Roland-Garros 2017 : "Rafael Nadal est devenu beaucoup plus agressif quand il joue", nous explique son entraîneur Carlos Moya

Roland-Garros 2017 : "Rafael Nadal est devenu beaucoup plus agressif quand il joue", nous explique son entraîneur Carlos Moya

INTERVIEW – Carlos Moya est devenu l’entraîneur de Rafael Nadal en décembre 2016. Hasard ou coïncidence : c’est depuis lors que le joueur espagnol enchaîne de nouveau les performances de très, très haut vol. Jusqu’à disputer, ce dimanche, la finale de Roland-Garros face à Stan Wawrinka, et briguer une 10e victoire à Paris. Entretien avec le coach qui a relancé la machine.

Entre Novak Djokovic et Rafael Nadal, on a longtemps parlé d’une opposition de styles. On pourrait la transposer à leurs entraîneurs respectifs : tandis qu’Andre Agassi déambulait dans les allées du Philippe-Chatrier en short à fleur, grosse bedaine de quadra et crâne lisse luisant au soleil, Carlos Moya, lui, teint hâlé et longs cheveux noirs et ondulés, affichait une silhouette proche de celle qu’il avait du temps de sa splendeur, quand il avait remporté Roland-Garros en 1998. L’Espagnol a intégré le staff de son pote "Rafa", auquel il dispensait de simples conseils jusque-là, en décembre 2016, en étroite collaboration avec l’oncle-coach, Toni Nadal. Et depuis, tout roule. A toute vitesse. Le joueur, redevenu archi-favori des Internationaux de France, est en finale, ce dimanche, face à Stan Wawrinka. Pour LCI, Moya raconte leur relation.

LCI : Comment expliquer la transformation de Rafael Nadal depuis le début de l’année 2017 ?

Carlos Moya : Enchaîner les victoires vous permet d’exploiter 100% de votre potentiel, tout simplement. Rafa en est très proche maintenant. C’est une situation parfaite pour nous. Si vous m’aviez demandé il y a deux mois comment j’aurais voulu qu’il joue à Roland-Garros, je vous aurais répondu que j’espérais qu’il joue exactement comme il joue aujourd’hui. Le Rafa d'aujourd'hui est différent. Quand il avait 20 ans, il était plus explosif mais maintenant il est plus sage, plus intelligent dans le jeu. C'est ce qu'apporte l'expérience. On est peut-être moins fort physiquement mais on est plus fort mentalement. Si on est intelligent, on comprend aussi mieux le jeu qu'au début.

LCI : Quelles différences entre son jeu actuel et ceux des années précédentes ?

Carlos Moya : Déjà, l’année dernière, j’ai remarqué qu’il était plus agressif. C’est ce que j’ai pensé quand j’entraînais encore Milos (Raonic) et qu’il avait affronté Rafa. Le fait de suivre Rafa au quotidien cette année n’a fait que confirmer cette impression. Il est beaucoup plus agressif sur le court, notamment en revers, qu’il ne l’était avant sa blessure au poignet (qui l’a mis sur le carreau de mai à novembre 2016, ndlr). Je veux dire qu’il y avait de l’intensité dans son jeu, mais pas assez de coups décisifs pour remporter des points. Aujourd’hui, quand il frappe pleine puissance, souvent, la balle ne revient pas. Ce tennis qu’il joue actuellement, c’est celui qui fonctionne. Il lui a fallu du temps pour le réaliser mais maintenant il le fait très bien. L’équipe autour de lui l’aide beaucoup. Il est devenu un bien meilleur joueur.

LCI : Est-ce passé par un travail spécifique avec vous ?

Carlos Moya : Oui, on a beaucoup travaillé le coup droit à l'entraînement. On a passé des heures à frapper des coups droits, à faire attention à la position des pieds, au transfert vers l'avant. Mais il fallait qu'il accepte de faire ça, puis qu'il transpose tout ça en match, puis qu'il gagne des matchs pour engranger de la confiance. Aujourd’hui, il n'y a plus beaucoup de spécialistes de la terre battue sur le circuit. Donc il faut s'adapter, oublier les longs échanges, être capable de gagner les points en 2-3 frappes. C'est ce sur quoi on travaille.

LCI : Toni Nadal, l’oncle et entraîneur historique de Rafael Nadal, doit vous passer la main à la fin de l’année. Comment se passe votre collaboration ?

Carlos Moya : Là, il y a Toni, Francisco Roig et toute la team. L'an prochain il y aura Francisco, moi et les autres membres de l'équipe, donc ça ne changera pas tant que ça. Évidemment, le fait d'avoir Toni, qui connaît très bien Rafa, donne confiance. Je profite de chaque jour à ses côtés et j'apprends en permanence.

LCI : Comment a évolué votre relation avec Rafael Nadal depuis que vous êtes devenu son entraîneur ?

Carlos Moya : J'ai toujours été en contact avec lui, tout au long de sa carrière, mais maintenant, c'est différent car ce qui se passe sur le court est aussi ma responsabilité. Avant, je ne lui disais pas quoi faire, sauf s'il venait me demander des conseils, maintenant je vais vers lui pour lui donner mon avis, lui dire ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Il est très ouvert, a envie de s'améliorer en permanence et on trouve toujours un terrain d'entente. Il est très humble et accepte facilement la critique. Mais bien sûr, il faut toujours faire attention à la façon dont on dit les choses et au moment auquel on les dit. Avec Milos c'était déjà comme ça : il faut trouver le bon moment pour parler. Quand on est joueur, on a tellement de choses en tête. On pense au match qu'on vient de jouer, au prochain à préparer... Il faut faire attention mais il faut être honnête. Je l'étais avec Milos, je le suis aussi avec Rafa. Je suis encore plus proche de Rafa parce que je le connais depuis longtemps. C’est un plus pour moi car un coach doit être impliqué émotionnellement, savoir ce que le joueur ressent, ce qu’il pense… Et Rafa est un compétiteur, quoi qu'il fasse. Il veut toujours gagner, que ça soit au tennis, au golf, aux cartes... Tout, tout le temps. Il a trente ans mais parfois, il agit encore comme un enfant. Je crois que c'est une bonne chose d'avoir gardé une âme d'enfant même quand on est une superstar comme lui.

LCI : Plus personnellement, ressentez-vous plus de pression en étant à Roland-Garros avec Rafael Nadal que quand vous étiez ici avec Milos Raonic ?

Carlos Moya : Oui bien sûr. Il n’y a qu’à voir le nombre d’interviews que je dois donner (rires). C’est un signe, non ? Je pourrais aussi parler de tous les messages que je reçois sur WhatsApp. Ce sont les feedbacks de tous ces gens qui vous font ressentir cette pression.

LCI : Et est-ce plus stressant ?

Carlos Moya : Oui, à l’évidence, mais il y aussi beaucoup d’excitation. On ne peut quand même pas se plaindre d’être dans cette situation !

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