Selon un "rapport choc", il y aurait 60% de musulmans en prison : vraiment ?

Selon un "rapport choc", il y aurait 60% de musulmans en prison : vraiment ?

DECRYPTAGE – Le Figaro publie un "rapport choc" révélant que 60% de la population carcérale française pourrait être considérée comme de "culture ou de religion musulmane". Problème : aucune étude fiable et rigoureuse n'existe sur le sujet.

"Rapport choc sur l'islam radical en prison", titre Le Figaro de ce jeudi . Le quotidien relaie les conclusions du député UMP Guillaume Larrivé, rapporteur du budget de la pénitentiaire, qui propose un plan d'action antiradicalisation. Et révèle au passage, le taux de détenus qui pourraient selon lui être considérés comme "de culture ou de religion musulmane".

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Sur le fond, Guillaume Larrivé "brise un tabou" en avançant des estimations chiffrées. "Alors qu'environ 60% de la population carcérale en France, c'est à dire 40.000 détenus, peuvent être considérés comme de culture ou de religion musulmane, la radicalisation islamiste est aujourd'hui susceptible de concerner plusieurs centaines de détenus", écrit ainsi le quotidien, citant le député. Mais si ces chiffres font le bonheur des sites d'extrême droite et du Front national , leur fiabilité est tout à fait discutable.

Un fichage religieux interdit en France
Le fichage ethnique et religieux est en effet strictement interdit en France. Il n'existe donc aucun chiffre officiel établissant le nombre de musulmans dans les prisons françaises. En réalité, Guillaume Larrivé s'appuie sur les travaux du sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar , qui avait récemment rendu un rapport sur le sujet pour le ministère de la Justice dans lequel il estime entre 50 et 80% la proportion de détenus musulmans dans certains établissements.

Une généralisation de... quatre prisons
Pourquoi ces chiffres sont discutables ? D'abord, parce qu'ils ne s'appuient que sur quelques établissements, et pas sur toutes les prisons françaises. Interrogé par Mediapart en juin dernier , Farhad Khosrokhavar se gardait bien de généraliser son étude. "J’ai travaillé dans quatre grandes prisons", nuançait-il. Et de livrer le taux de radicalisation dans ces établissements : "Ça fait 15 % de la population carcérale. Je ne peux donc pas généraliser".

Des "indices" pour réaliser cette étude
Surtout, cette étude s'appuie seulement sur des indices. "Nous n'avons pas de statistiques officielles, puisqu'il est interdit de distinguer les gens selon leur confession, mais nous disposons d'indices : le fait de manger du porc, le prénom, la pratique du ramadan. Indices que l'on peut croiser avec le nombre d'enfants nés de père maghrébin, qui ont de fortes chances d'être musulmans", détaillait son auteur à l'Express après la publication du livre L'Islam dans les prisons.

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