Une place de la République meurtrie en ce "dimanche de janvier"

Une place de la République meurtrie en ce "dimanche de janvier"

REPORTAGE - Ce n'était pas la foule des grands jours qui s'était réunie place de la République, en ce dimanche d'hommage aux victimes des attentats. Ils étaient en revanche un certain nombre à attendre Johnny Hallyday, invité à chanter pour l'occasion. Pourtant, un an après les rassemblements monstres du 11 janvier 2015, l'émotion était toujours palpable un peu partout sur cette place devenue symbole.

C'est une douce ironie qui aurait sûrement fait sourire Charb. Johnny Hallyday n'a jamais chanté devant un public si peu nombreux. Place de la République, derrière François Hollande, un millier de personnes à peine sont venues participer, dans un froid glacial, à l'hommage rendu ce dimanche matin aux victimes des attentats qui ont frappé la capitale en 2015, point d'orgue d'une semaine de commémorations.

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Le 11 janvier dernier, des millions d’anonymes étaient descendus dans les rues de Paris derrière une ribambelle de chefs d'Etat. Un an a passé. "Que reste-t-il de ce dimanche de janvier ?", interroge le rockeur dans sa chanson-mémoire, écrite par la chanteuse Jeanne Cherhal. "Sans doute de l'émotion et du lien", glisse Jean-Claude. L'homme de 68 ans, lecteur de la première heure de Charlie Hebdo, se rappelle avec nostalgie de ce long dimanche de janvier 2015. "On avait laissé les pensées politiques et religieuses au placard. Tout était très spontané. Aujourd'hui, c'est différent. Tout est organisé, il y a peu de monde. Mais l'essentiel, c'était d'être là. Je suis toujours touché et triste de revenir ici."

"Nous sommes tous malades"

Si la foule des grands jours a disparu, la charge émotionnelle est en effet restée ancrée là. Comme un étendard sur cette place devenue celle de la catharsis nationale, de la République meurtrie. "Depuis Charlie, c'est devenue ma deuxième maison", confie Malika, 60 ans. Pour cette franco-marocaine qui arbore fièrement les drapeaux de ces "deux patries", venir ici aujourd'hui était une "évidence". "Je viens régulièrement. Je suis là pour montrer ma solidarité avec tous ceux qui ont été touchés par les attaques. Dire haut et fort que je ne suis pas d'accord avec ce qui s'est passé. Depuis le 7 janvier 2015, je suis malade. Nous sommes tous malades".

A quelques pas de là, Aïcha, pancarte "câlins gratuits" à la main, distribue "un peu de réconfort". "On en a besoin en ces temps difficiles", dit-elle dans un grand sourire. Dans ses bras, une jeune femme laisse échapper quelques larmes avant de repartir. Devant les écrans géants qui retransmettent la cérémonie, on parle à voix basse. Comme pour ne pas déranger les proches endeuillés assis à une dizaine de mètres de là. "Comment ont-ils pu ôter la vie de tous ces hommes et de toutes ces femmes ? Je suis toujours en colère et triste", murmure Leslie, les yeux gorgés de larmes, accompagnée de sa fille tout aussi émue. Laury porte un drapeau français en guise de châle. "J'ai tant pleuré devant les images à la télévision. Au Bataclan , cela aurait pu être moi ou un de mes amis. Nous étions des millions dans les rues l'année dernière. Il ne faut pas oublier. Nous avons un devoir de mémoire, c'est pour cela que nous sommes là aujourd'hui", témoigne l'adolescente.


Derrière une des barrières qui sépare officiels et grand public, l'ambiance est un peu plus légère. Paire de jumelles, tee-shirts têtes de loups, blousons en cuir et bandanas, bienvenue dans le carré "fans de Johnny". "Tu le vois ?", interroge Nicole, petites lunettes rouges vissées sur le nez. "Non pas encore, sois patiente", répond Denis. Le couple de "banlieusard" a fait le déplacement "par solidarité" mais aussi, reconnaît-il, "un peu pour voir Johnny". La polémique autour de la présence de leur idole aux commémorations les a plutôt fait rigoler. "Charb ne l'aimait peut-être pas. Mais Johnny, c'est un monument national quand même ! Il lui fallait bien ça ! Et puis, s'il y a en bien un pour prendre cet hommage au second degré, ce serait bien lui et l'équipe de Charlie Hebdo".

"Je suis ici pour rendre hommage à Johnny"

Pierre, le barbu au pull à l'effigie du rockeur, acquiesce. "Je suis ici pour rendre hommage à Johnny", abonde-t-il dans un délicieux lapsus. "Sa chanson sur les attentats et les paroles de Jeanne Cherhal sont magnifiques", poursuit-il en les fredonnant. Difficile de ne pas lui donner raison. Lorsque la voix du 'monument national', entré sur la scène tout de noir vêtu, résonne face à la statue de Marianne, un frisson gagne la foule clairsemée. Comme pour faire corps, elle se resserre. Quelques fans laissent échapper un "Johnny" enamouré, avant de se ressaisir.

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Ici, on se donne la main, là, on pleure. Puis on s'étreint encore. Jacques Brel est chanté par le Choeur de l'Armée française. Puis Victor Hugo, lu à deux voix par des étudiants en art dramatique, vient trouver les mots justes pour panser les plaies trop vite rouvertes de cette foule peu nombreuse mais unie. Un an a passé entre ces deux dimanches de janvier et les terroristes ont récidivé. "Qui attaque Paris, attaque en masse tout le genre humain (…) Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. Serrons-nous tous autour de la république en face de l’invasion, et soyons frères. Nous vaincrons. C’est par la fraternité qu’on sauve la liberté."

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