Élection présidentielle aux Etats-Unis : "La mort de Ruth Bader Ginsburg exacerbe les tensions entre les deux camps"

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INTERVIEW – La succession de "RBG" au sein de la Cour Suprême constitue un véritable coup de tonnerre dans la campagne électorale américaine. Les explications de Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l'IRIS et spécialiste des Etats-Unis.

Un électrochoc dans une campagne déjà très agitée. La mort vendredi de Ruth Bader Ginsburg, doyenne progressiste et féministe de la Cour Suprême, agite la classe politique américaine qui voit se profiler l'élection présidentielle dans quelques semaines. D'ici là, Donald Trump l'assure : il va nommer une nouvelle juge. Et ainsi ancrer l'institution dans le camp conservateur pour des décennies. Les démocrates sont vent debout, arguant qu'il faudrait attendre l'élection avant tout vote… Qui aura le dernier mot ? Le point avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l'IRIS et auteure de "La démocratie féministe. Réinventer le pouvoir" (Calmann-Lévy, 14 octobre 2020).

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LCI : à un peu plus de six semaines de l’élection présidentielle, les cartes sont-elles rebattues suite à la mort de Ruth Bader Ginsburg ?

Marie-Cécile Naves : Rebattues non parce que ça ne devrait pas influencer de manière décisive le vote. Cela conforte la vive opposition entre les deux camps et cela exacerbe les tensions déjà très fortes, sur fond de guerre culturelle. Cet événement permet aussi à Trump de focaliser l'attention sur autre chose que la Covid et les bad buzz qu'il a créés récemment, de se montrer en président disposant de forts pouvoirs.

 

La mort de Ruth Bader Ginsburg est-elle en mesure de galvaniser le vote démocrate ? Cela avait été le cas lors des élections de mi-mandat en 2018, après la nomination du juge conservateur Brett Kavanaugh...

Cela peut jouer dans les deux camps. Les démocrates, avec notamment Alexandria Ocasio-Cortez, répètent chaque jour sur les réseaux sociaux qu'il faut aller voter pour faire battre Trump, et l'enjeu du Sénat se pose encore plus car c'est au Sénat que les juges à la Cour suprême sont confirmés pour accéder à leur nouvelle fonction. Mais oui en effet, en 2018, cela avait ajouté de l'hostilité à l'encontre de Donald Trump et contribué à la forte participation électorale, notamment chez les femmes.

Nommer des juges à vie est sans doute une habitude qui a fait son temps- Marie-Cécile Naves

Et l'électorat républicain ? Accueille-t-il favorablement le choix de Donald Trump de nommer in extremis un nouveau juge conservateur ? Des sénatrices républicaines ont déclaré qu'elle ne voterait pas pour nommer un juge avec la présidentielle…

Les électeurs plus galvanisés, oui, d'autant qu'ils savent que Trump va choisir un ou une juge très à droite sur les questions de mœurs et de société. La droite évangélique et catholique sera séduite. Néanmoins, dans un électorat indépendant ou plus modéré, il n'est pas sûr que cela joue, je pense en particulier aux femmes blanches conservatrices que Trump a besoin de reconquérir mais qui ne sont pas un bloc monolithique adhérant à toutes les idées de la droite religieuse, comme il le pense. Les sénateurs qui voteront pour confirmer le choix de Trump risquent dès lors de perdre le vote d'un électorat modéré.

 

La nomination d'un juge par Donald Trump pourrait ancrer la Cour suprême dans le conservatisme durant plusieurs années. Joe Biden pourrait-il appliquer son programme s'il est élu en novembre prochain ?

Joe Biden peut aussi réfléchir à nommer davantage de juges à la Cour suprême dès 2021. Il pourra appliquer son programme mais il se heurtera aux tribunaux. Il sait en particulier que l'Obamacare, déjà dans son état actuel, est fortement menacée avec une Cour suprême penchant très nettement à droite.

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Cet imbroglio révèle-t-il les faiblesses de la Constitution américaine ?

Les faiblesses, non, je dirais plutôt son besoin de s'adapter à l'époque actuelle. Nommer des juges à vie est sans doute une habitude qui a fait son temps. Cela apparaît comme n'étant plus très démocratique. La Cour Suprême n'est pas censée non plus être ultra-partisane. Or elle en prend le chemin.

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