Tweets homophobes contre l'élu parisien Ian Brossat : le visage du cyberharcèlement devant la justice

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HOMOPHOBIE - Deux personnes comparaissaient ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour des tweets homophobes postés via des comptes anonymes contre l'élu parisien Ian Brossat. L'un des deux prévenus était à la barre où il a dû répondre de ses actes. A visage découvert cette fois.

Cette fois, il n'avait pas d'ordinateur derrière lequel se cacher. Un homme était appelé à comparaitre ce mercredi devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avec une femme, absente à l'audience, il était poursuivi pour des tweets homophobes à l'encontre de l'adjoint au Logement de la mairie de Paris, Ian Brossat (PCF). Des messages postés chacun de leur côté via des comptes Twitter anonymes et depuis supprimés. 


L'inidividu travaillait à l'époque dans le secteur bancaire. Il vit aujourd'hui du RSA. A la barre, cet homme de 37 ans au crâne dégarni, vêtu d'un costume-cravate noir et d'une chemise blanche, se retrouve confronté à celui qu'il a insulté, Ian Brossat (qui a déposé plainte en avril 2015), ainsi qu'à la justice. Après avoir "pris sa respiration", la présidente lit au prévenu les insultes qu'il a lui-même publiées sur Twitter. 


Tête baissée, les mains serrées derrière le dos, le prévenu, gêné, tente tant bien que mal de se justifier. "Mal réveillé" le matin de ses tweets (dont on ne connait pas la date exacte), il voulait, dit-il, s'en prendre à la politique sociale de la ville au moment de l'inauguration de HLM dans le très chic 16e arrondissement de Paris, dont il est originaire. "Aucun rapport", lui rétorque la présidente. Il acquiesce. La voix tremblante, il finira par plaider "l'immaturité et la bêtise".

Deux horizons, une homophobie

La coprévenue, qui n'était donc pas présente et pas non plus représentée par un avocat, n'a pas du tout le même profil. Pourtant,  son homophobie est la même. "L'une est habitante du  18e arrondissement de Paris et se trouve actuellement en prison ; l'autre est né dans le 16e arrondissement, a détaillé Ian Brossat devant la presse à la sortie du procès. Ce sont deux horizons qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre et en même temps les propos tenus sont finalement assez proches. Des propos d'une homophobie crue, violente et agressive".


Au moment de son audition, la prévenue était incarcérée à la prison de Fleury-Mérogis. Elle a en effet déjà été condamnée à trois reprises dans d'autres affaires pour des "appels téléphoniques, messages malveillants et menaces de mort". Face aux policiers, elle avait expliqué vouloir "faire réagir" Ian Brossat. A ses yeux, il se comportait de "manière très arrogante". Et d'arguer qu'elle n'avait pas mesuré la portée de ses propos derrière son écran. C'est justement là tout le propos de ce procès.

Twitter est un outil formidable, mais il sert aussi à ce déferlement de haineLe procureur général

Dans une plaidoirie sous forme d'avertissement, l'avocat de Ian Brossat a alerté sur les dérives de l'excès d'anonymat sur le web. "Ils se cachent derrière des pseudonymes. Protégés derrière leurs ordinateurs, ces comptes anonymes se permettent des propos complètement désinhibés", s'est-il exclamé. Et de conclure : "La liberté d'expression n'est pas l'acceptation de tout. Il y a des limites !". "Twitter est un outil formidable, mais il sert aussi à ce déferlement de haine", a de son côté regretté le procureur général.


Interrogé par la presse après le procès, Ian Brossat a réitéré ses propos, affirmant qu'on "ne peut pas accepter que des gens tiennent des propos comme cela sans réagir et sans poser un certain nombre de limites". "Je pense que la sanction peut avoir une vertu pédagogique. Je souhaite que ce soit un procès utile qui permette à d'autres gens, qui souvent souffrent en silence, de porter plainte à leur tour."


 Le parquet a requis deux mois de prison avec sursis contre l'homme et trois mois avec sursis contre la femme. Le jugement sera rendu le 22 février.

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