Sahel : 220 soldats supplémentaires vont être envoyés pour renforcer la force Barkhane

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GUERRE - La France, qui a perdu 41 hommes au Sahel depuis sa première intervention en 2013, avait insisté en décembre pour obtenir une "clarification" des pays de la région, après des accusations d'ingérence et de visées néocolonialistes. Cette clarification obtenue, Emmanuel Macron annonce l’envoi de forces de combat supplémentaires en Afrique.

Au mois de décembre, une semaine après la mort de 13 soldats français au Mali dans une collision d’hélicoptères, Emmanuel Macron laissait entendre qu’il n’excluait pas un retrait progressif des forces françaises du Sahel. Lundi 13 janvier, le chef d’Etat a cependant fait une déclaration tout autre, en annonçant l’envoi de 220 soldats supplémentaires dans la région pour renforcer les troupes de Barkhane. Celles-ci sont déjà fortes de 4.500 militaires français.

Cette annonce a été faite à l’issue d’un sommet à Pau avec les présidents des pays du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie), destiné à réfléchir à une nouvelle feuille de route contre les jihadistes en Afrique, alors que les attaques terroristes se sont multipliées. Dans ce contexte, les six pays ont convenu de renforcer leur coopération militaire. Mais Emmanuel Macron avait posé des conditions il y a quelques semaines : alors que la présence française fait face à un rejet grandissant chez les populations locales, le président avait demandé "des clarifications". "ls nous doivent la clarté et le fait qu’ils nous demandent d’être là et qu’ils l’assument", déclarait-il le 4 décembre au sommet de l’OTAN, affirmant que la France n’est pas en Afrique "avec des visées néocoloniales, impérialistes ou avec des finalités économiques" mais bien "pour la sécurité collective de la région".

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A Pau, les dirigeants des pays G5 Sahel ont donc signé une déclaration commune où ils ont "exprimé le souhait de la poursuite de l'engagement militaire de la France au Sahel". Interrogé par un journaliste malien qui rapportait les doutes d'une partie de la population de son pays sur les raisons de la présence militaire française, Emmanuel Macron a par ailleurs dénoncé avec colère les discours antifrançais. "Les discours que j'ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes" parce qu'ils servent d'autres intérêts, "soit ceux des groupements terroristes, soit ceux d'autres puissances étrangères qui veulent simplement voir les Européens plus loin, parce qu'elles ont leur propre agenda, un agenda de mercenaires", a dénoncé le président français, dans une possible allusion notamment à la Russie.  "Moi je sais qui est tombé pour la sécurité des Maliennes et des Maliens, des Nigériens et des Burkinabè : des soldats français", a-t-il martelé, en référence aux 41 militaires français tués au Sahel depuis 2013. 

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A l’issue de leur réunion, le président français et ses homologues africains - Roch Marc Christian Kaboré (Burkina), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie), Mahamadou Issoufou (Niger) et Idriss Déby (Tchad) - ont décidé de davantage coordonner leur action militaire en la concentrant sur la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina), et en visant en priorité l'EIGS (Etat islamique au Grand Sahara). Ils ont également convenu de renforcer les efforts de formations des armées du Sahel, et ont appelé tous les pays et partenaires souhaitant contribuer à participer à une "Coalition pour le Sahel".

Retrait américain ?

Ce sommet s'est tenu au lendemain de l'annonce des pires pertes subies par l'armée nigérienne jeudi 9 janvier dans une attaque jihadiste : 89 soldats tués, dans le camp de Chinégodar, près du Mali. Selon l'ONU, plus de 4.000 personnes ont été tuées dans des attaques terroristes en 2019 au Burkina Faso, au Mali et au Niger. 

Parallèlement à ce sommet, les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils envisageaient un désengagement de leurs propres troupes au Sahel. Les ressources que le Pentagone consacre à l'Afrique ou au Moyen-Orient "pourraient être réduites et ensuite redirigées, soit pour améliorer la préparation de nos forces aux Etats-Unis soit vers le Pacifique", a déclaré le chef d'état-major américain, le général Mark Milley. Un retrait militaire américain en Afrique "serait une mauvaise nouvelle pour nous", a réagi Emmanuel Macron. "J'espère pouvoir convaincre le président Trump que la lutte contre le terrorisme se joue aussi dans cette région et que le sujet libyen n'est pas séparable de la situation au Sahel et dans la région du lac Tchad", a-t-il déclaré en évoquant le risque de "prolifération du terrorisme" en cas d'échec.

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