Les filtres des cigarettes sont-ils "un instrument de marketing sans aucune utilité pour la santé" ?

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À LA LOUPE – Les médias relaient les conclusions d'une étude très critique sur les filtres de cigarettes utilisés par l'industrie du tabac. Leur fonction d'atténuation des risques pour les fumeurs se retrouve largement remise en cause. Quelles conclusions peut-on tirer de ces travaux ?

Les fumeurs sont au courant : la cigarette est nocive pour la santé. Peuvent-ils néanmoins compter sur les filtres des cigarettes pour réduire les risques liés aux substances toxiques ajoutées au tabac ? Si l'on en croit la presse étrangère, clairement pas. Courrier international a ainsi partagé un article du quotidien allemand Der Spiegel, basé sur les conclusions d'un rapport américain.

Dans leurs travaux, les spécialistes se sont penchés sur les filtres, dont l'impact écologique est jugé désastreux. En parallèle, ils mettent en avant l'absence d'atténuation des risques pour les fumeurs : les filtres, jugent-ils, sont "un instrument de marketing sans aucune utilité pour la santé".

Une efficacité zéro ?

Si les industriels du tabac ne nient pas les dangers de la cigarette, ils présentent les filtres comme un outil permettant d'en réduire les risques. Sur son site internet, la firme British american tobacco note ainsi que si "les études statistiques montrent une forte corrélation entre la consommation de tabac et la fréquence du cancer du poumon", l'incidence se révèle "toujours plus forte chez les gros fumeurs, surtout s'ils fument depuis longtemps et s'ils fument des cigarettes sans filtre". L'entreprise indique par ailleurs que "lorsqu’un fumeur 'tire' sur sa cigarette, la fumée est canalisée par le filtre".

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L'intérêt des filtres est-il réel ? Cardiologue et porte-parole de la Société francophone de tabacologie, le Pr Daniel Thomas les juge totalement inutiles. "Avec ou sans filtre, une cigarette reste tout aussi nocive", tranche-t-il. "Une exposition plus faible ne change pas grand-chose : gardez à l'esprit que les mécanismes qui mènent au cancer sont extrêmement sensibles. Que l'on fume 1 à 5 cigarettes par jour ou 20, cela revient au même ! En matière de santé, le danger reste identique, ce que la grande majorité des fumeurs ignore."  

Le Daily Mail, journal britannique, a lui aussi étudié la publication des chercheurs, et rappelle que l'apparition des filtres remonte aux années 1950. À l'époque, "ils avaient été présentés par les industriels comme une innovation susceptible de rendre moins nocive la cigarette". Une évolution mise en place comme une réponse aux premières études sur les dangers du tabac, avant que ne soient considérés comme incontestables les liens entre la cigarette et le développement de maladies telles que le cancer du poumon. 

La suite du "filtergate" ?

Ce n'est pas la première fois que les filtres des cigarettes sont la cible de critiques. En février 2018, le Comité national contre le tabagisme visait les filiales françaises de quatre cigarettiers, déposant une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui. En cause : les tests réalisés pour mesurer les substances nocives. Ce comité dénonçait "l'existence de minuscules trous" dans les filtres de cigarettes, conçu pour " falsifier les tests", en agissant comme un "système de ventilation invisible".

Président du Comité national contre le tabagisme, le Pr Yves Martinet dénonçait à l'époque auprès de LCI l'attitude des cigarettiers, qualifiés de "salopards", "sans aucune morale". Et d'expliquer : "Nous avons aujourd'hui la certitude que ces minuscules trous [dans les filtres des cigarettes, NDLR] servent uniquement à fausser les tests de mesure de quantité de nicotine. Selon les marques et les relevés […], la teneur réelle en goudron et nicotine inhalée par les fumeurs serait entre 2 et 10 fois supérieure pour le goudron et 5 fois supérieure pour la nicotine."

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