"The Leftovers" : Damon Lindelof est "fasciné par le mystère, mais encore plus par ceux non résolus et l’ambiguïté"

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INTERVIEW - La troisième et dernière saison de "The Leftovers" débutait ce dimanche sur HBO et débarque ce soir en France sur OCS, l'occasion pour LCI de rencontrer son créateur, Damon Lindelof, en table ronde lors du Festival Séries Mania à Paris.

La sublime The Leftovers commence à tirer sa révérence ce lundi 17 avril sur OCS avec le premier épisode de la saison 3. A l'occasion du Festival Series Mania qui se déroule au Forum des Images à Paris du 13 au 23 avril, LCI a rencontré son créateur, Damon Lindelof, quelques heures après la cérémonie d'ouverture où étaient projetés les deux premiers épisodes de cet ultime chapitre. Basée sur le roman Les Disparus de Mapleton, de Tom Perrotta, la série raconte comment vivre et se reconstruire après la disparition de 2% de la population mondiale. 


The Leftovers sait nous émouvoir, nous toucher profondément, nous faire pleurer, sourire, nous questionner sur notre propre vie et nos propres désirs... Mais il est temps d'achever notre voyage intime et commencer à faire nos adieux... Rencontre avec Damon Lindelof.

Journaliste : Parlez nous un peu de cette saison 3

Damon Lindelof : L’idée de l’apocalypse m’intéresse vraiment, pas parce que c’est original, au contraire. Je pense que chaque génération, qui a vécu durant ces 5000 ans, a l’audace de penser que la fin du monde va arriver pendant qu’elle est en vie. Mais ça n’est jamais arrivé, donc je me suis demandé pourquoi cela arriverait aujourd’hui. Et dans le cas de The Leftovers, la fin du monde est arrivée lors de l’épisode pilote et les personnages vivent dans l’épilogue de cet événement. Mais ils refusent d’admettre qu’il s’agissait de la fin du monde, donc peut-être que le monde allait prendre fin une nouvelle fois, donc nous étions vraiment intéressés à l’idée d’explorer ça, l’émotion humaine à l’approche de cette fin, mais également si elle n’arrive pas. Que se passe-t-il quand tu donnes tout ce que tu possèdes et que tu t’es éloigné de tous tes proches… Comment réparer ça ? Mais surtout, il y a beaucoup de blagues de cul (rires).

Journaliste : La saison 3 était-elle le bon moment pour terminer la série ?

Damon Lindelof : Les histoires ont un début, un milieu et une fin, parfois vous ne savez pas où se trouve la fin avant de raconter l’histoire, mais nous avons tous senti, quand nous avons écrit et tourné la fin de la saison 2, que nous étions plus proches de la fin que du début, donc il ne devait rester plus qu’une seule saison à faire. Beaucoup de personnes pensent en termes de trilogie, et je ne sais pas pourquoi mais dans notre cerveau, 3 est un nombre magique. Donc on a senti naturellement que c’était le moment. Et ne nous savions pas qu’il devait y avoir une suite quand nous avons terminé la saison 2, donc nous l’avons modelée de telle sorte qu’elle soit ressentie comme complète. Mais je n’aurais pas été satisfait si nous n’avions pas pu faire cette saison 3, et j’aurais agonisé si on nous avait demandé d’en faire une quatrième, cela aurait été trop.

Journaliste : Après Lost, ressentez vous de la pression par rapport à l'épisode final ?

Damon Lindelof : La pression vient de moi avant tout, elle est intérieure, et je la partage ensuite avec les autres scénaristes, parce qu’on doit fabriquer une conclusion satisfaisante. Je dois faire plaisir à beaucoup de personnes, notamment les réalisateurs et les acteurs, avant de penser au public. Et nous sommes tous satisfaits de la façon dont la série se termine. Même si j’ai dit que nous n’allons pas expliquer la raison de la disparition de ces 2% de la population, je sais qu’il y a des gens qui espèrent toujours avoir une réponse : "Vous nous avez dit ça, mais on veut savoir." C’est comme ceux qui n’aiment pas les anniversaires surprises et qui sont déçus quand personne n’en n’organise. Mais si tout le monde aimait, nous ne ferions pas notre boulot correctement.

Journaliste : Un début de saison 3 plus léger... Est-ce une façon de dire : "Riez maintenant, vous allez pleurer après ?"

Damon Lindelof : Le rire est une partie importante du processus de deuil, de douleur, de souffrance. Nous avons tous été à des enterrements et vus des gens rire. Et tu te demandes si c’est approprié, mais tu penses aussi à ces choses merveilleuses qui caractérisent la personne qui vient de mourir et l’humour est une sorte de relâchement. Et je pense que la série commence a expérimenter l’absurde… J’aime penser à l’idée que si tu racontes la série à quelqu’un qui ne l’a pas vue, cette personne là va penser que c’est stupide. Alors que tout prend sens en regardant. A l’image de l’épisode "The International Assassin" (saison 2, épisode 8), qui se déroule dans un hôtel. Mais en le vivant, ça devient une expérience profondément émotionnelle.

Journaliste : Pourquoi avoir fait The Leftovers ?

Damon Lindelof : Je suis fasciné par le mystère, mais je le suis encore plus par les mystères non résolus et l’ambiguïté. Donc j'essaie de raconter des histoires que je n’ai pas encore vues, et je voulais vraiment parler de religion. Entre la fin de Lost et le début de The Leftovers, j’ai regardé Breaking Bad et Mad Men que j’ai trouvé brillantes, et si elles étaient stimulantes par leur intelligence, elles n’exploraient pas ce sujet. La religion est partout autour de nous, et je me suis demandé pourquoi aucune série n’en parlait. C’est alors que j’ai lu le livre de Tom Perrotta (Les Disparus de Mapleton, dont est adaptée la série) dans lequel des personnages se retrouvaient au milieu d’un événement biblique. Je ne pouvais pas explorer ça complètement avec Lost, qui est plus mystique. The Leftovers se situe dans un monde plus réel, et Dieu ne descend pas dire "J’ai fait ça et voilà pourquoi." C’est un sujet qui ne met pas tout le monde à l’aise.

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