34e liste surprise aux européennes : qu'est-ce que l'Union des démocrates musulmans français ?

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EUROPÉENNES - La liste "Une Europe au service des peuples" a été validée ce jeudi et entre donc dans la course aux européennes. Elle est portée par l'Union des démocrates musulmans français, un jeune parti créé en 2012 qui prône la lutte contre l'islamophobie.

En se lançant dans la campagne des européennes, l'Union des démocrates musulmans français (UDMF) espère augmenter sa visibilité. Le parti a été créé en 2012 et avait jusqu'alors un ancrage local : "Nous avons toujours eu pour ambition d’être présent à chaque élection, c’est une continuité, nous souhaitons que les Français s’habituent à voir un parti comme le nôtre dans le paysage politique", nous explique Nagib Azergui, son fondateur. La vocation de l'UDMF : "Que l'on intègre que les Français de confession musulmane sont des Français à part entière et non pas des Français à part". 

"J’ai fondé le parti parce que j’en avais marre de voir que l’on parle matin, midi et soir du "musulman", nous explique Nagib Azergui, également tête de liste aux européennes. Sur le terrain politique, c’est devenu l’argument électoral numéro 1. Au début, c’était limité à l’extrême droite mais cela s’est généralisé. L’islamophobie, la détestation du musulman, est devenu quelque chose d’acceptable dans la société, regrette le jeune homme issu de Nanterre et d’origine marocaine. En l’espace de 10 ans, on observe une radicalisation des esprits. C’est cela qui m’a poussé à tirer la sonnette d’alarme."

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L'UDMF entend donc lutter contre la montée de l'islamophobie en France mais réfute pour autant les accusations de communautarisme. Le parti se revendique "laïc et profondément républicain", peut-on lire sur la page de présentation du site internet de l'UDMF. Il se compare notamment au Parti chrétien-démocrate en France ou encore à l'Union Chrétienne Démocrate en Allemagne. 

Une comparaison qu'apprécie peu Jean-Frédéric Poisson, président du PCD. "Quelle est cette décision dérogatoire dont on ne peut que supposer qu’elle n’aurait été accordée à aucune autre candidature ?" a t-il ainsi questionné ce vendredi en apprenant la validation de cette 34ème liste. "La 'soumission' s’installe à tous les étages de la France, des quartiers islamisés aux plus hautes institutions républicaines." Déjà en 2015, il affirmait haut et fort son opposition : "Nous ne sommes pas du tout dans le même état d'esprit, car l'inspiration de l'UDMF semble tout droit issue d'une application stricte d'un certain nombre de principes du Coran dans l'espace public", estimait-il en 2015 dans les colonnes du Figaro.

Des accusations que balaye Nagib Azergui : "À aucun moment, nous ne sommes là pour faire le grand remplacement de la République par la Charia, ça c’est un fantasme, nous indique-t-il. Notre parti n’a jamais été confessionnel, le problème n’est pas limité aux musulmans mais doit toucher l'ensemble des Français", poursuit-il. Il se dit d'ailleurs "fier de voir des citoyens qui ne sont pas de confession musulmane mais qui ont compris l’urgence de la situation et (les) rejoignent". 

La validation tardive de cette liste aura peut-être permis de mettre un coup de projecteur sur ce jeune parti, même si Nagib Azergui ne voit pour le moment que les problèmes logistiques qui s'en sont suivis. "Nous devons remettre les bulletins de vote lundi, dernier délai. Mais pour les imprimer, il fallait attendre la validation de la commission de la propagande. Même si je passe commande aujourd'hui, aucun fournisseur ne pourra tout imprimer pour lundi 10 heures. C'est une galère incroyable", râle-il. Les électeurs devront donc imprimer eux-même leur bulletin disponible notamment sur le site du parti. Une option également choisie par d'autres petits partis aux moyens financiers limités, comme le parti Pirate.

Jusqu'alors, l'UDMF n'avait qu'une petite expérience des élections. En 2015, le parti tente de s'implanter dans huit cantons lors des départementales, avant de renoncer dénonçant "un climat malsain" et des menaces. Aux élections régionales de la même année, 225 candidats tentent leur chance, sans succès. 

En 2017, le candidat du parti à la présidentielle ne parvient pas à réunir les parrainages suffisants. Le meilleur score est atteint lors des législatives : l’UDMF obtient 5,08 % à Mayotte (723 votes). Dans certains bureaux de vote des Hauts-de-Seine, le parti enregistre des scores au-delà de 10%, sans parvenir pour autant à percer. Au final, seul Hocine Hebbali occupera un poste au nom du parti, en 2015, à Bobigny comme conseiller municipal. Une alliance avait été établie avec le candidat UDI, Stéphane de Paoli.

Un parti ouvertement à gauche

Au-delà de la lutte contre l'islamophobie, le parti se revendique "de gauche". Le programme de la liste "Une Europe au service des peuples", disponible sur le site de campagne, présente "sept défis capitaux" dont l'écologie (lutte contre la pollution plastique, les perturbateurs endocriniens et l’obsolescence programmé), la solidarité (lutte contre l'évasion fiscale ou la mise en place d’un SMIC Européen), le vivre ensemble (lutte contre les discriminations et droit de vote des étrangers aux élections) et la défense du pays ("sortir de l’OTAN avec la mise en place d’une puissance militaire européenne"). 

Des idées avancées par d'autres courants, mais dans lesquels Nagib Azergui n'a plus confiance. A ses yeux, aucun parti de gauche n'est aujourd'hui intègre. Il leur reproche notamment d'afficher un discours toujours plus clivant sur la laïcité. "La laïcité est un outil de liberté mais on en a fait un outil de répression, c'est devenu un barrage contre l’Islam qu’un outil pour lutter contre les discriminations."

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