Tombes juives endommagées à Pantin : quand un accident tourne au "délire digital"

Tombes juives endommagées à Pantin : quand un accident tourne au "délire digital"

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COMPLOTISME - Sur les réseaux sociaux est relayée une rumeur selon laquelle une dizaine de tombes juives ont été profanées au cimetière de Pantin. Les importants dommages constatés sont en réalité le résultat d'un accident de la circulation.

L’affaire a commencé à faire du bruit en fin de semaine. Les 23 et 24 mars derniers a émergé sur les réseaux sociaux une rumeur selon laquelle des dizaines de tombes juives auraient été profanées au cimetière de Pantin (Seine-Saint-Denis). A l’origine de cette information ? Le site Europe-israel.org, “créé sous l’impulsion d’un groupe de personnes scandalisées par des campagnes médiatiques immorales de dénigrement et de délégitimation de l’Etat d’Israël”. Et qui publie le vendredi  24 mars un article titré : “Exclusif : des dizaines de tombes juives détruites et/ou vandalisées au cimetière parisien de Pantin!"


Dès lors, la théorie d’une éventuelle profanation se propage rapidement sur les réseaux sociaux. Une courte vidéo, publiée sur Facebook, montre l’étendue des dégâts - treize tombes renversées - accompagnée de la mention : “stop aux mensonges, stop à la manipulation, que la vérité soit dite”. Reprise sur la page "L’oeil de la Honte", connue pour ses publications aux accents complotistes, elle a déjà été visionnée plus de 15.000 fois. Les “mensonges” et les “manipulations” en question ? Ils font ici référence à la version officielle des faits, donnée à l’AFP par la préfecture de Paris le 25 mars… à savoir un accident de la route.

Une collision entre une voiture et un camion

Selon les autorités, c’est en effet un camion de la mairie de Paris qui, voulant éviter la collision avec une voiture, aurait terminé sa course parmi les stèles, occasionnant d’impressionnants dégâts, le lundi 20 mars. C’est en tout cas ce qu’explique la mairie de Paris dans un communiqué en date du dimanche 26. C'est aussi ce que nous dit Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée des espaces verts et des affaires funéraires, contactée par LCI ce lundi, quelques instants après une visite au cimetière endommagé avec le Grand Rabbin de Paris :


“Il s’agit d’un accident, survenu lundi vers 15 heures, entre un véhicule de deux personnes qui se rendaient à un enterrement et un camion-benne de la ville de Paris qui travaillait", précise-t-elle. D’après ce qu’il a expliqué à la police, le couple a refusé la priorité et le camion, qui était en excès de vitesse, a fini par abîmer treize sépultures. Les familles ont été contactées, et j’attends à présent que les experts en assurances soient passés avant d’engager les travaux le plus vite possible.” Pénélope Komitès précise encore qu’il n’y a pas eu d’atteinte aux corps. 

"Surpris par les proportions de l'affaire"

Une thèse par ailleurs confirmée d’une part par Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF), et d’autre part par le Conseil des communautés juives. Son président, Sammy Gozlan, a déclaré que ce n’était pas un acte de nature antisémite après avoir visité les lieux de l’accident. 

Pourtant, le doute persiste chez les internautes, et en particulier pour Europe Israël, qui s’est rendu sur les lieux pour filmer les dégâts. Selon ce site, “la thèse de l’accident est peu crédible”. Et de dresser une liste de détails qui font douter de l’implication d’un véhicule. 


Pour mettre fin aux rumeurs, le conseiller presse et communication de la mairie de Paris, Matthieu Lamarre, a publié sur son compte Twitter les photos prises juste après l’accident par les services du cimetières. On y voit clairement un camion de la ville de Paris à côté des tombes endommagées. Matthieu Lamarre explique que ces images n’ont pas été diffusées avant car elles étaient destinées aux experts des assurances. 

Les échos complotistes autour de cette affaire ont poussé Robert Ejnes, directeur exécutif du CRIF, à écrire une tribune pour dénoncer les tentations conspirationnistes d’une partie des internautes. Il y regrette qu’un “simple fait divers” se soit “transformé en délire digital pendant le week-end”. 

Quant à Pénélope Komites, elle juge “dramatique” que “certains s’amusent, dans le climat actuel, à déformer la réalité”. 

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