"Vivre avec la menace terroriste" : pourquoi ce petit livre s’arrache en librairie

"Vivre avec la menace terroriste" : pourquoi ce petit livre s’arrache en librairie

RENCONTRE - "Vivre avec la menace terroriste. Réflexes, gestes et attitudes qui sauvent." Ce petit livre, écrit en quelques jours par deux frères, chargés de la prévention du risque terroriste au sein de l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire rencontre un succès inattendu en librairie. Explications avec l’un des co-auteurs, Raphaël Saint-Vincent.

"Il faut dire les choses", martèle Raphaël Saint-Vincent. Et apparemment, ça plaît. Ce formateur en techniques de combat, chargé de la prévention du risque terroriste au sein de l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire, a co-écrit avec son frère Olivier "Vivre avec la menace terroriste" , un guide récapitulant les "réflexes, gestes et attitudes qui sauvent". Sorti mi-janvier, le petit livre s’arrache : d'abord édité à 20.000 exemplaires, il est en train d’être réimprimé.

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?
Le vendredi 13 novembre, comme tout le monde, j’ai reçu de nombreux textos : "est-ce que tu vas bien ?", "comment va-t-on faire ?", "comment réagir si ça se reproduit ?"... Avec mon frère, comme c’est notre domaine de compétence, nous avons rédigé une liste de bonnes pratiques à destination de nos proches en cas d'attaque. Puis on s'est dit qu'il serait bien de la diffuser à plus grande échelle, pour faire connaitre ces gestes qui peuvent sauver.

Dans votre livre, vous développez les techniques de close-combat et apprenez au lecteur des réflexes quasi militaires. Mais aussi des conseils très pratiques...
On redonne quelques réflexes à avoir, qui sont en effet des techniques de combat, et qui peuvent sauver. Dans le close-combat, qui est une des spécialités que j’enseigne, le principal geste est le plaquage au sol. C’est comme ça que le dessinateur Riss a sauvé sa vie à Charlie Hebdo : il a expliqué ensuite s’être souvenu de ce qu’on lui avait appris au service militaire. Mais quand on regarde les images de vidéo-surveillance de la fusillade de la rue de Charonne le 13 novembre, on voit les gens se lever sous l'effet de surprise et prendre une balle. Il faut que tout le monde sache cela : quand ça tire, on se met au sol. De même que quand ça arrête de tirer, il faut bouger. Des rescapés au Bataclan ont eu la vie sauve parce qu’ils ont compris que le tueur était en train de recharger son arme. Ils doivent leur vie à ce réflexe.

Mais en évoquant ces techniques militaires, n'avez-vous pas peur d’encourager la psychose ?
Cette critique m'a été faite lors de certaines interviews : "Votre livre fait peur." Pourtant, le risque terroriste est là. Et on a deux solutions. Soit on met un mouchoir dessus et les gens seront toujours aussi surpris. Soit on dit : "Ça peut arriver, et voilà comment il faut réagir, tel rescapé a fait ça." Il faut appeler un chat un chat, pour justement faire redescendre le climat anxiogène. L’objectif de notre livre est vraiment, comme le dit son titre, de "vivre avec la menace terroriste". Un tas de pays le font déjà.

Vous estimez que depuis les attentats, beaucoup de gens sont dans le déni...
Beaucoup disent en effet qu’ils n’ont pas peur. Mais quand une ampoule claque sur une place , on assiste à une véritable scène de panique. Une femme me racontait qu’elle ne craignait rien, mais en creusant un peu, elle s’est ensuite rappelé que la semaine précédente au supermarché, il y avait eu une alerte au colis piégé. Elle avait eu peur et s’était enfuie avec son fils. Il y a une angoisse, la peur de la peur. C’est irrationnel. II faut revenir vers le rationnel. Mais tout cela se réfléchit, se travaille. 

Effectivement, vous insistez beaucoup sur la préparation mentale...
Tout est possible aujourd’hui, tout peut arriver. Chacun peut se retrouver face à un terroriste. Et mieux vaut savoir qu’en cas de stress violent, le rythme cardiaque s’accélère : le corps va libérer de l’adrénaline pendant 30 secondes, puis subir un pic de cortisol, une hormone qui va nous pétrifier, sous l’effet de la stupéfaction. Mais le fait d’être vigilant, d’y avoir pensé, de maîtriser la technique de respiration du yoga permet de gérer son stress.

Vous incitez surtout les gens à la "vigilance citoyenne"...
Il ne s’agit pas, avec ce livre, de faire des petits soldats. La police est là pour nous protéger. Mais on ne peut pas mettre un flic derrière chaque personne. L’horreur se produit par ailleurs toujours d’une manière différente, et même les militaires ne sont pas formés à ce genre de situation, ils appliquent des méthodes qui datent. Il ne s’agit pas non plus de mettre les gens dans un état de psychose avancée, mais juste de dire : attention, quand une attaque terroriste survient, c’est l’Afghanistan, la Syrie qui surgit. Ce n’est pas votre petit monde confortable et il ne s’agit plus de réagir comme les bobos qu’on est, déconnectés de la réalité sur notre iPhone. A nous de sortir de notre cocon, de regarder autour de nous, de pouvoir être aussi aptes à sauver des gens si besoin.

Votre livre s'arrache en librairie. Pourquoi votre discours plaît-il autant ?
Je suis content : cela doit répondre à des questions que les citoyens se posent. On nous demande aussi beaucoup depuis le 13 novembre d’intervenir dans les grandes entreprises, les établissements de nuit, pour sensibiliser les gens à ce risque.

Clairement, avec vos méthodes, vous n’êtes pas très politiquement correct…
Il faut dire les choses. D’autant que le risque terroriste entraîne un risque tout aussi grand : celui de l’amalgame, des dérapages, et tout ce qui va avec. Mais quitte à ne pas être politiquement correct, je prêche pour le pragmatisme : quand il y a eu ce débat sur le port de la kippa , on m’a demandé ce que j’en pensais. Moi, je comprends ceux qui disent qu'ils ne faut pas la porter. J’ai une barbe. Si demain, il y a trois semaines d’émeutes et qu’il vaut mieux se faire discret, je la raserai.

"Vivre avec la menace terroriste. Réflexes, gestes et attitudes qui sauvent", sous la direction d’Olivier et Raphaël Saint-Vincent, chargés de la prévention du risque terroriste au sein de l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM). Aux éditions Eyrolles. 4 euros. Droits d’auteurs entièrement reversés à l’association française des victimes du terrorisme.

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