Vaccination obligatoire pour les soignants : pourquoi le gouvernement hésite

DILEMNE - Deux mois après le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19 destinée aux personnels soignants, le bilan est mauvais. Malgré cela, le gouvernement hésite encore à les soumettre à une obligation vaccinale. Voici pourquoi.

En première ligne face au Covid-19 depuis plus d'un an, les soignants font partie des Français les moins disposés à se faire vacciner. Lors de la conférence de presse tenue jeudi soir par Jean Castex, Olivier Véran, à ses côtés, a indiqué qu'environ 40% des personnels des Ehpad et 30% des soignants, en ville et à l'hôpital, avaient jusque-là été vaccinés. À l'AP-HP, 36% du personnel médical a été immunisé, rapporte Le Parisien. Ainsi, seules 25% des doses d'AstraZeneca reçues en France ont été utilisées, a indiqué mardi 2 mars le ministère de la Santé, reconnaissant qu'il y avait une "problématique" de sous-consommation de ce vaccin dans les hôpitaux. Conséquence de quoi, le Covid-19 est aujourd'hui la première maladie nosocomiale de France. Entre le 1er janvier 2020 et le 14 février 2021, près de 27.000 patients avaient attrapé le coronavirus à l'hôpital, selon Santé publique France, qui recense "186 décès liés".

Alors que de plus en plus de voix réclament que la vaccination devienne obligatoire pour le personnel soignant, le Premier ministre et le ministre de la Santé ont lancé jeudi soir un dernier avertissement. "Quand on est soignant, il est de notre responsabilité de se protéger soi-même et ceux que l'on soigne d'un virus qui peut les percuter durement", a lancé le ministre de la Santé, qui s'est lui-même fait vacciner, en tant que neurologue, le 8 février dernier. Jean Castex, lui, a appelé "solennellement" le personnel des résidences des Ehpad à se faire vacciner "très rapidement". Si le nombre de vaccinations ne venait pas à augmenter dans les jours à venir, Olivier Véran a fait savoir qu'il n'excluait pas une saisine du Conseil consultatif national d’éthique sur le sujet, ce qui marquerait une première étape vers la possible mise en place d'une obligation vaccinale pour les soignants. La députée Agir Agnès Firmin Le Bodo a en outre annoncé vendredi le dépôt d'une proposition de loi allant dans ce sens. 

Mais alors que les soignants doivent déjà se soumettre à de nombreux vaccins obligatoires pour exercer, pourquoi la vaccination contre le Covid-19 semble cette fois si difficile à imposer ?

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Le chef de l'État peut en effet imposer aux personnels de santé des hôpitaux et des Ehpad de se faire vacciner pour continuer à exercer. Cela est déjà le cas, depuis de nombreuses années, pour les vaccins contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. En septembre dernier, l'Académie de médecine avait également demandé au gouvernement d'ajouter celui contre la grippe à la liste alors que les hôpitaux s’apprêtaient à affronter la deuxième vague de Covid-19, quand seuls 36% des infirmiers et 21% des aides-soignants étaient immunisés contre ce virus.

S'agissant du Covid, l'exécutif a promis à maintes reprises qu'il ne rendrait pas la vaccination obligatoire. Le 4 décembre dernier sur LCI, Olivia Grégoire, secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Économie, affirmait encore que "la meilleure réponse à la défiance, ce n'est pas l'obligation, c'est plutôt la confiance, la transparence et la liberté". "Il ne faut pas contraindre et forcer, mais encourager", avait-elle poursuivi. Et ce d'autant que les opposants à une éventuelle obligation vaccinale sont nombreux. Selon les résultats de plusieurs enquêtes, publiés par Santé publique France le 18 février 89 % de médecins et de professionnels médicaux disent vouloir se faire vacciner contre le Covid-19, contre seulement 44 % des aides-soignants et des agents hospitaliers et 68 % des infirmiers.

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Vaccin AstraZeneca : pourquoi ces réticences chez les soignants ?

Pour Renaud Péquignot, président de la commission médicale des Hôpitaux de Saint-Maurice dans le Val-de-Marne, cité par l’AFP, l'obligation vaccinale serait "un obstacle de plus" pour recruter et pourrait "faire fuir" des personnels "qu’on n’a aucun moyen de retenir, avec leurs salaires ridicules". Certains "ont peur du vaccin à cause de la 5G de Bill Gates, ça n'a aucun sens, mais c'est leur choix", constate le gériatre. Ces réfractaires "qui ne voudront jamais, on va faire quoi ? On va se passer de leurs services ?" L'idée ne fait pas non plus recette chez les médecins libéraux. "Je n'aime pas les obligations", a indiqué Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, premier syndicat de la profession, considérant que la vaccination "est plutôt de l'ordre de l'éthique et de l'engagement professionnel".

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Le médecin médiatique Michel Cymes, lui, appelle à ouvrir la réflexion. "Je sais que dès qu’on parle d’obligation en France, on nous traite de liberticide. Mais quand on épouse ce métier, on a une vraie responsabilité auprès des gens. On n’est pas là pour leur transmettre la maladie, mais pour les soigner", expliquait-il le 1er mars sur RTL. En 2016, Marisol Touraine avait d'ailleurs introduit dans la Loi de modernisation de notre système de santé la dimension de "vaccination altruiste". "Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l'exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination doit être immunisée contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe", indique ainsi désormais l'Article L3111-4 du Code de la santé.

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