Insalubrité, bagarres, présence policière... : porte de la Chapelle, un climat de plus en plus irrespirable pour les migrants

Insalubrité, bagarres, présence policière... : porte de la Chapelle, un climat de plus en plus irrespirable pour les migrants

REPORTAGE - Saturé, le centre de pré-accueil de migrants de la porte de la Chapelle, à Paris, ne parvient pas à absorber les flux d'arrivées. Résultat : des centaines de personnes vivent dans des campements sauvages dressés sur le bitume à quelques mètres de la structure. Des conditions sanitaires alarmantes combinées à des tensions avec la police et entre les migrants eux-mêmes.

L’air est infecté par les gaz d’échappement. Progressivement, les migrants sortent une tête de leur tente. Certains s’aspergent d’eau, d’autres fument des cigarettes, assis au milieu des détritus et des vêtements abandonnés. Il est huit heures du matin ce mercredi 26 avril et la circulation est très dense autour de leur campement sauvage niché sur le terre-plein central du boulevard Ney, au niveau de la porte de la Chapelle. Composé d’une quarantaine de tentes igloo, il est principalement habité par des Soudanais.  A quelques mètres, près de l’entrée du périphérique, des Afghans campent aussi le nez dans les pots des voitures. 


Dès neuf heures, des membres des associations Utopia 56 et Solidarité migrants Wilson installent des tables sur le trottoir pour servir café, œufs durs et tartines de pain beurré. Une foule de migrants s’y agglutine, soucieux de se sustenter après une énième nuit dans la rue. Mais tous n’ont qu’un objectif : accéder au centre officiel de pré-accueil situé à quelques encablures de là.  

Terreur afghane

Construit en novembre dernier sur une ancienne friche de la SNCF, cet espace peut loger jusqu’à 400 personnes. Il est censé les accueillir pendant 5 à 10 jours, le temps de des orienter vers une structure d'accueil. Le centre a déjà permis à l'Etat, qui en a délégué la gestion à Emmaüs, "d'organiser l'accueil et l'orientation de 9210 personnes relevant de la demande d'asile et dépourvues de solutions d'hébergement (6677 hommes majeurs, 1699 mineurs isolés étrangers et 834 femmes seules ou en famille) ", nous atteste ce mercredi la préfecture de Paris et d’Ile-de-France. Sa création devait toutefois permettre d’éviter la formation de campements sauvages sur le bitume comme celui de Stalingrad, démantelé en novembre dernier. Un échec : le centre étant désormais saturé, ils sont donc des centaines à peupler les alentours. 

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Migrants : le centre d'accueil de Paris saturé

Devant les grilles extérieures, une file d’attente, composée exclusivement d’Afghans, s’est formée. Pour ne pas perdre leur place, ces derniers dorment sur des couvertures et des bâches à même le sol. Selon Abdelkader, un Erythréen affublé d’une parka tâchée, les Afghans monopolisent la file, empêchant les autres communautés d’accéder au centre. "Ils sèment la terreur auprès des autres migrants, confirme sous couvert d’anonymat une salariée d’Emmaüs qui travaille, elle, à l'intérieur du centre. En réaction, nous organisons des maraudes dans les campements sauvages pour fixer des rendez-vous aux gens afin qu’ils puissent entrer sans passer par la queue".  

Pression policière

Et la jeune fille d’évoquer l’une des raisons expliquant la saturation du centre : "Beaucoup de migrants aiguillés dans les centres d'accueil et d'orientation (CAO) ou les centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) (ndlr : installés un peu partout en France) reviennent finalement porte de la Chapelle pour obtenir une nouvelle affectation". Ils dénoncent notamment "la présence de rats et de cafards, les fenêtres cassées et le faible nombre de sanitaires. Dans certains établissements, les migrants sont, il est vrai, obligés de faire la queue pour se rendre aux toilettes", déplore-t-elle. 


Outre les conditions vétustes de vie et les tensions intercommunautaires, les migrants de porte de la Chapelle craignent aussi les policiers. "Les pouvoirs publics font preuve d’hypocrisie puisque des interpellations de migrants ont lieu quotidiennement, déplore Blaise Paquier, du Comité de soutien aux migrants de la Chapelle. Preuve en est ce mercredi : Mohamed, Afghan, agite un document sous les yeux des associatifs. Il s’agit d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Elle lui a été notifiée alors même qu’il a entamé sa procédure pour obtenir le droit d’asile. 

Des riverains remontés

Du côté des riverains, on déplore que le centre ait été implanté dans une zone déjà fortement précarisée par la présence de camps de Roms et de toxicomanes. "Nous ne remettons pas en cause son utilité. Mais nous déplorons l'impuissance de la la municipalité qui avait pourtant promis que les flux continu d’accueil permettraient d'empêcher la stagnation des populations dans la rue", indique à LCI Olivier Ansart, président de l'Association pour le suivi de l’aménagement Paris Nord-Est (ASA PNE). 


Jointe par l'AFP il y a quelques jours, Anne Hidalgo, maire de Paris, a mis en cause un problème de "fluidité". Selon elle, il s'agit du résultat de la baisse du rythme hebdomadaire des départs - vers des structures d'hébergement - à 150 personnes. "L'État doit assumer ses responsabilités" assène-t-elle. La préfecture lui a rétorqué avoir déjà pris des mesures en intensifiant la présence policière. Pour la fluidité,  elle précise que "300 places" de CAO sont réservées chaque semaine pour le seul centre parisien. En attendant, ils sont toujours des centaines à respirer quotidiennement l'air frelaté du boulevard dans un climat de plus en plus tendu. 

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