Saint-Etienne-du-Rouvray : "Les attaques se déplacent vers des 'cibles molles', des zones plus reculées et moins protégées"

Saint-Etienne-du-Rouvray : "Les attaques se déplacent vers des 'cibles molles', des zones plus reculées et moins protégées"

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INTERVIEW - Un prêtre octogénaire a été égorgé et une autre personne très grièvement blessée dans l'attaque, mardi matin, d'une église par deux hommes munis d'armes blanches se revendiquant de Daech. La France est désormais la cible d'attentats imprévisibles et n'a pas les moyens de s'en prémunir, analyse pour metronews Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.

La France a de nouveau été frappée par le terrorisme. Ce mardi, une dizaine de jours après l'attentat de Nice, un prêtre a été égorgé lors d’une prise d’otages dans une église à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, par deux assaillants se réclamant de Daech. Contrairement aux attentats de masse du 13 novembre ou ciblés contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, cette attaque est l’œuvre de terroristes a priori isolés, dans un endroit reculé des grandes villes.

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Camille Grand , directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, un think tank sur les questions de défense et de sécurité, analyse pour metronews ces attaques polymorphes perpétrées en France.

Après l’attaque commise dans une église ce mardi dans une commune normande, peut-on dire que la menace terroriste a changé de nature en France ?
Comme après Nice, nous sommes devant des attaques imprévisibles, très difficiles à détecter. Elles ne demandent pas de préparation technique ou un entraînement militaire spécifique. Et n’importe qui peut passer à l’acte. On peut faire un parallèle avec Nice sur cette brutalité. La grande force de Daech aujourd’hui est qu’il n’y a plus besoin de préparation spécifique ou de donneurs d’ordre. Toutes les trois semaines, il y a un attentat déjoué en France.

Quel est le profil de ceux qui constituent cette nouvelle menace intérieure ?
C’est le profil de gens très violents, et parfois pas très stables. Ce sont les mêmes que ceux partis en Syrie, mais eux n’ont pas pu y aller. N’importe qui, n’importe quel Français, n’importe quel converti, n’importe quel militant de la mouvance djihadiste peut passer à l’action, ce sont des profils variés. En France, il y a le noyau dur de la mouvance djihadiste radicale, qui arrive soit à préparer des attentats, soit à faire de la propagande. Il y a un vrai terreau français.

Est-ce que la France a les moyens de se prémunir de ce type d’attaques ?
Non, on n’a pas les moyens de se protéger de ce type d’attaques imprévisibles. On ne peut pas réduire le risque à zéro. Ces individus agissent seul ou en petit groupe, ils ne sont pas partis en Syrie donc ils ne sont pas détectables par les services de renseignement. 

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Il est d’autant plus impossible de se prémunir de ces attaques que le territoire rural en France est important. Et maintenant qu’on a découragé les attaques contre les sites les plus visibles et les grandes villes, les attaques se déplacent vers des zones plus reculées et moins protégées, ce qu’on appelle des "cibles molles". Mais on ne peut pas déployer des militaires devant chaque église, à chaque messe.

Que peuvent faire les autorités, alors ? 
Il faut déjà tirer les leçons des attaques précédentes et se poser les bonnes questions sur la sécurité, le renseignement. Il y a des progrès à faire en matière de renseignement, avec la gendarmerie du coin, le commissariat de quartier, etc., afin de détecter les signaux faibles de ces personnes susceptibles de commettre des attentats.

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