#PerriScope n°14 - Annonce du plan de déconfinement : deux conditions sine qua non à une bonne reprise

ANALYSE - Lors de son discours ce mardi, le Premier ministre va présenter son plan de déconfinement. Selon l'économiste Pascal Perri, Edouard Philippe va devoir convaincre les Français d’entrer en confiance dans cette période.

Le déconfinement prévu pour le mois de Mai appelle avant tout du sens pratique. Nulle idéologie dans cette étape. Les Français attendent du discours du Premier ministre un mode d’emploi accessible et réaliste. L’enjeu est double : d’abord sanitaire puis économique. Partout en Europe l’activité économique reprend. 

Les grandes usines, celles des champions européens, sont les premières à redémarrer. En Italie, l’automobile se remet en marche. Chez FCA (Fiat), les ateliers ont été réaménagés, des gels de désinfection sont accessibles partout. En France, PSA, Renault, Valeo et d’autres relancent la production. En Allemagne, l’industrie automobile est dans les starting blocks. Angela Merkel que ses adversaires avaient qualifiée de chancelière automobile freine pour éviter une recrudescence de l’épidémie tandis que ses propres amis voudraient une reprise plus rapide et plus massive de l’activité. L’Allemagne, grande puissance exportatrice vit en partie de ses exportations. 

Toute l'info sur

Un nouveau déconfinement en 4 étapes clés

Déconfinement, vaccination... suivez les dernières actualités sur le Covid

Chez nos voisins, le débat sur le retour à la normale est aussi sensible qu’en France. Les opinions comprennent que la production de richesses finance notre confort social. On voit revenir la peur du déclassement personnel, celle de la faillite collective. Il est temps de reprendre le chemin de l’usine ou du bureau, comme il est temps pour les enseignants de reprendre le chemin de l’école. 

Deux points critiques du processus de reprise

La crise du Coronavirus a mis au jour deux évidences qu’on peut énoncer de la façon suivante : les parents peuvent aller travailler quand leurs enfants sont à l’école, ils y vont d’autant plus facilement que les transports collectifs fonctionnent normalement. Or, ces deux espaces, l’école et les transports, sont les deux points critiques du processus de reprise. 

1 ) L'école : pendant la séquence du confinement, les syndicats d’enseignants n’ont pas manifesté un immense empressement à reprendre le chemin des établissements. Ils ont multiplié les postures négatives préférant identifier les obstacles plutôt que les solutions ! Certains élus locaux ont décidé de consulter leur population mais les décisions scientifiques peuvent–elles être prises au suffrage universel ? La démocratie a besoin d’un cadre sérieux. Sur des sujets comme l’évaluation du risque sanitaire, il serait plus logique de respecter les évaluations des comités ad hoc. La vérité académique ne se vote pas à main levée !

En vidéo

Coronavirus : Edouard Philippe présente son plan de déconfinement ce mardi

2 ) Les transports : ce secteur est le second point de blocage (potentiel). Sur ce terrain, la coopération Etat-régions (la région est l’autorité organisatrice des transports) et opérateurs de transport devra être millimétrée. A défaut de distanciation possible dans les trains, les métros et les autobus, la question du port du masque se pose. Elle se pose en termes de disponibilité du produit mais aussi en terme de sanction pour ceux dont les comportements font courir un risque aux autres voyageurs. 

C’est la capacité de l’Etat à imposer des usages conformes à l’intérêt général et la solidité du corps social qui seront engagées. Le Premier ministre doit être très clair sur ces points s’il entend convaincre les Français d’entrer dans la période du déconfinement en confiance. Pendant quelques jours, nous nous sommes interrogés sur la contrainte pénale. Faudra t-il sanctionner les fautes de comportement ou laisser les bonnes pratiques à l’appréciation de chacun ? La règle n’a de sens que si elle est protégée. Sans pénalité, nulle protection ! 

Lire aussi

Une fois ces deux points critiques traités, les Français reprendront le travail l’esprit plus tranquille. Il faudra toutefois affronter une période de transition avant d’en revenir à une vie normalisée. Soyons très clairs sur ce point, dans des conditions dégradées, la productivité du travail baissera. La machine se remettra doucement en route. Il faut accepter cette étape intermédiaire. Nous serons moins efficaces, moins productifs. 

Mais à l’inverse, la reconquête nous permettra de conserver quelques unes des bonnes pratiques de la période de confinement, comme par exemple le télétravail, les horaires aménagés. La crise nous offre de rompre avec quelques unes des habitudes de travail héritées du XXe siècle industriel, le siècle du travail posté et des horaires administratifs. Partout où ces nouvelles pratiques sont acceptables par les salariés et leurs employeurs, il conviendra de changer nos habitudes. Pragmatiques ? Nous sommes tous appelés à le devenir. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Inflexible face aux policiers, comment Cédric Jubillar justifie les incohérences entre sa version et celle des enquêteurs ?

EN DIRECT - Covid-19 : 10 millions de Français ont fait leur dose de rappel, selon Olivier Véran

Covid-19 : vacances de Noël avancées dans les écoles et rassemblements limités... la Belgique sur le qui-vive

Norvège : une fête d'entreprise vire au probable foyer du variant Omicron, la moitié des convives infectés

Vaccin : au bout de combien de temps mon pass sanitaire est-il actif après la 3e dose de rappel ?