"De gros enjeux" : casse-tête et tribulations d'une DRH avant la grève du 5 décembre

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TÉMOIGNAGE - De multiples organisations ont appelé à la grève le 5 décembre. Comment les entreprises anticipent-elles cette problématique ? Lise Ferret, DRH de Cadremploi, groupe de 250 salariés, nous raconte.

La grève, elle vit déjà avec. Plusieurs jours qu'elle est sur le pied de guerre. A tenter de cerner, discerner du haut de sa vigie, ce que sera l’avenir. A fourbir ses dispositifs. Lise Ferret est DRH, et le jeudi 5 décembre prochain, jour de grève générale, elle a une responsabilité : s’assurer que les quelques 250 employés de Cadremploi, site d’emploi privé pour les cadres, puissent travailler dans de bonnes conditions. 

Sauf que pour l'instant, c'est le grand flou. Alors la navigation se fait un peu à vue. "Le mouvement aura-t-il ou non une grosse ampleur ?", questionne-t-elle. "C'est très difficile à dire, nous sommes vraiment dans l’expectative. Mais c'est un vrai sujet avec de gros enjeux." Elle le sait, vu les profils au sein de l'entreprise, son activité ne sera a priori pas touchée par la grève. "Mais en revanche, on sait que nos salariés vont être impactés, notamment par les transports. C'est cet aspect-là qui nous interroge et sur lequel nous voulons anticiper le mieux possible."

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Première option, le télétravail

Cadremploi, filiale de Figaro Classifieds, spécialiste des annonces classées sur internet, a des bureaux en plein cœur de Paris, boulevard Haussmann. Plutôt pratique, a priori. Mais "beaucoup de collaborateurs viennent en transports en commun, habitent en banlieue", assure Lise Ferret. "Et s’ils ne sont pas impactés pour le trajet depuis leur domicile, ils peuvent l’être parce qu’ils ont des clients à aller voir, ou parce que s'ils n'ont pas certains collègues sur place, ce n'est pas très intéressant… Il y a plein d’effets de bord."

Une première solution se profile, évidente, simple. Et surtout dans la continuation de ce qui existe déjà dans l’entreprise : le télétravail. Pour le 5 décembre, une règle a été mise en place. Lise Ferret a adressé la semaine dernière une communication à l’ensemble des salariés, via le réseau social interne Slack. "Le message est clair : toutes les journées de télétravail de la semaine prochaine sont fixées pour le jeudi 5. Et comme nous nous attendons à une reconduction le 6, ou au fait qu'il y aura des débordements et que les trains ne fonctionneront pas forcément très bien tout de suite, nous avons ouvert une deuxième journée pour les collaborateurs. Nous anticipons !" Attention, rappelle-t-elle : le télétravail, ce n'est pas pour garder ses enfants. "Je suis parfois interpellée là-dessus, mais c’est très clair depuis le début : non, on ne peut pas se mettre en télétravail et considérer que l'on va travailler alors qu'on a des enfants en bas âge à garder. Il faut à ce moment-là poser des congés ou envisager une journée enfant malade."

Dernière maille du plan d'action : les personnes qui ne peuvent pas, ne veulent pas travailler de chez elle, ou qui ne connaissent pas encore le niveau d’impact auquel elles vont être confrontées, ont droit à des "horaires flexibles". Des horaires à la carte. "Si le collaborateur a une facilité pour être là très tôt, mais qu’en revanche il faut également qu'il parte tôt, même à 14h30, il part à 14h30", précise Lise Ferret. "Chacun va faire avec ce qu'il a à disposition et ce qu’il y a de plus simple pour lui. L’idée est d’être hyper souple et de se simplifier la vie,  car ni l’entreprise ni le collaborateur n'ont choisi d’être dans cet environnement."

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Grève du 5 décembre : entreprises et salariés se préparent déjà

Pour la suite, nous attendons de voir un peu l’ampleur du mouvement- Lise Ferret, DRH de Cadremploi

Le plan de bataille se peaufine depuis quelque temps déjà. Contacts avec d'autres RH, mais aussi tractations dans les couloirs... "Les délégués syndicaux m’ont demandé une journée de congé", raconte Lisse Ferret. "Je sais que des homologues l'ont fait : ils offrent deux jours de congé." Une solution qui simplifie la gestion. "Mais c'est coûteux, car beaucoup de salariés auraient pu venir travailler. Et surtout, nous n'avons pas voulu rentrer là-dedans, car nous avons vraiment une interrogation sur la poursuite de cette grève. Je comprends que l'idée d'un congé puisse être attractive, mais j'ai déjà  annoncé aux partenaires sociaux que non, je n'offrirais pas 15 jours de congés aux collaborateurs ! Même si cela va sans doute me demander beaucoup plus d’énergie que si j’avais mis tout le monde en congé, moi y compris : je m'attends à être sur tous les fronts le 5 au matin !"

Voilà pour le plan A. De quoi faire face aux 5 et 6 décembre. La suite, elle, s’écrira à mesure. "Je n’ai pas encore communiqué à partir du 9. Avec la direction, nous attendons de voir un peu l’ampleur du mouvement, comment c'est suivi."  Lise Ferret prévoit de faire un premier bilan le 6 au soir, puis à la fin du dimanche 8, en prévision du lundi matin. "Il est fort probable que nous soyons amenés à prendre d’autres types de mesures si cela se poursuit. L'entreprise devra sans doute organiser des solutions comme le covoiturage, ou la mise à disposition de VTC, par exemple."

Il y a quand même un moment où l’on risque de perdre en efficacité- Lise Ferret, DRH de Cadremploi

Car le télétravail, c'est bien, mais pas forcément viable sur le long terme. "En fait, cela dépend des métiers", explique Lise Ferret. "Certains, par exemple toutes les fonctions commerciales, peuvent tout à fait fonctionner pendant une semaine ou dix jours sans repasser au bureau : les managers feront des réunions à distance, nous avons tous les systèmes VPN, les ordinateurs. Il n’y a aucun problème." Mais pour d’autres métiers, cela peut nuire à la qualité du travail. "Tous les métiers qui travaillent sur le produit, les techniciens,  le marketing, les créatifs… Tous ceux-là ont besoin de brainstormer ensemble. Nous avons des organisations en 'squads', des petites équipes très agiles qui se regroupent autour d’un projet, d’un produit. Là-dessus il y a quand même un moment où l’on risque de perdre en efficacité."

Bref, à partir de lundi, la DRH risque d'être (encore plus) sur le pied de guerre. "On essaie d’être bien informé, d'avoir la meilleure visibilité sur le mouvement, et d’être alerte sur les situations pour essayer de trouver des solutions à chacun", raconte Lise Ferret. Et ce, d’autant plus que la période est cruciale : "Nous avons un très gros enjeu business sur cette fin d’année, comme tous les ans. L’impact économique sur l’entreprise peut être très important."

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