décourager Nicolas, Athos, Denis et leurs camarades druides, qui commencent à installer différents objets cultuels en vue de la cérémonie de l’équinoxe du printemps – qui marque le moment où le jour et la nuit ont la même durée. Une fête druidique qui "symbolise la renaissance de la vie" et "l’explosion des forces de la nature", souligne Denis, qui dirige l’assemblée du Collège du Chaudron des Druides.


Et le retraité aux yeux vifs d’expliquer les contours de la pratique druidique, "une philosophie religieuse basée sur la recherche personnelle et la découverte de l'autre" : "Les différents cycles de la saison, comme le solstice d’hiver, forment une roue liturgique que nous suivons chaque année". Outre les dieux celtiques, les druides prient aussi pour celui qu’ils nomment l’Incrée, "un esprit universel à l’origine de toute chose". 

Par Teutatès ! Denis, druide en chef

Sur les deux tables en bois recouvertes d’une nappe blanche sont disposés marmites, bols remplis de trèfles et de sel, corne d’hydromel - mélange d'eau et de miel symbolisant le soleil -, morceaux de pain et bougies. Les compagnons revêtent leur "saie", une tunique blanche symbole de lumière. Puis se mettent en file indienne à l’entrée de la clairière pour commencer la cérémonie.


Mais avant d’accueillir le printemps, il faut sacraliser l’espace. Pour ce faire, Denis répand de l’encens et du sel aux quatre coins de la clairière afin d’"éloigner les ondes négatives". S’en suivent alors différentes invocations de "l’eau, la terre, l’air, le feu", ainsi que des prières à destination de l’Incréé et des dieux celtiques Belenos, Belisama et Teutatès (plus connu sous le nom de Toutatis, ndlr). "Donne nous, oh esprit universel, ton appui, ton savoir, ta science de ce qui est juste, ton amour de toute chose vivante", déclame notamment Denis, qui n'hésite ensuite pas à jeter des morceaux de pain à son chien Tiago, un dalmatien gourmand. 


A intervalles réguliers, un des druides fait sonner sa corne de brume. De son côté, Nicolas garde l'entrée de la clairière avec son glaive, qui reste néanmoins rangé dans son fourreau. "Nous ne sommes pas en temps de guerre", explique très sérieusement ce jeune homme brun au regard rêveur. "Que le feu du printemps illumine la terre", clame ensuite Denis après que sa femme, "la gardienne du feu", a allumé les différentes bougies. Après ce long moment de sacralisation ponctué d'un hommage aux "trépassés", la cérémonie de l’équinoxe démarre enfin.

Hydromel et fars bretons

Un petit bouquet de trèfles "symboles du printemps" est alors enterré au pied du chêne pédonculé. Chacun boit une gorgée d’hydromel et ingurgite un morceau de pain  - qui symbolise les quatre éléments associés au génie de l’esprit humain. Après plusieurs tours de clairière, les druides finissent par se réunir en ronde pour élever leurs esprits vers "l’esprit universel". Un moment intense de recueillement au cours duquel ils gardent les yeux fermés. Puis les mains se détachent et Denis clôture la cérémonie : "Allez en paix dans le silence de mère nature". Les compagnons se souhaitent alors "une bonne fête de l’équinoxe" et se font la bise. 


La troupe s’installe ensuite chez Denis, qui habite à proximité, pour boire un mélange de cidre et d’hydromel et déguster un délicieux far breton à la cannelle. L’occasion pour l’un des druides, technicien à la préfecture de police de Paris, de faire un peu d’humour : "Si vous n’aviez pas été là, on aurait sacrifié un sanglier", ironise-t-il. 


Il est vrai que la pratique druidique alimente de nombreux fantasmes dans l’inconscient collectif. Alors qu'en réalité, le druidisme est loin d’être synonyme de potion magique ou de rituels sacrificiels, souligne le druide Athos, un ancien ethnologue un peu bourru : "La pratique druidique permet surtout d’apprendre à vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure et à respecter les différences de chacun. Il n’y a pas un arbre identique dans une forêt. Et c’est ce qui fait sa richesse".

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