Roland-Garros : comment un Nadal au fond du trou s’est reconstruit pour s’offrir une incroyable "décima"

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TENNIS – Rafael Nadal, en torturant le pauvre Stan Wawrinka (6-2, 6-3, 6-1) en finale, s’est offert un 10e titre historique à Roland-Garros ce dimanche. Qui pouvait y croire il y a encore six mois ? Décryptage d'une sublime résurrection.

Rafael Nadal a gagné dix fois Roland-Garros. Aucun être humain ne l’avait fait avant lui, et il est permis de douter de la possibilité que quelqu’un réédite un jour cet exploit. Mais au fait, Rafael Nadal est-il humain ? Si un jour, on entreprenait de créer un robot pour jouer un tennis parfait sur terre battue, le prototype ne serait sans doute pas capable de le battre. Le voir retracer du pied la ligne blanche de fond de court, tripoter son slip sous son short et se recoiffer frénétiquement avant chaque service indique au contraire qu’on a là affaire à un homme comme les autres. Son discours, empreint d’une humilité et d’une simplicité on ne peut plus sincères, corrobore cette thèse. Surtout, il convient de se souvenir que le Majorquin n’avait plus gagné porte d’Auteuil depuis 2014, et qu’il n’arrivait plus à boucler une saison dans son intégralité jusqu’à décembre dernier…

Le tournant ? L'arrivée de Moya

Ce qui s’est passé en décembre 2016 ? Rafael Nadal a fait appel à son vieux pote, l’ancienne gloire Carlos Moya, vainqueur de Roland-Garros en 1998, son conseiller officieux depuis le début de sa carrière. Son entraîneur officiel, son oncle Toni, commençait visiblement à fatiguer. Alors Rafael Nadal a intégré l’ancien joueur dans son staff, pour qu’il reprenne le rôle de Toni à la fin de l’année 2017, après une transition en douceur. Hasard ou coïncidence : depuis lors, le taureau de Manacor a repris son galop furieux vers le succès, perdant en finale de l’Open d’Australie puis du tournoi ATP de Miami en début d’année, contre un autre revenant, Roger Federer. 

"A ce moment-là, on avait déjà changé quelques petites choses. Rafa avait perdu mais on était clairement sur la bonne voie. Parfois, c'est facile de faire des plans, d'essayer de les appliquer mais en face, l'adversaire peut très bien jouer aussi. Il faut essayer d'exploiter les opportunités qui se présentent", nous a confié Moya. Les opportunités, en l’occurrence, deviendraient pour Nadal le forfait de Roger Federer, puis l’accentuation du déclin de Novak Djokovic, qui a avoué s’être lancé dans une forme de quête du bonheur, ayant constaté qu’après avoir trop gagné, il n’arrivait plus à retrouver la faim de victoires qui a été la sienne durant trois ans.

Quand je vois ce qui se passe dans le monde, jouer au tennis me rend très heureuxRafael Nadal

Rafael Nadal, lui, est arrivé porte d’Auteuil cette année avec une faim qui lui tenaillait le ventre depuis trois ans. Questionné sur une éventuelle lassitude, consécutive à toutes ses années passées sur le circuit, voici ce que l’Espagnol avait répondu durant la première semaine de la quinzaine : "Je me sens très chanceux de jouer. Pour moi, ce n’est jamais dur. Quand je vois ce qui se passe dans le monde, jouer au tennis me rend très heureux. Ce ne sera jamais un problème de jouer encore et encore." Dit autrement : Rafael Nadal, lui, ne se pose pas de questions. En tout cas pas trop. Le début de la saison de terre battue, en mai, a correspondu avec son retour au sommet, confirmation de sa (re)montée en puissance : victoires à Monte-Carlo, Madrid et Barcelone, pour 17 victoires de rang.

Ce qui a changé depuis 2016, année qu’il a passée sur le carreau de mai à novembre en raison d’une blessure au poignet, un an après une autre au genou ? "Déjà, l’année dernière, j’ai remarqué qu’il était plus agressif, nous a expliqué Moya. Je veux dire qu’avant il y avait de l’intensité dans son jeu, mais pas assez de coups décisifs pour remporter des points. Aujourd’hui, quand il frappe pleine puissance, souvent, la balle ne revient pas. On a beaucoup travaillé le coup droit à l'entraînement. On a passé des heures à frapper des coups droits, à faire attention à la position des pieds, au transfert vers l'avant. Mais il fallait qu'il accepte de faire ça, puis qu'il transpose tout ça en match, puis qu'il gagne des matchs pour engranger de la confiance. Aujourd’hui, il n'y a plus beaucoup de spécialistes de la terre battue sur le circuit. Donc il faut s'adapter, oublier les longs échanges, être capable de gagner les points en 2-3 frappes. C'est ce sur quoi on travaille." On a vu.

Mais qu’en pense l’intéressé lui-même ? Quand on lui avait demandé de définir l’apport de Moya, il nous avait livré une réponse étonnante : "On a changé certaines choses à l’entraînement mais je dois dire que le plus important, c’est que je ne me suis pas blessé depuis qu’il est là. C’est ce qui m'a permis de m’entraîner autant que je voulais, ce que je n’ai pas toujours pu faire. Et ça fait toute la différence." Ce dimanche, après son triomphe, il a repris ce refrain : "C’est vrai que si mentalement tu es bien, tu lâches tes coups, alors que quand tu réfléchis trop, tu perds du temps, des dixièmes de seconde et au fil du match, tu te rends compte que tu joues trop. Mais je pense qu’il faut surtout être en bonne santé. C’est ce qui te permet de bien bouger, d’avoir un jeu de jambes adéquat, de contrôler tes mouvements. Et la tête suit." Pour tout dire, lui a simplement pris les choses dans le bon ordre.

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