Semaine de la langue française : en classe de français avec les réfugiés

Semaine de la langue française : en classe de français avec les réfugiés

SOLIDARITÉ - Chaque dimanche, des dizaines de réfugiés se retrouvent avec des bénévoles étudiants pour apprendre le français. Dans la salle de classe, l’ambiance est conviviale mais studieuse. Pour ces migrants, l’enjeu est de poursuivre leur intégration en France. Reportage, alors qu'est célébrée actuellement la semaine de la langue française.

Rajid pousse la porte de la salle de classe pour la première fois. Il parle déjà un peu le français mais il est venu combler ses lacunes. "Je connais tous les temps : le présent, le passé composé, le futur… Mais je ne sais pas les utiliser", raconte à Metronews ce Bangladais de 20 ans, arrivé en France il y a quatre ans. Rajid vient assister aux cours de français pour réfugiés, qu’organise l’association Voyage au bout de la 11 chaque dimanche, dans des salles prêtées par l’Ecole normale supérieure, à Paris.

Les réfugiés s’installent discrètement autour des tables, sortent cahiers et stylos. Chaque bénévole, pour la plupart des étudiants, fait le professeur pour deux ou trois "élèves". Ce dimanche 13 mars, ils sont une trentaine. Parfois, ils peuvent être jusqu’à 80. "La majorité sont soudanais et afghans. Il y a aussi des Maghrébins et quelques Syriens", explique Maiwelle, la présidente de l’association et étudiante en droit de 19 ans. Ils ont en moyenne 25 ans et sont presque tous des hommes.

"C’est bien d’apprendre avec Babar, mais avec des manuels ça serait mieux"

"La priorité, c’est la communication orale. Apprendre le vocabulaire de l’urgence, se repérer dans le métro, se présenter, décrire une douleur physique… C’est du concret", raconte Maiwelle. Il s’agit d’une première étape pour ceux qui ne parlent pas le français. "On mime les gestes plutôt que de traduire un mot. Ils comprennent et retiennent mieux ainsi", ajoute Angèle, une bénévole étudiante de 20 ans. Avec la progression, les exercices se multiplient : lecture, dictée, grammaire, description d’images. Ce dimanche, un professeur de mathématiques est venu prêter main-forte pour faire calculer les réfugiés en français. "On s’adapte à ce qu’ils veulent faire, mais aussi en fonction des disparités de niveaux", précise la bénévole.

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Livres, plan de métro, photocopies de manuels scolaires… Tous les supports, même modestes, sont bons pour travailler. Mais l’association utilise surtout des livres d’enfants : "C’est bien d’apprendre avec Babar, mais avec un manuel de Dilf (Diplôme initial de langue française, ndlr), c’est mieux", souligne Angèle avec ironie. L’association, qui fonctionne grâce aux dons, manque d’argent pour acheter ces fameux ouvrages, essentiels pour préparer les réfugiés à passer le  diplôme de français , première étape pour obtenir un titre de séjour.

Des liens d’amitiés entre réfugiés et étudiants

Les professeurs assurent un suivi régulier avec leurs élèves : chaque bénévole suit un ou deux réfugiés et devient son tuteur. Angèle est depuis septembre la tutrice d’Ibrahim. Ce Tchadien de 20 ans a déjà acquis un bon niveau de français depuis le début des cours : "Je suis arrivé en France en juin. La vie était difficile au Tchad", raconte-il, s'abstenant de détails sur les violences de la dictature qu’il a fuies. "Maintenant je veux rester en France et devenir... professeur de français", nous confie-t-il.

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Comme à chaque début de cours, Angèle demande à ses élèves s’ils ont des questions sur les difficultés rencontrées dans la semaine. "Ici, les réfugiés osent davantage poser des questions, car on a le même âge et on est moins nombreux", commente-elle. Des liens d'amitié se sont même noués : "On se voit en dehors des cours, on les aide pour faire leurs papiers administratifs...", précise Angèle. L’ambiance est studieuse mais conviviale. Les bénévoles ont même apporté le goûter. "Ils viennent pour apprendre, autant le faire dans des conditions sympathiques", sourit-elle.

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