Covid-19 : l'efficacité du vaccin est-elle vraiment contredite par la flambée épidémique en Israël ?

ÉPIDÉMIE - Les yeux sont rivés vers Israël, pays qui bat tous les records de vaccination contre le coronavirus. Mais malgré cette campagne d'une rare intensité, l'épidémie y bat des records. LCI.fr décrypte ce phénomène.

C'est un vrai paradoxe. Israël est arrivée à inoculer le vaccin Pfizer contre le coronavirus à quelque deux millions de personnes - sur ses neuf millions d'habitants - depuis le 19 décembre. Une prouesse qui ne s'accompagne pas, à première vue, des résultats escomptés. L'épidémie semble au contraire s'accélérer. Un constat difficile à comprendre, dont les opposants au vaccin n'ont pas tardé à s'emparer pour dénoncer son inutilité. Sans toutefois rappeler qu'il fallait encore du temps pour évaluer son efficacité. Et sans non plus souligner que cette population n'a reçu que la première dose de ce vaccin.

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La vaccination n'aura pas d'impact avant mars

Il y a eu à ce jour 1.930.330 personnes qui ont reçu une première dose du vaccin Pfizer, selon les derniers chiffres rendus publics par les responsables de la Santé. Une campagne ambitieuse qui fait du pays le gagnant dans la course à la vaccination de sa population. Pourtant, dans le même temps, Israël est passé de 2500 cas quotidiens à 7000 en ce début d'année, comme le montrent les données du site "Our World in Data", une référence en matière de suivi épidémique. 

Graphiques à l'appui, les opposants au vaccin poussent donc la sonnette d'alarme. "En Israël, quatre semaines de vaccination intense, plus de 70% des plus de 65 ans vaccinés ! Pourtant, confinement depuis une semaine, l'épidémie bat des records !", croit savoir un internaute. À noter qu'un confinement est en réalité en place depuis le 27 décembre. Et de se demander si le vaccin serait sans effet et si, pire encore, il ne permettrait pas d'engendrer des versions "mutantes". Cette deuxième hypothèse est ensuite amplifiée et déformée jusqu'à devenir, en commentaire de cette publication, une théorie selon laquelle les autorités "injectent le virus".

Or les explications pour justifier ce paradoxe sont simples. Tout d'abord, il est encore beaucoup trop tôt pour analyser ces données. Le vaccin Pfizer nécessite en effet une deuxième dose pour atteindre son niveau d'efficacité annoncé. Or, cette dernière doit être administrée au minimum 21 jours après la première

Ensuite, l'efficacité a été estimée par le laboratoire sept jours après l'administration des deux doses. En tout, il faut donc quatre semaines entières pour analyser les résultats. Ce qui nous conduit, avec un début de campagne le 19 décembre, au 16 janvier. Et encore. Oui, le pays a commencé à administrer sa seconde dose du vaccin samedi dernier, mais toute la population n'est pas inoculée au premier jour. S'il y a actuellement 20% des Israéliens qui ont reçu une dose, ils n'étaient que 2% il y a encore trois semaines. Une campagne, même intensive, n'aura donc pas d'impact significatif avant le mois de mars a minima. D'ailleurs, lorsqu'un internaute fait remarquer à l'auteur de ces graphiques l'importance de ce délai, le principal intéressé confesse lui-même que, oui "il faut attendre". "On aura la réponse prochainement", admet-il, assurant qu'il ne fait que "poser une question", pourtant pleine d'insinuations trompeuses. 

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De plus, l'indicateur utilisé par cet internaute n'est pas pertinent. L'objectif premier du vaccin Pfizer, analysé par les études, est d'éviter l'apparition de formes graves. Le critère le plus intéressant est donc la létalité, c'est-à-dire celui du nombre de décès par cas. Et ce taux-là a, au contraire, amorcé une très légère baisse, comme l'illustre le graphique ci-dessous. 

Tandis qu'il stagnait à 0,8% depuis le début de l'automne, il a diminué à 0,7%. Un phénomène qui s'illustre d'ailleurs dans les hôpitaux. Interrogée ce mercredi, la cheffe des services de Santé publique du ministère de la Santé du pays a bien annoncé qu'il y avait eu 4500 personnes diagnostiquées positives au Covid-19 après avoir reçu la première dose, dont 375 ont été hospitalisées en raison de la maladie. Une citation que les anti-vaccins reprennent en chœur. Mais ce qu'ils omettent de prendre en compte, c'est que la docteure Sharon Elrai-Price a également indiqué que ces chiffres étaient en nette baisse à mesure que la durée après une vaccination s'allongeait. "Parmi les personnes hospitalisées, 244 l'ont été dans la première semaine suivant leur vaccination, 124 au cours de la deuxième semaine, et 7 plus de 15 jours après avoir reçu le vaccin", a-t-elle précisé à la presse.

Des premiers résultats encourageants

Il n'y a donc pas d'"hécatombe" liée au vaccin de Pfizer, à la différence de ce qu'assure le collectif Victimes Coronavirus France. Au contraire, les premiers résultats scientifiques sont plutôt optimistes. Relevées par la presse locale, des études conduites par deux grands organismes de soins montrent une chute de la transmission du virus. La première, réalisée par Clalit - plus importante caisse médicale du pays - a observé que les contaminations chutaient de 33% quatorze jours après la vaccination. D'autres chiffres, enregistrés cette fois par la Maccabi,  sont encore plus optimistes. Le vaccin réduirait de 60% les risques d'infection sur la même durée. De quoi pousser la cheffe du département de Santé publique à se féliciter que les premières remontées illustrent une "réduction des infections d'environ 50% quatorze jours après la première injection". Des informations préliminaires qui, comme celles plus alarmistes, doivent encore être vérifiées dans l'avenir.

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