Stéphane Le Foll : "Nous allons favoriser le 'mangez local' dans les cantines"

Stéphane Le Foll : "Nous allons favoriser le 'mangez local' dans les cantines"

INTERVIEW EXCLUSIVE – Le ministre de l'Agriculture, Stéphane le Foll, va envoyer cette semaine à tous les maires de France un guide pour leur permettre de favoriser l'approvisionnement local en restauration collective. Il en dévoile le contenu et les enjeux à metronews.

Les produits servis dans nos cantines sont aujourd'hui majoritairement étrangers. En quoi votre guide des bonnes pratiques dans la restauration collective va-t-il changer les choses ?

C'est l'un des enjeux majeurs du plan national pour l'alimentation : il faut renforcer la présence des produits français et de proximité dans la restauration collective. Là, pour la première fois, le ministre de l'Agriculture va envoyer un courrier numérique à tous les maires de France avec ce guide pour les accompagner dans cette démarche de "patriotisme alimentaire". Les décideurs y trouveront tous les éléments de méthode pour pouvoir favoriser les achats locaux dans les cantines scolaires, les hôpitaux, les maisons de retraite...

Votre guide conseille les élus pour qu'ils privilégient la provenance nationale sans enfreindre les règles européennes de non-discrimination. Pour vous, c'est d'abord une méconnaissance du cadre juridique qui amène les acheteurs de la restauration collective à importer autant ?

Beaucoup d'acheteurs disent aujourd'hui qu'ils souhaiteraient favoriser les productions locales, mais que les règles du code des marchés publics les en empêchent. Avec ce guide, nous leur disons que ce n'est pas vrai : une méthode et des choix permettent de favoriser le 'mangez local' dans les cantines.

Quels sont-ils ?

Il faut d'abord que le gestionnaire de cantine définisse précisément ses besoins, de telle sorte qu'ils permettent le recours à des critères comme la fraîcheur ou la saisonnalité. Ensuite, découper les marchés en petits lots, par type de denrées par exemple, afin que des petites entreprises puissent y participer. Dans les cahiers des charges des marchés, on peut également définir des conditions d'exécution favorisant les produits de proximité. Par exemple en disant qu'au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, on ne souhaite pas avoir des kilomètres de transport générateurs d'un mauvais bilan carbone. Il faut bien comprendre qu'un produit local n'est pas un produit comme un autre, il se différencie positivement par bien des aspects.

N'est-ce pas aussi en raison des prix, et du manque de compétitivité dont les agriculteurs se plaignent, qu'il y autant d'aliments étrangers dans les assiettes de la restauration collective ?

C'est un sujet que nous avons bien regardé. Est-ce qu'en favorisant l'approvisionnement local, on dépasse les critères de prix définis par les cantines ? Il est absolument nécessaire qu'ils soient tenus : dans les cantines scolaires par exemple, on sait qu'il y a des enfants dont c'est le seul repas de la journée. Mais si on regarde les départements où l'approvisionnement local fonctionne, on constate qu'il n' y a aucune dérive des coûts. C'est aussi une vraie question d'organisation.

De quelles initiatives vous inspirez-vous ?

Il y a un an, le ministère de l'Agriculture a soutenu trois plateformes numériques qui connectent l'offre locale à la demande locale. Celles initiées dans la Drôme et dans le Puy-de-Dôme, Agrilocal, fonctionne par exemple très bien, les initiatives de certains producteurs bio ou des chambres d'agriculture également. Vous avez besoin de 500 kilos de pommes de terre ? Ces plateformes permettent aux acheteurs de solliciter directement les producteurs de la région pour trouver des produits à des prix tout à fait compétitifs.

Vous comptez sur la bonne volonté des collectivités. Ne faudrait-il pas des mesures contraignantes, ou au moins des objectifs chiffrés, pour les forcer à jouer le jeu du made in France ?

Le ministre impulse une dynamique, donne la méthode et encourage. Mais les collectivités ont leur autonomie de gestion, et ce n'est pas en mettant des règles contraignantes partout que l'on va régler les problèmes. L'objectif a par ailleurs été fixé par le président de la République durant la campagne présidentielle : arriver à 40% de produits de qualité, bio et locaux, dans la restauration collective. Cet objectif, on le garde.

Les agriculteurs réclament de leur côté que deux plats sur trois servis dans les cantines soient d'origine française...

Je ne veux pas rentrer dans une guerre des chiffres compliquant inutilement le débat. Deux plats sur trois, est-ce que c'est dans les légumes, la viande, les produits laitiers, les fruits ? Une multitude de produits entre en ligne de compte. Ce qu'il faut, c'est s'accorder sur le fait que l'on peut mieux faire et s'en donner les moyens !

Selon la FNSEA, qui mène actuellement une enquête sur les pratiques d'approvisionnement dans les cantines, 70% de la viande rouge et près de 90% des volailles servies dans les cantines seraient étrangères. Est-ce que ces estimations vous semblent justes ?

Sur le principe, je suis d'accord avec la FNSEA : nous devons améliorer les choses. Mais il ne faut pas exagérer sur les chiffres. Une grande société d'approvisionnement de la restauration collective (Sodexo, ndlr) les a d'ailleurs contestés. Selon les informations dont nous disposons, on est plutôt autour de 50-60% de produits d'importation en restauration collective, loin des 80-90% qui sont parfois annoncés.

Allez-vous distribuer votre guide à vos collègues du gouvernement ? En inspectant les camions d'approvisionnement des cantines de Bercy au début du mois, les agriculteurs y avaient trouvé beaucoup de produits d'origine étrangère ...

Oui, c'est pourquoi en plus des maires, il y aura aussi un envoi auprès de mes collègues du gouvernement, car certains peuvent avoir aussi des petits progrès à faire. Mais aussi les présidents de départements, de régions, ainsi que les chambres d'agriculture, etc.
 

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