Affaire Médine : des rescapés du Bataclan cyberharcelés après avoir dénoncé une récupération politique

Société
HARCÈLEMENT - Au cœur de la polémique autour de la venue du rappeur Médine au Bataclan en octobre prochain, des victimes et rescapés de la tuerie dans la salle de concert affichent sur les réseaux sociaux leur ras-le-bol devant ce qu'ils jugent comme étant une "récupération politique". Depuis, au moins deux d'entre eux sont harcelés en retour.

La polémique du moment. Voilà quelques jours que des élus politiques de tous bords - de Marine Le Pen (RN) à Laurent Wauquiez (LR) en passant par Aurore Bergé (LaREM) - déplorent la programmation du concert du rappeur Médine, prévu en octobre au Bataclan. En cause ?  Les paroles d'une chanson sortie en 2015 comportant la phrase "crucifions les laïcards" ainsi qu'un album vieux de treize ans intitulé "Jihad" (sorti en 2005). 


Mais au-delà du débat de fond, des rescapés et victimes de l'attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan expriment un ras-le-bol : celui d'être "instrumentalisés" par des personnalités politiques, de voir leur "voix récupérée" contre leur accord . Deux d'entre eux ont relayé cette frustration teintée de colère sur les réseaux sociaux. 

Je veux qu'on arrête d'ériger les victimes du Bataclan en totem d'immunitéEmmanuel Domenach

Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan et ex-vice président de l'association de victimes 13onze15, a dénoncé sur Twitter une "polémique stérile". Auprès de LCI, il ajoute : "Ce qui m'agace, c'est qu'on se serve du Bataclan pour faire de la polémique et se faire bien voir. Cela vient de plusieurs bords même, y compris de LaREM. On parle en notre nom. Je n'ai pas d'avis sur la polémique, je n'ai jamais écouté ce rappeur. Mais ces élus n'ont que faire des victimes 99% de l'année et là on monte une affaire en épingle pour apparaître dans les médias. Qu'on laisse les victimes là où elles sont. Elles n'ont rien demandé. Certaines victimes sont sûrement opposées ce concert, d'autres sont pour, mais ça ne sert à rien de se servir d'elles pour polémiquer. Je voudrais qu'on arrête d'ériger les victimes en totem d'immunité. Si encore ces politiques avaient un vrai contact, une vraie démarche auprès des victimes. Mais là, c'est juste de la récupération pure et dure. Marine Le Pen s'approprie même les victimes en disant "nos morts", c'est honteux."


Même son de cloche chez Sophie, blessée au Bataclan et rescapée. Elle aussi a épinglé Laurent Wauquiez et "sa récupération politique à vomir". "Médine, je ne connais pas du tout" nous explique-t-elle. "De base, un concert au Bataclan ça me crispe, j'étais contre la réouverture du Bataclan. Quand j'ai vu qu'un de ses albums s'appelait 'Jihad', j'ai trouvé l'ironie crispante. Mais d'autres m'ont dit qu'il fallait écouter les paroles, donc je leur ai fait confiance. En revanche, quand j'ai vu des politiques comme Laurent Wauquiez sauter dessus, ça m'a fait sortir de mes gonds. Son fonds de commerce, c'est la récupération. Il s'exprime au nom des victimes alors qu'il n'a jamais eu un geste envers nous. Je ne veux pas que des élus politiques nous utilisent pour diffuser leurs idées. S'ils ont quelque chose à dire en notre nom, alors ils doivent d'abord en discuter avec nous et nous demander 'Je peux dire ça à votre place ?' Moi, en l'occurrence, j'aurais refusé."

"Dommage que tu n'aies pas crevé"

L'autre problème, c'est que depuis qu'ils ont pris position sur les réseaux sociaux, Emmanuel et Sophie sont la cible de harcèlement de la part d'internautes opposés à la venue de Médine au Bataclan. "On m'accuse de défendre Médine alors que je m'en fous" réagit encore Emmanuel Domenach. "On me traite d'islamo-gauchiste... bon, ça en devient presque une blague, mais vous voyez l'idée..." De son côté, Sophie a dû verrouiller temporairement son compte, en raison des messages injurieux. 


"Là, ça va très loin" constate-t-elle. "Je reçois des messages du genre "dommage que tu n'aies pas crevé", "tu as le syndrome de Stockholm"... De la part des mêmes qui, il y a deux ans, nous appelaient des héros... Tout cela devient très compliqué. Donc ce genre de récupération est très dangereuse car c'est jouer avec les émotions des gens, et l'émotion n'est pas forcément la meilleure conseillère. C'est violent. On essaie de rester digne, la tête haute, de ne pas verser dans la haine gratuite, et en retour on se prend ça." Pour l'heure, aucune plainte n'a été déposée. 

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