VIDÉO - "Non aux JO 2024 à Paris" : l'obtention des Jeux olympiques ne fait pas que des heureux

INTERVIEW - Paris va accueillir les Jeux olympiques et paralympiques en 2024. Mais un collectif citoyen hostile à l’événement planétaire juge son organisation hors de prix. Frédéric Viale, membre fondateur et porte-parole de "Non aux JO 2024 à Paris", confie ses doutes à LCI.

Les Jeux sont faits. Après trois douloureux échecs, la France peut enfin exulter. Ce mercredi, Paris goûte enfin à l'ivresse d'une victoire olympique, 100 ans après avoir organisé pour la dernière fois les JO d'été en 1924. La capitale française a été désignée ville hôte des Jeux olympiques et Paralympiques à l'unanimité. Une nouvelle qui ne fait pas que des heureux.


Un collectif citoyen répondant au nom de "Non aux JO 2024 à Paris" et donc hostile à l'organisation des Jeux d’été en France dans sept ans, résiste à l’enthousiasme suscité par cette attribution. Frédéric Viale, membre fondateur et porte-parole de "ce rassemblement de personnes indignées par les changements de position de la maire de Paris Anne Hidalgo", estime notamment qu'il sera impossible de tenir le budget, modeste, de 6,6 milliards d'euros annoncé par le Comité de candidature de Paris 2024, au regard de l'explosion des coûts des Jeux olympiques passés. Il s'en explique plus longuement auprès de LCI.

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Paris 2024 : quels financements pour les Jeux olympiques ?

LCI : De Rio en 2016, à Athènes en 2004 ou Londres en 2012, tous les budgets ont explosé entre les prévisions et la facture finale. Redoutez-vous un risque de dépassement ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : La première crainte, c'est celle-là. Le budget tel qu'il est n'est ni crédible, ni sérieux. Il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas budgétisées, comme le coût de la sécurité. On sait qu'à Londres, par exemple, le budget de la protection des Jeux était de 1 milliard d'euros. Il n'y a aucune raison que ce soit moins en 2024. Il y a aussi des dépenses qui sont éparpillées, camouflées ailleurs. Notamment dans le budget du Grand Paris. Cette somme d’infrastructures, qui devaient être terminées en 2030, va être ou devra être livrée en 2024 pour les JO. Cela a un coût financier car il faut débloquer plus rapidement les sommes qui seront nécessaires. Mais l’élément fondamental qui nous fait penser que le budget ne sera pas tenu, c'est qu'il est établi dans le cadre d’un événement conduit par le CIO, dont on n'a aucune raison de penser qu'il ne fera pas exploser la caisse. Tous les éléments sont réunis pour que se vérifie cette règle immuable à l'organisation des Jeux olympiques : celle du dépassement des budgets. 


LCI : Faut-il s'inquiéter de l'état du réseau des transports en Île-de-France ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : On voit bien que Paris a déjà des problèmes de transport considérables en temps normal. Là, on va rajouter des problèmes au problème. Les promoteurs derrière les Jeux nous disent que le Grand Paris va résoudre cette question de l'engorgement avec des infrastructures de transport. Sauf qu'elles sont pensées pour quelques points, vers les aéroports par exemple et non pas pour le quotidien ou la capitale.

Ni crédible ni sérieuxFrédéric Viale, porte-parole du collectif

LCI : Craignez-vous de voir des infrastructures laissées à l'abandon, comme cela a été le cas à Rio après les Jeux olympiques et paralympiques l'an dernier ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : Nous, on en voit deux. Il y en aura peut-être plus mais deux infrastructures nous inquiètent. Il y a d'abord une deuxième Arena qui va être construite à Bercy, sur l'un des rares poumons parisiens. Le parc de Bercy va être saccagé, c'est une certitude. En gros, on va créer une infrastructure supplémentaire alors que celle qui existe déjà à côté n'est pas forcément rentable. Bien entendu, cela veut dire que le public, donc le contribuable, va devoir payer. Et ça, on ne l'a même pas inclut dans le dépassement. C'est du dépassement dit sur le long terme. Nous aimerions aussi avoir des éclaircissements sur le centre aquatique de Saint-Denis. C'est un investissement à 100 millions d'euros, à quelque chose près. On ne sait pas comment on arrive à dépenser autant dans une piscine. Peut-être qu'il n'y a pas que l’eau qui s'évapore, les capitaux aussi. Nous voudrions comprendre comment elle va être entretenue par la suite et à quoi elle va servir. On nous dit que ce sera pour que les gosses des alentours viennent nager. Mais on a du mal à croire qu'on va la leur laisser pour qu'ils viennent barboter le mercredi. Rien que pour allumer la lumière dans ce genre d’édifices, c'est 10.000 euros. Il y a beaucoup de choses comme ça qui sont incertaines et dont on ne sait pas ce qu'elles vont devenir. On a des beaux discours et de belles promesses mais quand on commence à rentrer dans le détail, on n'obtient aucune réponse.

De beaux discours et de belles promessesFrédéric Viale, porte-parole du collectif

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JO 2024 : voila à quoi va ressembler Paris

LCI : Les Jeux ont été attribués à Paris. Qu'allez-vous entreprendre à présent ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : Il est largement probable maintenant que les JO sont attribués à Paris que nous allons nous structurer en association. On va décider de ça rapidement.
 Nous n'oublions pas qu'il y a des élections municipales en 2020 ou 2021 (prévues en 2020, elles pourraient être décalées d'une année, ndlr). On compte bien en faire un enjeu politique majeur et que la question des Jeux olympiques soit centrale.

LCI : Vous avez la dent dure contre la mairie de Paris. Quel est l'état de vos relations ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : Anne Hidalgo, la maire de Paris, ne fait pas de la consultation, elle fait de la communication. C'est une marque de fabrique chez elle. Quand il s'agit de planter trois arbres dans un jardin public, elle organise un budget participatif. En revanche, quand il s'agit de discuter avec des gens avec qui elle peut ne pas être d'accord, là, elle fait comme si on n'existe pas. Elle n'a jamais consenti à imaginer qu'on pourrait exister. Donc, évidemment, elle ne nous a jamais rencontrés.

Paris aura 2024 dans de mauvaises conditions, Los Angeles 2028 dans de moins mauvaisesFrédéric Viale, porte-parole du collectif

LCI : Que pensez-vous de l'accord tripartite entre le CIO, Paris et Los Angeles pour l'attribution des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 et 2028 ?

Collectif "Non aux JO 2024 à Paris" : Il y a quatre villes (Boston, Hambourg, Rome et Budapest) qui ont dit "non". Il ne restait alors plus que deux pandas assez irresponsables, Paris et Los Angeles. Sur les deux "rescapés", il y en a un qui a été un peu moins bête que l'autre. Ce sont les États-Unis qui, comme d'habitude, savent très bien où sont leurs intérêts. Los Angeles en a profité pour négocier de meilleures conditions pour les Jeux de 2028. Pour faire simple, Paris aura 2024 dans de mauvaises conditions et Los Angeles 2028 dans de moins mauvaises. La capitale française a été irresponsable en voulant passer à tout prix en première. Ce qui est certain, c'est que personne ne veut vraiment des JO. D'ailleurs, à chaque fois qu'il a été question de demander son avis à la population, notamment dans les quatre autres pays en lice, le résultat a été "non" de manière non-équivoque.

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Les Jeux olympiques 2024 à Paris

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