VIH et hépatites : près d'un tiers des personnes séropositives se disent victimes de discrimination

VIH et hépatites : près d'un tiers des personnes séropositives se disent victimes de discrimination

ALARMANT - Dans une enquête publiée ce mercredi, l'association de lutte contre le sida AIDES fait un constat alarmant : près d'un tiers des personnes séropositives au VIH ou aux hépatites se disent victimes de discrimination. Le président de AIDES Aurélien Beaucamp dénonce un "décalage considérable entre progrès thérapeutiques et perception sociale du VIH".

AIDES tire la sonnette d'alarme. Dans un rapport publié ce jeudi, et que LCI s'est procuré, l'association de lutte contre le sida dénonce les discriminations rencontrées par les personnes séropositives au VIH ou aux hépatites dans l’accès aux droits ou à la santé. Pour ce faire, ils ont interrogé 1080 personnes (317 hommes, 743 femmes et 15 transsexuels), dont 29,6% sont séropositifs-ves au VIH et/ou aux hépatites. Et le constat est alarmant.


Près d'un tiers des personnes séropositives (30%) vivant avec le VIH ou une hépatite B ou C ont déclaré avoir été victimes de discrimination au cours de 12 derniers mois. Pour 80% d'entre elles, "il existe un lien direct entre l'infection et la discrimination subie", souligne le rapport. Ces discriminations peuvent être caractérisées par le refus d'un service ou d'un droit, un évitement, des insultes, des jugements ou des humiliations.

 

"Ces chiffres témoignent du décalage considérable qui subsiste entre progrès thérapeutiques et perception sociale du VIH, estime Aurélien Beaucamp, président de l'association. Alors qu’en France les personnes sous traitement VIH sont pour la plupart en bonne santé et non contaminantes, la société persiste à les considérer comme des bombes virales potentielles".

Discrimination dans la sphère privée, familiale ou médicale

Mais dans quel cadre les discriminations sont-elles les plus courantes ? Les rapports intimes arrivent en tête du classement. Toujours selon l'étude, 49,1 % des personnes séropositives au VIH déclarent avoir été victimes de rejet dans le cadre d'un rapport sexuel. Le chiffre monte même à 63,6% pour les personnes séropositives aux hépatites. L'étude estime qu'il s'agit de la "discrimination la plus violente (...) car elle produit un effet désastreux sur l’estime de soi, et génère isolement et auto-exclusion".


Deuxième lieu de discrimination, plus étonnant celui-là : la sphère familiale et amicale. 43,6% des personnes séropositives au VIH et 36,4% de celles vivant avec une hépatite disent avoir été victimes de discriminations par des membres de leur famille ou par leurs amis.  Dans une enquête menée par l’ANRS en 2010, les résultats précisaient déjà que "plus les circonstances impliquent un degré d’intimité élevé avec une personne séropositive, moins les répondants ont une attitude favorable".


Le milieu médical arrive en troisième position. En effet, près d'un quart des personnes vivant avec le VIH (23,6%) disent avoir été victimes de discriminations, les principales étant la prescription de traitements différenciés, voire le refus de soins, le non-respect de la confidentialité ou du secret médical et même des attitudes humiliantes. Un chiffre qui monte à 27,3% quand les personnes vivent avec une hépatite. Le rapport souligne que ces refus "constituent un délit au regard de la loi".

Une qualité de vie en baisse

Des discriminations qui pèsent lourd sur le quotidien de ceux qui les subissent. À la question : 'comment trouvez-vous votre qualité de vie ?', les personnes séropositives au VIH ou à l'hépatite sont deux fois plus nombreuses que les personnes séronégatives à considérer leur qualité de vie comme "très mauvaise". 


Malgré les différences, certes importantes à souligner, on remarque que les écarts ne sont toutefois pas abyssaux, avec en moyenne 4 points de différence entre les deux catégories d'interrogés. Ils sont par exemple 8,6% des séropositifs à considérer leur qualité de vie comme très bonne contre 12,4% de séronégatifs.


Sur la question de la solitude, le rapport note également que 39% des sondés séropositifs disent se sentir "plutôt seules" ou "très seules" contre 23,8% des séronégatifs. Les personnes se sentant "très seules" sont même deux fois plus nombreuses parmi les enquêtés vivant avec le VIH : 8,4 % contre 4,1 % parmi les autres enquêtés.

Selon des chiffres rendus publics mardi par l'agence Santé publique France, l'infection par le virus du sida se maintient à un niveau élevé en France chez les homosexuels qui sont aussi la population la plus touchée par l'explosion des infections sexuellement transmissibles en raison d'une baisse de l'utilisation du préservatif.


En 2015, sur les quelque 6.000 découvertes de séropositivité, 2.600 concernaient des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, soit 43% de l'ensemble des nouveaux cas contre 54% chez les hétérosexuels, principalement nés en Afrique subsaharienne et dont bon nombre ont été infectés en France


L’enquête VHV a été réalisée en mars 2016 auprès de 1 080 personnes séropositives au VIH, à l'hépatite B et à l'hépatite C, fréquentant les accueils et les actions de AIDES.

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