Seulement une victime de viol sur cinq fait appel à la police

Seulement une victime de viol sur cinq fait appel à la police

TABOU - Une nouvelle étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) estime que seuls 19% des victimes de viol se déplacent à la police ou à la gendarmerie afin de déclarer leur agression. Soit une victime sur cinq.

La parole, à l'évidence, n’est pas encore libérée. L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) rend publique ce mercredi 8 février une étude sur les interlocuteurs des victimes de viol, fondée sur les enquêtes de victimisation "Cadre de vie et sécurité" réalisées entre 2008 et 2015, par l’Insee. Sa conclusion est claire : sur un échantillon de 290 personnes ayant déclaré avoir subi un viol au cours des deux années précédentes (dont 254 femmes), 19% d’entre elles - seulement - ont fait le déplacement à la police ou à la gendarmerie. Soit une victime de viol sur cinq. 


Dans de nombreux cas, donc, les personnes qui viennent de subir un viol ne voient pas l’intérêt pour elles d’aller déclarer l’agression aux forces de l’ordre. Dans cette étude, on apprend que 67% d’entre elles préfèrent trouver une autre solution et 66% estiment que cette démarche ne servirait à rien. Enfin, plus de six personnes sur dix (62%) n’informent ni la police ni la gendarmerie pour éviter de traverser des épreuves supplémentaires. Au bout du chemin, ce ne sont finalement que 13% des victimes de viol qui déposent plainte, selon l’étude de l’ONDRP.

Temps d'écoute et de conseils

Le chiffre est éloquant, pourtant, il est loin d’étonner Christophe Soullez, directeur de l’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Auprès de LCI, il détaille : "Plusieurs études démontrent déjà que des victimes de faits graves comme le viol préfèrent ne pas porter plainte, pour diverses raisons. Notamment parce qu’elles ne sont pas sûres d’elles, qu’elles ne veulent pas revivre l’agression, ou encore parce qu’elles pensent que les pouvoir publics n’y pourront rien."


Mais le rapport de l’ONDRP dévoile également une seconde information, paradoxale. Une fois qu’elles se résolvent à aller signaler leur agression à la police ou au commissariat, les victimes se disent en effet satisfaites de leur prise en charge. Ainsi, selon l’étude, près de 8 victimes sur 10 (82%) d’entre elles sont satisfaites du temps et de l’écoute accordés, et 67% des conseils délivrés par les autorités. Pourtant, dans une enquête que nous avions menée en 2016 sur le chemin de croix, au commissariat, des victimes de violences sexuelles, la majorité des victimes interrogées dénonçait un manque criant d’humanité dans leur prise en charge. 

Des proches au coeur du processus

C’est là, pour Christophe Soullez, que demeure une marge d'amélioration considérable : "Des efforts ont été observés depuis une dizaine d’années dans la formation des agents à l’accueil des victimes. Il faut les poursuivre dans la sécurité publique plus encore que dans les services spécialisés. Cela passe aussi par une valorisation, en interne, des parcours de fonctionnaires. Il ne faut plus mettre à l’accueil, par exemple, des fonctionnaires dont on ne veut plus ailleurs, car leur mission se révèle très importante. Ce sont eux qui, les premiers, sont en contact avec la victime." Autre piste de réflexion : améliorer la communication à l’égard du grand public. Et de tous ceux susceptibles de se trouver en contact avec une victime de viol. "On a constaté que 63% des victimes parlaient de leur agression avec un proche" détaille encore Christophe Soullez. "Il faudrait que ces personnes-là soient en mesure de convaincre leur interlocuteur  d’aller porter plainte."

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