Procès du 13-Novembre : "La diffusion des images et du son des scènes de crime est un passage obligé"

JUSTICE – Le président de la cour d'assises spéciale a annoncé lundi que des photos et vidéos des attaques perpétrées sur différentes scènes de crime ainsi qu'une bande sonore du Bataclan seraient diffusées jeudi et vendredi à l'audience. Un moment difficile, voire insoutenable pour beaucoup.

Lundi 13 septembre, au commencement de la deuxième semaine du procès des attentats du 13 novembre 2015 et alors que doivent être entendus une série d'enquêteurs qui détailleront notamment les huit scènes de crime, le président de la cour d'assises spécialement composée a tenu à apporter "quelques précisions concernant l'organisation de l'audience, notamment l'aspect visionnage de vidéos et de photos". 

"À partir du jeudi 16, il y aura des constatations des images des scènes de crime du Stade de France. Vendredi 17 septembre, il y aura des présentations de photos, des vidéos et peut-être une partie sonore concernant les faits commis au Bataclan", a ainsi détaillé Jean-Louis Périès. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Je vous le redirai à la veille de l'audience pour que les personnes qui suivent la web radio en soient informées et qu'elles puissent prendre leur disposition, tout comme les personnes qui sont dans la salle et qui souhaiteraient sortir", a poursuivi le magistrat. "Idem pour le 20 septembre, avec le Comptoir Voltaire, La Bonne Bière, La Casa nostra et la Belle équipe. Tout ceci sera rappelé en début d'audience bien entendu."

"Il faut se confronter à cette difficile réalité"

Aussi difficiles soient-ils à affronter, pour la plupart des avocats de la partie civile, ces éléments font partie du dossier pénal et ont donc bel et bien leur place dans la salle d'audience. "La diffusion des images et du son des scènes de crime est un passage obligé pour tout le monde. Ce sont des pièces essentielles du dossier. Je ne vois pas comment  cela pourrait ne pas être diffusé. À un moment, il faut bien se confronter à cette difficile réalité", a estimé Me Jean Reinhart, avocat d'une centaine de parties civiles et qui a lui-même perdu l'un de ses neveux au Bataclan. 

Me Géraldine Berger-Stenger, qui représente 37 parties civiles, va dans le même sens que son confrère. "Je suis pour la diffusion des sons et des images, même si cela est insurmontable pour les victimes. Cela montre vraiment ce que c'est le terrorisme. Ça n'est pas juste des discours, c'est toute l'horreur du terrorisme. Les images vont être terrifiantes, plus que choquantes. Mais elles doivent être vues."

Sorties de salle, web radio coupée et boules Quiès

Avant la diffusion des documents, les avocats et le président de la cour d'assises préviendront à nouveau les parties civiles. "Nous avertirons nos clients de la diffusion et nous leur préciserons que ça n'est peut-être pas la peine qu'ils s'imposent ça", explique Me Reinhart. Sa consœur Me Berger-Stenger indique qu'elle aussi va conseiller à ses clients de ne pas être là. "C'est insurmontable pour une famille de voir ou d'entendre les derniers instants de leurs proches, et pour les survivants de se replonger dans toute cette horreur."

De très nombreuses parties civiles ont d'ores et déjà annoncé que, pour elle, "il était hors de question d'assister à cela". "Nous avons déjà assez souffert", murmure l'une d'elle sous couvert d'anonymat. Une autre, qui ne souhaite pas non plus donner son identité précise à LCI  qu'elle va "essayer de rester". Avant d'ajouter : "Mais je ne garantis pas que je vais tenir le coup." 

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"Provoquer des réactions chez les accusés"

Le président n'a pas dit mardi dans le détail quels moments seraient diffusés, ni pour les images ni pour le son. "Pour le Bataclan, tout le concert a été capté et donc toute l'attaque et toutes les heures qui ont suivi. On ne va évidemment pas tout écouter. Pareil pour les images, on ne sait pas du tout ce qui va être projeté", continue Me Berger-Stenger. Jean-Louis Périès devrait donner plus de précisions mercredi soir avant la suspension d'audience, sinon jeudi à sa reprise. 

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Au procès des attentats de janvier 2015 des images de la tuerie de Charlie Hebdo avaient été projetées sur grand écran à la demande d'un enquêteur de la section antiterroriste de la brigade criminelle venu témoigner à la barre. Le président avait averti la salle quelques secondes avant la diffusion, ne laissant guère le temps à certaines parties civiles de quitter la salle. Un moment particulièrement difficile et douloureux. Et nul ne doute que le choc devrait être le même au procès des attaques du Stade de France, des terrasses parisiennes et du Bataclan. 

"Tout le monde sait ce qu'il s'est passé le 13 novembre, mais voir des images, c'est autre chose. La bande son pourrait d'ailleurs être pire d'un point de vue émotion. Nous serons tous traumatisés tout le week-end après probablement. Des confrères m'ont déjà dit qu'ils mettraient des boules Quiès, pour ne pas entendre. Certains diront sans doute que cela n'apporte rien à la manifestation de la vérité. Je ne suis pas d'accord", conclut Me Berger-Stenger. "Ces images montrent la réalité et pourront peut-être provoquer des réactions chez les accusés et les faire parler, ce que nous attendons tous."

Le président précise ce qui sera diffusé

Après l'annonce du président de diffuser images et son à l'audience, de nombreux avocats de la partie civile, l'ont contacté pour savoir quels documents seraient présentés. 

Mercredi donc, Jean-Louis Périès a répondu aux nombreuses interrogations sur le sujet. "Jeudi, nous poursuivons les auditions de témoins qui ont fait les constatations sur les scènes de crime. Nous aurons des vidéos projetées sans le son sur le Stade de France. Je préfère prévenir les personnes concernées. Nous aurons également demain une partie des constatations au Carillon, au Petit Cambodge et à La Bonne Bière. Nous aurons des panoramiques, éloignés, qui permettront de voir les scènes sans possibilité d'identification des personnes, a-t-il dit.  On n'aura pas de panoramique sur la scène de crime du Bataclan mais des photos de la fosse, et quelques secondes du début de l'enregistrement du dictaphone. On entend la musique et les 1ers tirs. Ça dure 30 secondes. Je préfère prévenir les personnes qui écoutent ce procès par la web radio". 

Pour ce procès historique et hors-norme en effet, les parties civiles qui ne viennent pas à l'audience ont la possibilité de suivre tout ce qui s'y passe via une web radio spécialement mise en place, accessible avec un identifiant et un code personnel. La web radio diffuse avec un léger différé de 30 minutes, le temps nécessaire pour le Président de la Cour d’Assises d’intervenir en cas d’incident à l’audience.

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