Israël : une travailleuse philippine expulsée pour avoir eu un fils sur le territoire

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IMMIGRATION - En Israël, de nombreux travailleurs philippins ont signé des visas de travail stipulant l'interdiction qu'ils aient des enfants sur le territoire. Malgré d'importantes protestations, une mère de famille, dans l'illégalité depuis une dizaine d'années, a été expulsée avec son adolescent pourtant né dans le pays.

Près de 600 familles originaires des Philippines et vivant en Israël sont menacées d'expulsion. La raison ? Elles ont donné naissance à un ou plusieurs enfant(s) sur le territoire alors qu'elles n'avaient que des visa temporaires. Mardi 6 août, plus d'un millier de personne étaient rassemblées à Tel Aviv pour manifester leur soutien à ces centaines de travailleurs étrangers et à leurs enfants. Mais une semaine plus tard, les autorités israéliennes ont pourtant annoncé avoir expulsé une mère et son fils. Déjà adolescent, il est né en Israël, parle seulement l'hébreu et l'anglais, et n'a jamais mis les pieds dans le pays d'origine de sa mère.

Des visa conditionnés au fait de ne pas fonder de famille

Aide à domicile, Rosemarie Perez était arrivée en Israël en 2002 pour s'occuper d'une vieille dame, a précisé à l'AFP une responsable de l'ONG United Children of Israel (UCI), qui défend les enfants de travailleurs étrangers. Rosemarie a basculé malgré elle dans la clandestinité un an plus tard, après la naissance de son fils Rohan.

Son visa, comme celui de milliers de travailleurs étrangers en Israël, était en effet conditionné au fait de ne pas faire d'enfants. Lors d'une naissance, la travailleuse étrangère a le choix entre quitter le pays, ou envoyer son bébé aux Philippines pour conserver son visa. Sinon, c'est la clandestinité pour toute la famille. Impossible d'obtenir des papiers israéliens pour ces enfants, même s'ils peuvent être scolarisés. La loi israelienne est en effet très restrictive en matière d'autorisation de travail pour les travailleurs étrangers dans certains secteurs d'activité. 

"Rosemarie était en Israël depuis de nombreuses années, dont 12 illégalement", a précisé l'autorité de l'immigration israélienne Elle a été arrêtée la semaine dernière avec son fils Rohan. Conduits dimanche soir à l'aéroport Ben Gourion, ils ont été "sortis de l'avion" au dernier moment, leur redonnant espoir d'une régularisation de leur situation. Mais lundi 12 août, la mère et son fils ont finalement été embarqués à bord d'un vol de la compagnie israélienne El Al à destination de Bangkok, d'où ils ont pris un avion pour Manille. 

36 familles contraintes de partir avant le 1er aout

Les premiers travailleurs philippins sont arrivés au début des années 1990 en Israël. A l'époque, en plein soulèvement palestinien, le pays manque de main d'oeuvre et se tourne vers l'Asie, mais impose aux immigrés de ne pas fonder de famille. "Israël a encouragé ces travailleuses à venir ici", rappelle Sigal Rozen, de l'organisation israélienne Hotline for Refugees and Migrants en s'indignant aujourd'hui du traitement qu'elles reçoivent.

Rosemarie et Rohan habitaient à Tel-Aviv et avaient noué des liens avec de nombreux travailleurs étrangers de leur quartier, selon l'ONG. Evangeline Nacional, également originaire des Philippines et dont le fils Kevin est le meilleur ami de Rohan, a témoigné des adieux déchirants entre les deux adolescents. "Rohan a emprunté un téléphone et parlé à mon fils", a-t-elle expliqué à l'Agence France Presse, "il ne faisait que pleurer, et mon fils aussi, ce sont des enfants !" Les deux garçons comprennent mais ne parlent pas le tagalog, la langue de leurs mères, selon Evangeline. "Nous avons tellement peur pour nos enfants maintenant que nous avons vu qu'ils ont fait partir Rohan".

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Le consul général des Philippines en Israël a fait savoir que 29 000 Philippins, des aides à domicile pour l'écrasante majorité, vivent actuellement dans le pays, dont 25 000 avec un visa temporaire. Depuis janvier, 36 familles, dont 24 philippines, ont été arrêtées pour présence illégale. Elles ont été libérées, souvent pour laisser les enfants finir leur année scolaire, mais à condition de partir avant le 1er août. Selon le journal Time of Israel, une cinquantaine d’enfants de travailleurs étrangers, nés en Israël, seraient concernés par une risque d'expulsion avec leur famille à la rentrée. 

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